• 8 jan 2026
  • Canada
  • Lettre ouverte

Lettre à Jean-Luc Meunier, président et chef d’exploitation de GardaWorld

Dans le cadre de ses recherches sur les conditions de détention des personnes migrantes aux États-Unis, Amnistie internationale a adressé une lettre à Jean-Luc Meunier, président et chef d’exploitation de GardaWorld.

Cette démarche vise à obtenir des clarifications sur le rôle et les responsabilités de l’entreprise dans le fonctionnement, la surveillance ou la prestation de services liés au centre de détention des Everglades, en Floride, connu sous le nom « Alligator Alcatraz ».

Amnistie internationale cherche notamment à comprendre la nature de l’implication de GardaWorld, les garanties mises en place pour prévenir les violations des droits humains, ainsi que les mécanismes existants pour signaler et corriger toute pratique contraire au droit international.

Lire la lettre au complet

Objet : Supervision du centre de détention aux Everglades aux États-Unis 

Monsieur Meunier,  

Je vous sollicite à nouveau à la suite de mon courriel du 11 septembre 2025, resté sans réponse à ce jour. 

Amnistie internationale est un mouvement mondial réunissant plus de 10 millions de personnes dans 70 pays, agissant pour le respect des droits humains de toutes et tous. Je me permets de vous réécrire pour mieux comprendre la gestion et la supervision de centres de détention aux États-Unis par votre entreprise. L’objectif d’Amnistie internationale est de mieux comprendre le rôle que peuvent jouer certaines entreprises dans le fonctionnement, la surveillance ou les services liés au centre de détention aux Everglades connu sous le nom « Alligator Alcatraz ». 

Selon les informations qu’Amnistie internationale a recueillies dans les médias, votre entreprise aurait été mandatée pour l’embauche de gardes de sécurité pour le centre de détention des Everglades, qui a ouvert en juillet 2025 et qui peut accueillir environ 3 000 personnes. Situé dans une région marécageuse de Floride, dans le sud-est des États-Unis, ce centre relève des efforts déployés par l’administration en place pour multiplier les détentions et les expulsions de personnes migrantes. 

Les recherches menées par Amnistie internationale ont révélé que des personnes sont détenues arbitrairement à « Alligator Alcatraz ». Les personnes interrogées par Amnistie internationale qui ont été détenues à « Alligator Alcatraz » en juillet et août 2025 n'étaient pas visées par des mesures d'éloignement, étaient détenues pour une durée indéterminée et n'avaient pas la possibilité de faire examiner les raisons de leur détention par un tribunal de l'immigration. De plus, l'organisation considère que les conditions de détention à « Alligator Alcatraz » constituent collectivement un traitement cruel, inhumain et dégradant et, dans certains cas, une torture ou d'autres mauvais traitements, notamment :  

  • des conditions de surpeuplement et d'insalubrité 

  • un accès insuffisant à l'eau potable, aux produits d'hygiène et à des installations sanitaires adéquates 

  • l'absence de soins médicaux adéquats, malgré la présence de personnes souffrant de maladies chroniques et ayant des besoins médicaux urgents 

  • l'utilisation systématique de chaînes et d’infliger des punitions aux détenus en les enfermant dans la « boîte » (décrite comme une cage de 60 cm sur 60 cm exposée aux intempéries) 

  • l’absence de mécanismes d'enregistrement ou de suivi officiel des personnes détenues par le gouvernement 

  • un accès minimal à des avocat·e·s et à des informations d’ordre juridique, et par l’absence de bureau du tribunal de l'immigration desservant l'établissement, ce qui compromet la capacité des personnes à contester leur détention 

  • et des préjudices psychologiques et des peurs dus à l'emplacement de l'établissement dans un environnement dangereux et isolé.