Iran. Les menaces apocalyptiques d’une vaste destruction civile proférées par le président Trump requièrent de toute urgence une action mondiale afin de prévenir des atrocités
Réagissant à la déclaration du président des États-Unis Donald Trump, sur le réseau social Truth Social, le 7 avril 2026, selon laquelle « une civilisation entière va mourir ce soir, pour ne jamais renaître », Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnistie internationale, a déclaré :
« Le simple fait que Donald Trump tiennent des propos aussi apocalyptiques, notamment sa menace de mettre fin à "une civilisation entière", révèle un degré stupéfiant de cruauté et de mépris pour la vie humaine. Cela devient d’autant plus terrifiant qu’il menace également d’attaquer directement l’infrastructure civile en causant la "démolition complète" des centrales électriques et ponts en Iran.
« Le droit international humanitaire interdit strictement de lancer des attaques directes contre des civil·e·s et des biens de caractère civil. La menace d’extermination et de destruction irréparable proférée par le président des États-Unis viole sans vergogne des règles fondamentales du droit international humanitaire, avec des conséquences potentiellement catastrophiques pour plus de 90 millions de personnes. Il est possible que cela constitue une menace de génocide, crime défini par la Convention sur le génocide et par le Statut de Rome de la Cour pénale internationale comme le fait de commettre un ou plusieurs des actes définis "dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel".
« Les enjeux n’ont jamais été aussi importants. La communauté internationale - notamment le Conseil de sécurité des Nations unies, les instances régionales et tous les États - doit intervenir en urgence afin d’empêcher une catastrophe imminente et d’affirmer sans équivoque qu’ordonner, perpétrer ou inciter à commettre des crimes de guerre et un génocide engage une responsabilité criminelle individuelle en vertu du droit international.
« Les menaces du président Trump, conjuguées à l’intensification des attaques menées par les États-Unis et Israël détruisant des infrastructures civiles, terrorisent des millions de personnes en Iran et leurs proches profondément inquiets vivant à l’étranger, tandis que des dizaines de millions de vies sont en jeu. Nous demandons des mesures immédiates afin d’empêcher des attaques illégales qui plongeraient un pays entier dans l’obscurité et priveraient des millions de personnes de leurs droits fondamentaux à la vie, à l’eau, à la nourriture, à des soins de santé et à un niveau de vie suffisant.
« Ces derniers jours, les forces étasuniennes et israéliennes ont attaqué des infrastructures civiles, notamment des centrales électriques, des ponts, des universités, des aciéries et des usines pétrochimiques, tuant et blessant des civil·e·s, condamnant la population à des années, si ce n’est des décennies, de difficultés économiques accrues, et abîmant à long terme la vie et les moyens de subsistance des civil·e·s.
« Les attaques délibérées contre des infrastructures civiles constituent des crimes de guerre au regard du droit international. Même dans les cas limités où des infrastructures civiles peuvent être désignées comme cibles militaires, une partie au conflit ne peut tout de même pas les attaquer si cela risque de causer des préjudices disproportionnés pour les civil·e·s. Les centrales électriques, les réseaux d’eau et les infrastructures énergétiques sont indispensables à la vie civile, car ils sous-tendent l’accès à de l’eau propre, les soins médicaux, l’approvisionnement des hôpitaux en électricité, les chaînes d’approvisionnement alimentaire, et des moyens de subsistance de base. Les prendre pour cible serait disproportionné et donc illégal aux termes du droit international, et pourrait constituer un crime de guerre. »
Complément d’information
Ces derniers jours, le président Trump a fait de manière répétée des déclarations de plus en plus menaçantes contre les infrastructures énergétiques et de transport en Iran, affirmant qu’à moins que les autorités iraniennes ne rouvrent le détroit d’Ormuz, les États-Unis procèderaient à la « démolition complète » des centrales électriques et des ponts du pays. Il a aussi menacé de bombarder l’Iran et de le renvoyer « à l’âge de pierre ».
Le 5 avril, le président Trump a déclaré que l’Iran pourrait être « détruit en une nuit » et a donné aux autorités iraniennes jusqu’au 7 avril à 20 heures, heure de l’Est, pour s’exécuter. Il a en outre promis que les centrales électriques et ponts du pays seraient tous détruits par des incendies et des explosions, et ne pourraient plus jamais être utilisés.
Le 7 avril, l’armée israélienne a adressé un avertissement trop vague aux civil·e·s iraniens, leur recommandant d’éviter les trains et les voies ferrées à travers le pays, affirmant qu’être à proximité de ce type d’infrastructures « mettrait vos vies en dangers ».
Dans le même temps, les États-Unis et Israël ont mené des frappes à travers l’Iran contre des ponts, des usines pétrochimiques et des aciéries, tuant et blessant des civil·e·s et exacerbant les craintes d’attaques illégales de grande ampleur contre des infrastructures civiles essentielles.