• 2 avr 2026
  • Liban
  • Communiqué de presse

Liban. Une plainte civile déposée en France fournit une occasion rare d’amener Israël à rendre des comptes pour une frappe meurtrière contre un immeuble civil

Réagissant à la plainte civile déposée en France auprès du pôle Crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre par Ali Cherri, artiste et réalisateur franco-libanais, et par la Fédération internationale pour les droits humains concernant une attaque militaire israélienne de novembre 2024 contre un immeuble civil du centre de Beyrouth, qui a tué sept civil·e·s, Heba Morayef, directrice régionale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnistie internationale, a déclaré :

« Dans un contexte où les graves violations du droit international humanitaire perpétrées par les forces israéliennes au Liban constituent des pratiques établies de longue date, et alors qu’Israël intensifie une nouvelle fois ses attaques, si les procureurs du pôle Crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre ouvraient une enquête sur cette plainte, cela fournirait une occasion rare d’examiner les agissements d’Israël dans un tribunal européen, compte tenu de l’impunité généralisée dont il bénéficie habituellement. Cette affaire pourrait mener à une forme de reddition de comptes et de réparation aux victimes de cette attaque meurtrière. La frappe contre ce bâtiment résidentiel a tué sept civil·e·s et détruit le domicile de plusieurs personnes. Les recherches d’Amnistie internationale sur cette attaque n’ont mis au jour aucun élément attestant la présence d’une cible militaire dans cette zone au moment de l’attaque, et ont conclu que cette frappe devait faire l’objet d’une enquête en tant que possible crime de guerre. 

« Depuis octobre 2023, Amnistie internationale a recueilli des informations faisant état d’atteintes graves et répétées au droit international humanitaire commises par différentes parties au conflit au Liban, notamment de nombreuses frappes aériennes israéliennes contre des bâtiments résidentiels, qui ont tué des dizaines de civil·e·s. Plus d’un an plus tard, aucune des victimes de ces attaques n’a obtenu justice ni reçu de réparations, et alors que l’on constate une intensification renouvelée des hostilités, des habitant·e·s du Liban sont de nouveau forcés à être témoins de l’homicide de proches, de la destruction de leur domicile et de menaces à leur sécurité.

« Compte tenu du renforcement des attaques lancées par Israël et de son impunité persistante, les États doivent de toute urgence user de leur compétence universelle, ou d’autres formes de compétence extraterritoriale, afin d’enquêter sur de graves violations du droit international humanitaire et, lorsque les éléments de preuve le permettent, de poursuivre les responsables présumés de ces crimes de guerre devant leurs tribunaux nationaux. 

Le gouvernement libanais devrait coopérer avec ces procédures, et prendre d’autres mesures afin de faire respecter l’obligation de rendre des comptes pour les graves violations du droit international humanitaire perpétrées par Israël au Liban, notamment en reconnaissant la compétence de la Cour pénale internationale, afin de garantir des enquêtes crédibles et de véritables voies de recours pour les victimes. »

Complément d’information

En février 2026, Amnistie internationale a diffusé une enquête sur la frappe du 26 novembre 2024 contre l’immeuble de la famille Cherri dans le quartier de Nouweiri à Beyrouth, lancée à peine quelques heures avant l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah. Cette attaque a tué les parents d’Ali Cherri, Nadira Hayek (78 ans) et Mahmoud Naim Cherri (88 ans), leur aide à domicile Birki Negesa, qui vivait avec eux, ainsi qu’au moins quatre autres civil·e·s, résidant tous dans le même immeuble.

L’organisation a déterminé qu’aucune véritable mise en garde n’avait été diffusée au préalable, qu’Israël n’a désigné aucune cible militaire ni avant, ni après la frappe, et qu’aucun objectif militaire n’était présent à proximité à l’époque. Ces conclusions fournissent des motifs raisonnables de conclure que cette frappe a violé le droit international humanitaire et doit faire l’objet d’une enquête en tant que crime de guerre.

Depuis le 2 mars 2026, les hostilités entre Israël et le Hezbollah se sont considérablement aggravées à travers le Liban, caractérisées par des frappes aériennes soutenues de la part d’Israël, d’une invasion terrestre et d’ordres d’évacuation de grande ampleur.

Selon le ministère libanais de la Santé publique, au 1er avril, 1 318 personnes avaient été tuées depuis le 2 mars – notamment 125 mineur·e·s et 91 femmes – et 3 935 autres personnes blessées, tandis que plus de 1,2 million de personnes avaient été nouvellement déplacées.