• 12 Mar 2026
  • Moyen orient et Afrique du Nord
  • Communiqué de presse

Moyen-Orient. Les parties au conflit doivent toutes s’abstenir de lancer des attaques illégales contre des infrastructures énergétiques

Israël, les États-Unis et la République islamique d’Iran doivent immédiatement cesser - ou s’abstenir - de mener des attaques illégales contre des infrastructures énergétiques, notamment des installations fournissant des services essentiels tels que l’électricité, le chauffage et l’eau courante, a déclaré Amnistie internationale mercredi 11 mars, mettant l’accent sur les risques de dommages dévastateurs pour les populations civiles et l’impact sur l’environnement de telles attaques.

Ces derniers jours, les frappes menées par Israël et les États-Unis ont pris pour cible plusieurs centres de stockage et de distribution de carburant en Iran, et l’armée de la République islamique d’Iran a lancé des attaques ayant touché des dépôts de carburant et des infrastructures pétrolières et gazières dans divers pays du Golfe.

« La possibilité que surviennent des dommages civils de grande ampleur, prévisibles et dévastateurs résultant de frappes visant des infrastructures énergétiques, notamment des incendies meurtriers incontrôlés, de fortes perturbations dans la prestation de services essentiels, des dégâts environnementaux et de graves risques de santé à long terme pour des millions de personnes, signifie qu’il existe un danger considérable que de telles attaques portent atteinte au droit international humanitaire et constituent dans certains cas des crimes de guerre », a déclaré Heba Morayef, directrice régionale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnistie internationale.

« Qu’un objectif militaire soit cité ou non afin de justifier le fait de prendre pour cible des infrastructures énergétiques, les différentes parties sont clairement tenues, en vertu du droit international humanitaire, de prendre toutes les précautions possibles pour limiter les préjudices civils et de s’abstenir de mener des attaques causant un nombre disproportionné de morts et de blessés parmi des populations civiles ou des dégâts excessifs à des biens de caractère civil. Cela inclut toute répercussion négative indirecte et prévisible sur la vie et la santé de civil·e·s, par exemple l’exposition à des substances toxiques. »

En vertu du droit international humanitaire, une raffinerie de pétrole peut uniquement être visée s’il s’agit d’un objectif militaire, c’est-à-dire si elle est utilisée afin de contribuer dans les faits à une action militaire - par exemple en produisant du carburant pour les forces armées menant l’attaque - et si l’endommager confèrerait un avantage militaire précis dans les circonstances prévalant à ce moment-là. Même si ces deux conditions préalables sont réunies, la partie qui attaque doit prendre toutes les précautions envisageables pour prévenir ou réduire le plus possibles les dommages collatéraux aux civil·e·s, notamment la propagation de substances toxiques et, avant la frappe, déterminer si ce type de dommage est excessif par rapport à l’avantage militaire concret et direct escompté.

Attaques contre des dépôts de pétrole en Iran

En Iran, de terribles séquences vidéo des effets des attaques israéliennes et étasuniennes contre plusieurs dépôts de carburant, notamment dans les quartiers de Shahran, Sohanak et Kouhak à Téhéran, dans la ville de Shahr e Rey, dans la province de Téhéran, et à Fardis, dans la province d’Alborz, le 7 mars, montrent de gigantesques flammes et nuages de fumée noire et épaisse s’élevant vers le ciel, ainsi que des incendies étendus et incontrôlés ravageant des zones civiles. Des témoins ont également décrit à Amnistie internationale des scènes glaçantes de pluie mêlée de pétrole.

Après ces bombardements, l’agence environnementale iranienne et le Croissant-Rouge iranien ont conseillé aux résident·e·s de Téhéran de rester chez eux, les avertissant des risques posés par la propagation de substances toxiques susceptibles de causer des pluies acides après ces frappes aériennes.

L’armée israélienne a publié une déclaration confirmant avoir mené des attaques contre « un certain nombre de lieux de stockage de carburant à Téhéran », affirmant que ceux-ci étaient utilisés par l’armée iranienne pour « faire fonctionner l’infrastructure militaire ».

