Ukraine. Quatre ans après l'invasion à grande échelle par la Russie, la communauté internationale doit rester fermement engagée en faveur de la justice
À la veille du quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine menée par la Russie, Erika Guevara-Rosas, directrice générale de la recherche, du plaidoyer, des politiques et des campagnes à Amnistie internationale, a déclaré :
« La population ukrainienne vient de subir une nouvelle année d'agression à grande échelle, la plus dévastatrice à ce jour en termes de conséquences humanitaires et la plus meurtrière en termes de victimes civiles depuis 2022. Cependant, le président russe Vladimir Poutine et ses hauts responsables inculpés par la Cour pénale internationale sont toujours recherchés par la justice internationale.
« Alors que l’agression se poursuit, la détermination internationale à s'opposer aux crimes de droit international commis par la Russie et à soutenir les victimes est mise à rude épreuve ces derniers mois, en particulier depuis l’accession de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Les engagements en faveur de la justice et des droits humains s'affaiblissent à mesure que des acteurs puissants se sentent encouragés à faire fi du droit international et à éroder davantage l'ordre fondé sur des règles.
« Nous le constatons dans les discours qui minimisent la responsabilité de la Russie dans de graves violations des droits humains et dans les propositions qui suggèrent que l'impunité pour les actes d'agression et autres crimes est un prix acceptable à payer pour mettre fin aux combats. Mais aussi dans les attaques frontales et débridées contre la Cour pénale internationale et dans les récentes restrictions de l'aide aux réfugié·e·s ukrainiens, puisque certains États indiquent que des régions du pays sont désormais sûres pour leur retour.
« Il faut combattre l'injustice, et non la normaliser. Il faut également lutter contre l’impunité, et non l’intégrer dans les propositions de paix.
« Les civil·e·s ukrainiens continuent de subir quotidiennement des attaques menées sans discrimination. Les infrastructures essentielles à la survie sont détruites sans relâche, mettant en danger des millions de vies. Les forces russes continuent de torturer des prisonniers de guerre, de terroriser et d’expulser des civil·e·s dans les territoires qu'elles occupent, de soumettre des enseignant·e·s au travail forcé, d'endoctriner les enfants et de nier leur identité. Parallèlement, Moscou exige le contrôle d'une plus grande partie du territoire ukrainien dans le cadre des “ négociations de paix ”.
« Le monde ne doit pas oublier que depuis l'occupation et l'annexion illégale de la Crimée par la Russie il y a 12 ans, la population ukrainienne a enduré d'immenses souffrances, tant dans le territoire occupé qu'au-delà : des millions de personnes déplacées, de très nombreuses familles sans abri et beaucoup trop de vies perdues. L'agression de la Russie, qui constitue un crime au regard du droit international, met à l'épreuve le courage et la résilience des Ukrainien·ne·s, mais aussi la détermination de la communauté internationale à défendre les droits humains et à rendre justice.
« Les pressions exercées sur l'Ukraine pour qu'elle accepte de faire des compromis sur l’obligation de rendre des comptes quant aux crimes liés à la guerre ou de faire droit aux revendications territoriales et autres de la Russie sont répugnantes d’un point de vue moral, mais aussi illégales. Les crimes relevant du droit international ne doivent bénéficier d’aucune impunité, et ils sont imprescriptibles.
« L’humanité est face à un tournant. La détermination de la communauté internationale ne doit pas fléchir. Il est primordial que le peuple ukrainien obtienne la vérité, la justice et des réparations pour l’impact dévastateur que cette guerre a eu au cours des 12 dernières années, et continue d'avoir sur le pays, son peuple, son territoire et son avenir. »