Philippines. La confirmation des accusations portées contre Rodrigo Duterte offre aux victimes la perspective d’obtenir enfin vérité et justice
En réaction à l’annonce de la Cour pénale internationale (CPI) qui a confirmé toutes les accusations de crimes contre l’humanité portées à l’encontre de Rodrigo Duterte, ouvrant ainsi la voie à un procès complet, Ritz Lee Santos III, directeur d’Amnistie internationale Philippines, a déclaré :
« Les familles de victimes et les victimes de la " guerre contre la drogue " attendent depuis bien trop longtemps que justice leur soit rendue. La confirmation par la CPI de l’ensemble des chefs d’accusation retenus contre l’ancien président Rodrigo Duterte marque un tournant historique pour les victimes et la justice internationale. Elle envoie un message clair : les auteurs présumés d’homicides généralisés et systématiques, constitutifs de crimes contre l’humanité, se retrouveront un jour sur le banc des accusés et devront répondre de leurs actes. Si la justice peut sembler bien lente, elle ne saurait être reportée indéfiniment.
« Ce procès n’a rien à voir avec la politique. Il s’intéresse à une campagne au cours de laquelle des milliers de personnes ont été tuées de sang-froid, et à un système judiciaire qui les a systématiquement abandonnées. La CPI intervient afin de pallier l’inaction des autorités. Pendant des années, les responsables de ces homicides illégaux ont agi en toute impunité, mais cette époque est révolue.
« Pour les victimes et les familles qui ont dû taire leur chagrin, cette journée confirme que leurs voix ont été entendues et que leur persévérance porte ses fruits. Au fil de ce procès, la communauté internationale sera témoin des crimes que Rodrigo Duterte est soupçonné d’avoir commis, mais aussi du courage de ceux qui n’ont jamais cessé de réclamer justice.
« La CPI doit désormais veiller au respect du droit des victimes de participer au procès et garantir la protection des témoins, afin que la Cour puisse se prononcer sur les accusations visant Rodrigo Duterte. Par ailleurs, il faut tout mettre en œuvre pour que tous ceux dont la responsabilité individuelle est engagée dans des crimes relevant du droit international et de graves violations des droits humains soient amenés à rendre des comptes, que ce soit aux Philippines ou devant la CPI. »
Complément d’information
Le 23 avril 2026, la Chambre préliminaire de la Cour pénale internationale (CPI) a statué que l’ancien président Rodrigo Duterte devait être jugé pour les trois chefs d’accusation retenus contre lui de meurtres et de tentatives de meurtre en tant que crimes contre l’humanité.
En mars 2025, l’ex-président philippin Rodrigo Duterte a été arrêté par les autorités de son pays et livré à la CPI pour répondre d’accusations de meurtres et de tentatives de meurtre en tant que crimes contre l’humanité, en lien avec la « guerre contre la drogue » menée par son gouvernement et des faits commis auparavant lorsqu’il était maire de Davao, entre 2013 et 2016. Il a comparu pour la première fois devant la CPI le 14 mars 2025.
Depuis son arrestation, il est détenu par la CPI aux Pays-Bas dans l’attente de son procès. Les avocats de l’ancien président ont contesté la compétence de cette juridiction, son maintien en détention et son aptitude à être jugé.
En janvier 2026, une Chambre préliminaire a conclu, après une évaluation réalisée par des experts médicaux, que Rodrigo Duterte était apte à comparaître. Le 23 avril 2026, la Chambre d’appel a confirmé que la Cour pouvait exercer sa compétence sur ces crimes présumés.
Sous la présidence de Rodrigo Duterte, de 2016 à 2022, des milliers de personnes, majoritairement issues de milieux pauvres et marginalisés, ont été tuées illégalement par la police – ou par des individus armés soupçonnés d’avoir des liens avec la police – dans le contexte de la « guerre contre la drogue ».
Amnistie internationale a publié plusieurs enquêtes d’envergure faisant état d’exécutions extrajudiciaires et d’autres violations des droits humains imputables à des policiers et à leurs supérieurs. Elle a établi que les actes commis ont atteint un tel niveau qu’ils constituent des crimes contre l’humanité.
La CPI continue d’enquêter sur d’autres crimes contre l’humanité qui pourraient avoir été commis pendant la « guerre contre la drogue » et par l’« escadron de la mort de Davao », entre 2011 et 2016, lorsque Rodrigo Duterte était maire de cette ville. Le 13 février 2026, elle a publié une version publique abrégée du document contenant les accusations, qui vise également huit autres personnes poursuivies comme complices des crimes de Rodrigo Duterte. Aucun nouveau mandat d’arrêt n’a été rendu public jusqu’à présent.