« Nous sommes extrêmement préoccupés par l’impact potentiel de ces attaques sur la population civile. Des mises en garde sanitaires ont expliqué que les matières dangereuses et les substances toxiques se répandant dans l’air exposaient des millions de personnes à Téhéran à un risque de graves complications de santé, notamment des cancers, des maladies pulmonaires et respiratoires, et des brûlures cutanées. Les États sont tenus de respecter les droits économiques et sociaux en temps de paix comme en temps de conflit armé », a déclaré Heba Morayef.

Une source informée à Téhéran a indiqué à Amnistie internationale que des immeubles résidentiels situés aux alentours des dépôts de pétrole de Shahran ont été endommagés, ce qui a laissé certaines personnes sans abri.

Un témoin a dit à Amnistie internationale : « Le ciel au-dessus de Téhéran était noir aujourd’hui [le 8 mars]. Et puis une pluie noire s’est mise à tomber. Le sol est devenu tout noir, comme si une fine couche de ciment avait été versée dessus. »

Un autre témoin a déclaré, le 8 mars : « Ce matin, on était dans le noir complet. C’est le jour, mais il fait sombre comme pendant la nuit. La ville est pleine de suie. Je suis sorti. Il pleuvait un peu, et mes mains sont tout de suite devenues noires. De la suie tombait du ciel. C’est terrifiant. »

Le 8 mars, Ghodratollah Seif, gouverneur adjoint de la province d’Alborz, a annoncé que la frappe ayant touché le dépôt de pétrole de Fardis a tué au moins six personnes et en a blessé 21 autres, notamment des personnes résidant à proximité. Le 9 mars, le président de l’université des sciences médicales d’Alborz a déclaré qu’un centre de dialyse proche du dépôt de pétrole à Fardis a été détruit dans l’incendie qui a suivi.

Les attaques visant l’infrastructure énergétique en Iran risquent d’accentuer les souffrances d’une population traumatisée par les massacres commis par les autorités de la République islamique, et qui a déjà enduré des années marquées par l’amenuisement de l’accès à l’électricité, à l’eau, à un air propre et à un environnement sain en raison d’une mauvaise gestion chronique de la part de l’État et de violations systémiques du droit fondamental des personnes de prendre part aux affaires publiques. Ces griefs, ainsi qu’une lourde répression politique, ont été au cœur de manifestations nationales successives, le plus récemment en janvier 2026, réclamant le respect des droits humains et de la dignité, et la chute du système de la République islamique.

Attaques contre les infrastructures pétrolières de pays du Golfe

Depuis le 28 février, de multiples attaques affectant l’infrastructure énergétique ont été signalées dans des pays du Conseil de coopération du Golfe. Abbas Araghchi, le ministre iranien des Affaires étrangères, a déclaré que les forces iraniennes « attaquent des bases des États-Unis, des installations des États-Unis, des ressources des États-Unis » qui étaient « malheureusement » situées dans des pays voisins dans le Golfe, tandis que le président du Parlement, Mohammad Bagher Balifar, a affirmé que « tant que des bases des États-Unis existeront dans la région, ces pays ne connaîtront pas la tranquillité ».

Des représentants des autorités en Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Koweït ont dit que des drones et missiles iraniens ont directement pris pour cible des installations pétrolières et gazières dans des pays du Golfe, et que dans d’autres cas, les débris de missiles interceptés ont affecté des équipements. Les gouvernements du Golfe restreignent fortement l’expression et l’accès à l’information, ce qui empêche de rendre compte des effets directs des attaques.

Au Qatar, le 2 mars, le ministre qatarien de la Défense a affirmé que des drones iraniens avaient pris pour cible des installations énergétiques dans la ville industrielle de Ras Laffan, principale plateforme qatarienne d’exportation de gaz naturel liquéfié, mais qu’aucune victime n’a été signalée. Après cette attaque, Qatar Energy a suspendu la production de gaz naturel liquéfié et a invoqué la force majeure, selon des sources informées citées par Reuters et Bloomberg News.

Le 7 mars, le ministère saoudien de la Défense a annoncé que 21 drones se dirigeant par vagues vers le gisement d’Aramco, à Shaybah, l’une des principales exploitations pétrolières du royaume, qui comprend des installations produisant du gaz naturel liquéfié utilisé dans l’industrie pétrochimique, ont été interceptés et détruits dans le désert de Rub al Khali.

