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Communiqué 
international
Philippines

Au lieu d’encourager encore la violence, le gouvernement doit s’atteler à enquêter sur les violations commises par la police

Réagissant à l’instruction donnée par le président Rodrigo Duterte à un responsable nouvellement promu de la police municipale de Bacolod de « tuer tout le monde » en réponse à la prolifération des stupéfiants dans cette ville, Butch Olano, directeur d’Amnistie internationale Philippines, a déclaré :

« Le lieutenant Jovie Espenido n’aurait jamais dû être promu et nommé à un poste de responsable étant donnée son implication dans des opérations sanglantes par le passé. D’autres personnes comme lui ont également été mutées et promues, au lieu d’être amenées à rendre des comptes pour les milliers d’homicides commis dans le cadre de la “guerre contre la drogue” initiée par le gouvernement. Il semble que, sous ce gouvernement, non seulement les stupéfiants mais aussi les policiers dévoyés sont recyclés et, plus inquiétant encore, récompensés.

« L’incitation permanente et éhontée de Rodrigo Duterte à tuer n’a fait qu’entraîner des milliers d’exécutions extrajudiciaires et d’autres violations des droits humains. Au bout de quatre ans, la justice reste lointaine pour les familles des personnes tuées. Au lieu de se livrer à ce genre de déclarations menaçantes, le gouvernement doit diligenter des enquêtes fiables et efficaces sur les violations commises par des policiers, y compris sur les allégations faisant état de leur implication dans le trafic de stupéfiants.

« Cette incitation au massacre doit cesser une bonne fois pour toutes, et les efforts dans ce sens doivent commencer aux plus hauts niveaux du gouvernement, notamment par le président lui-même. Nous réaffirmons que pour mettre fin à ce cycle de violence et d’impunité, il est essentiel d’ordonner à la police de cesser les homicides et de traduire en justice les personnes soupçonnées d’avoir participé à des opérations brutales. »

Complément d’information

Lors d’un discours prononcé à un congrès commercial à Manille le 17 octobre, le président Rodrigo Duterte a déclaré au lieutenant Jovie Espenido, le nouveau directeur adjoint des opérations de la police municipale de Bacolod, qu’il était « libre de tuer tout le monde » dans cette ville « gravement touchée » par le trafic de stupéfiants. « Bacolod est gravement touchée (par le trafic de stupéfiants) actuellement. J’y ai placé Monsieur Espenido. Je lui ai dit vas-y, tu es libre de tuer tout le monde. Commence à tuer des gens là-bas. Nous pouvons tous deux aller en prison », aurait déclaré Rodrigo Duterte.

Du temps où Jovie Espenido était chef de la police à Albuera, dans la province de Leyte, en 2016, le maire de la ville, Rolando Espinosa Sr., a été tué dans sa cellule par des policiers qui lui présentaient, semble-t-il, une autorisation de perquisition. En 2017, Jovie Espenido a été transféré à Ozamiz, où le maire de l’époque, Reynaldo Parojinog, et plus d’une dizaine d’autres personnes accusées d’être liées au trafic de stupéfiants ont également été tués au cours d’une série de descentes de police.

Le 14 octobre 2019, le chef de la police nationale des Philippines, le général Oscar Albayalde, a démissionné de ses fonctions dans le contexte d’un scandale lié aux stupéfiants qui prenait de plus en plus d’ampleur. D’anciens cadres de la police l’avaient accusé d’avoir couvert une opération de « recyclage » de stupéfiants en 2013, dans le cadre de laquelle des drogues illicites saisies par la police ont été revendues. Oscar Albayalde a démenti ces accusations.

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Rodrigo Duterte en 2016, des milliers de personnes ont été tuées dans une vague de violence cautionnée par l’État. En juillet 2019, Amnistie internationale a publié un rapport intitulé “They just kill”: Ongoing extrajudicial executions and other human rights violations in the Philippines ‘war on drugs’, dans lequel l’organisation expose comment de hauts gradés de la police qui supervisaient des opérations brutales à Manille ont été mutés dans la région de Luçon centrale pour continuer d’y diriger une violente campagne d’homicides. Amnistie internationale considère que ces homicides ont atteint un tel niveau qu’ils constituent des crimes contre l’humanité.

Mis à jour le lundi, 21 octobre 2019