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Communiqué 
international
Inde

Il faut enquêter sur les attaques visant les militants qui dénoncent l'exploitation illégale des mines de charbon dans l’État du Meghalaya

La terrible agression contre la militante Agnes Kharshiing et ses deux collaborateurs, Amita Sangma et Emiki Kurbah, dans l’État du Meghalaya, met en lumière les actes de représailles visant les militants qui luttent contre l'injustice et dénoncent la corruption au sein de l'État, a déclaré Amnistie internationale Inde le 9 novembre 2018.

Les militants qui luttent contre l'exploitation illégale des mines de charbon dans le Meghalaya sont gravement menacés. Il semble y avoir une connexion entre les autorités et la « mafia du charbon » dans cet État, qui se traduit par une culture de l'impunité. Les responsables de cette agression violente doivent être traduits en justice.

Le 8 novembre, Agnes Kharshiing, 58 ans, présidente de l'Organisation des femmes de la société civile, et ses collaborateurs ont été attaqués par une foule. D'après les médias, ils ont été attaqués alors qu'ils prenaient des photos de « déversements de charbon » dans les collines d'East Jaintia. Agnes Kharshiing a été admise à l'hôpital de Shillong, grièvement blessée à la tête. Elle est toujours dans un état critique, tandis que ses deux collaborateurs sont dans un état stable.

« Il s'agit de la deuxième attaque violente contre des militants dans le Meghalaya cette année. En mars, un militant de Right to Information (Droit à l'information), Poipynhun Majaw, a été assassiné pour avoir dénoncé la corruption au sein de l'État. Le gouvernement du Meghalaya doit prendre des mesures concrètes afin de prévenir de telles attaques et offrir aux militants un environnement sûr », a déclaré Arijit Sen, responsable des programmes à Amnistie internationale Inde.

D'après ce qu'a déclaré le collaborateur d'Agnes Kharshiing, Emiki Kurbah, au Shillong Times, la foule les a tirés hors de leur véhicule, leur a arraché les clefs et a menacé de mettre le feu à leur voiture. Si la foule a épargné la vie d'Emiki Kurbah, elle s'en est prise à Agnes Kharshiing et Amita Sangma. Il a fallu un certain temps à Emiki Kurbah pour pouvoir contacter la police afin de leur demander de l’aide.

Fondatrice et présidente du réseau d'ONG Impulse, Hasina Kharbhih, qui travaille sur l'exploitation illégale des mines de charbon et a lancé une procédure judiciaire d’intérêt public contre cette exploitation illégale devant le Tribunal vert national, a déclaré à Amnesty Inde : « Cette attaque est des plus regrettables. J'ai moi-même été la cible d'agressions par le passé, et cela a coûté la vie à mon chauffeur en 2009. Il est important que l'État se penche sur les opérations mafieuses et mette un terme à l'exploitation illégale des mines. On ne peut laisser perdurer ce type de pratiques, car elles donnent lieu à des activités criminelles. L'État doit prendre les décisions de justice au sérieux. »

Le Tribunal vert national avait interdit en 2014 l'exploitation du charbon dans des « trous à rats », dans l'État du Meghalaya. Cette forme d'extraction minière donne lieu à tout un éventail de violations des droits humains, notamment à l’exploitation des enfants contraints de travailler dans ces mines. Agnes Kharshiing menait une campagne contre l'exploitation illégale du charbon dans cet État. Selon Indian Express, elle avait déposé plainte concernant la circulation de camions chargés de charbon dans la région, la veille de son agression.

La rédactrice en chef du Shillong Times, Patricia Mukhim, a déclaré à Amnesty Inde : « La situation en matière d’ordre public se détériore au Meghalaya. Le système de maintien de l'ordre au sein de l'État est plus que déficient s'il n'est pas capable de stopper ces attaques. »

Mis à jour le lundi, 12 novembre 2018