Au Koweït, le 7 mars, un porte-parole du ministère koweïtien de la Défense a déclaré que des drones ont pris pour cibles des réservoirs de carburant à l’aéroport international de Koweït.

En Oman, le 1er mars, des médias d’État ont indiqué que deux drones ont visé le port commercial de Duqm, sur la côte Est, blessant un membre d’équipage étranger. Le 2 mars, des médias d’État ont déclaré qu’une attaque de drone avait visé un navire pétrolier au large de la côte de Mascate, tuant un membre d’équipage indien.

Des incendies se sont déclarés sur plusieurs sites, ce que des représentants des autorités ayant parlé aux médias ont attribué à des attaques de missile ou à des débris de drones interceptés. Dans certains cas, des entreprises d’État exploitant les énergies fossiles ont signalé avoir suspendu la production ou l’expédition de cargaisons après les attaques.

À Bahreïn, un incendie a été provoqué le 5 mars dans l’une des unités de raffinerie de Bapco Energies, une entreprise d’État, par une attaque de missile lancée par l’Iran, selon Bahrain News Agency. Cette entreprise a invoqué la force majeure concernant ses cargaisons pétrolières.

En Arabie saoudite, le 2 mars, le ministère de la Défense a indiqué que deux drones tentant de prendre pour cible la raffinerie de pétrole Ras Tanura de la compagnie saoudienne Aramco, dans la province de l'Est, ont été interceptés et que les débris, en tombant, ont causé un incendie à l’intérieur du site.

Aux Émirats arabes unis, le 10 mars, un incendie s’est déclaré au complexe industriel de Ruwais à Abou Dhabi à la suite d’une attaque de drone, selon Reuters. Des incendies ont également été déclenchés au terminal pétrolier de Musaffah le 2 mars après qu’il a été pris pour cible par un drone, ainsi que dans une zone industrielle pétrolière à Fujairah le 3 mars, quand des débris provenant d’une interception de drone ont enflammé les lieux.

Le 9 mars, la Kuwait News Agency, organe officiel, a signalé que des débris de drone ont fait flamber un réservoir de pétrole à la centrale électrique d’Al Subiya.

Outre les attaques contre ces États du Golfe, le transport commercial par le détroit d’Ormuz est presque complètement à l’arrêt. Le 10 mars, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a souligné que la chute du transport commercial commençait déjà à avoir un grave impact sur l’accès « à l’électricité, à la nourriture et aux engrais pour les personnes de la région et au-delà », et qu’une forte augmentation du prix du pétrole aurait des répercussions économiques et sociales. Il a une nouvelle fois recommandé d’investir dans les énergies renouvelables.

« Les attaques contre les réseaux d’approvisionnement et de distribution du carburant, ou les affectant fortement, sont susceptibles de provoquer une insécurité alimentaire, car ces systèmes jouent un rôle critique dans le transport, la chaîne d’approvisionnement des marchandises et l’activité industrielle. Toutes les parties doivent veiller à s’abstenir de mener des attaques illégales, et à placer la protection des civil·e·s au premier plan dans toutes les décisions militaires », a déclaré Heba Morayef.

Complément d’information

Selon des responsables iraniens, au moins 1 255 personnes ont été tuées en Iran depuis le 28 février, lorsque les attaques menées par les États-Unis et Israël ont commencé. Au moins 17 personnes ont été tuées dans le Golfe depuis que l’Iran a lancé ses attaques contre des pays du Golfe (deux à Bahreïn ; six au Koweït ; une en Oman ; deux en Arabie saoudite ; et six aux Émirats arabes unis). Sur ces 17 personnes, 11 sont des étrangers originaires d’Inde, d’Iran, d’Indonésie et du Bangladesh, entre autres, qui résidaient dans les Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, au Koweït, en Oman et à Bahreïn, selon des médias d’État. Au moins 570 personnes ont été tuées lors d’attaques israéliennes au Liban, d’après les autorités. Au moins 12 personnes ont été tuées par des attaques en Israël, selon les médias.