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Crise du logement en milieu autochtone au Canada : iniquité et discrimination. L'exemple de Manawan

La crise du logement en milieu autochtone au Canada constitue une réalité urgente, marquée par le surpeuplement, la vétusté des habitations et un manque chronique d’investissements des gouvernements depuis plusieurs décennies. Dans des communautés comme Manawan, cette crise du logement a des conséquences directes sur la sécurité, la dignité et la possibilité de vivre en paix pour les résident·e·s. Malgré des engagements répétés des gouvernements, les besoins demeurent largement insatisfaits, et les solutions tardent à se concrétiser. Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large d’inégalités systémiques héritées de politiques coloniales racistes, qui continuent d’avoir des répercussions profondes sur les conditions de vie des Peuples autochtones. À travers l’exemple de Manawan, cette campagne vise à sensibiliser, informer et mobiliser pour un accès équitable à des logements sûrs, adéquats et culturellement adaptés. À travers l’exemple de Manawan, cette campagne vise à sensibiliser, informer et mobiliser autour de la nécessité d’un accès équitable à des logements sûrs, adéquats et culturellement adaptés.

Un logement convenable pour chaque famille autochtone au Canada 

Agissons pour demander au gouvernement du Canada de mettre à la disposition des instances autochtones les budgets nécessaires pour que chaque famille dans les communautés ait accès à un logement convenable, pour vivre dans la dignité, la paix et la sécurité.  

RAPPORT COMPLET 

SYNTHÈSE DU RAPPORT

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Manawan, une communauté atikamekw au Canada

La Première nation atikamekw de Manawan est une communauté de plus de 3 000 personnes (2024) située à plus de 250 km de Montréal, accessible uniquement par un chemin de terre de 80 km. Établie sur une réserve de seulement 7,83 km², elle fait face à de nombreux défis : surpopulation des logements (7,8 personnes par logement en moyenne), isolement géographique, économie fragile dépendante du Conseil et d'emplois saisonniers, un accès limité aux services de santé et une croissance démographique soutenue (+33,3 % en 20 ans). Bien que la communauté soit située en pleine forêt, elle ne perçoit aucune redevance pour l'exploitation des ressources naturelles sur son vaste territoire traditionnel, le Nitaskinan, qui s'étend sur près de 20 000 km². 

 

« Que chaque famille ait leur maison pour offrir une belle qualité de vie à leurs enfants pour les aider à poursuivre leurs études, à bien pratiquer leurs activités traditionnelles, que ce soit dans leur maison, mais également sur le territoire ancestral. Je pense que les familles dans nos communautés méritent des logements dignes de ce nom, puis des toits pour pouvoir bien vivre.  »

— Sipi Flamand, chef du Conseil des Atikamekw de Manawan 

Comprendre la crise du logement

La crise du logement touche les communautés autochtones bien plus gravement que le reste de la population canadienne. Elle résulte des politiques coloniales, de l'usurpation des terres et de la sédentarisation forcée imposée par la Loi sur les Indiens. En 2026, cette crise demeure chronique : la majorité des Autochtones vivant en réserve dépende de logements sociaux en nombre insuffisant depuis des décennies.  

Manawan n'échappe pas à cette réalité. Avec une moyenne de 7,8 personnes par logement — certains en comptant jusqu'à 17 de façon permanente — le surpeuplement y est criant. Les recherches d'Amnistie internationale ont mis en lumière des conditions d'insalubrité alarmantes : moisissures, tuyauteries défectueuses, toitures et revêtements à refaire, fenêtres inadéquates. La communauté estime avoir besoin d'au moins 200 logements supplémentaires. 

Face à cette crise, le Conseil des Atikamekw de Manawan (CDAM) multiplie les initiatives — plan directeur de 95 nouveaux lots, Maison pour la famille, décontamination des logements, formation en gestion de l'habitation — mais il se heurte à des obstacles considérables : financement insuffisant, critères d'attribution opaques, manque de personnel qualifié et coûts de construction élevée en raison de l'isolement géographique de la communauté. 

 

 

Les conséquences humaines d'une crise ignorée

La crise du logement que vit la communauté de Manawan engendre des conséquences graves et multidimensionnelles sur la santé, la sécurité, l’éducation et la violence envers les femmes, les enfants et les ainé·e·s. de ses membres.  

Sur le plan sanitaire, le surpeuplement et l'insalubrité des logements favorisent la propagation de maladies respiratoires, de moisissures et d'infections, affectant particulièrement les enfants, chez qui l'on observe selon les familles des cas d'asthme, d'eczéma et de réactions allergiques. Des professionnel·le·s de la santé et de l'éducation rapportent également une hausse préoccupante des problèmes de santé mentale, notamment l'insomnie, l'anxiété et la dépression, directement liés aux conditions de vie précaires. Le recensement effectué durant la pandémie de COVID-19 a révélé que plus de 80 % des 361 logements visités abritaient au moins une personne en situation de vulnérabilité. 

 Le manque de logement et le surpeuplement ont aussi des conséquences négatives en matière d’éducation, un droit dont il est fait mention dans le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels (article 13), dont le Canada est partie prenante. Beaucoup de jeunes qui fréquentent des écoles primaires et secondaires à Manawan habitent des maisons surpeuplées et souvent mal insonorisées qui n’offrent pas les aménagements, l’environnement sain et la quiétude nécessaires pour effectuer des travaux scolaires. 

Par ailleurs, partout au Canada, les femmes autochtones demeurent victimes de discriminations systémiques héritées de la Loi sur les Indiens, qui restreignent leur accès au logement dans les réserves. Les personnes en situation de handicap, quant à elles, font face à une absence quasi totale d'infrastructures adaptées à leurs besoins, révélant une lacune institutionnelle profonde et persistante. Ces réalités témoignent de l'urgence d'une action coordonnée et structurelle pour garantir à la communauté de Manawan des conditions de vie conformes aux droits humains fondamentaux. 

 

 

 

 

 

« Il faut prioriser les enfants pour qu'ils vivent avec leurs parents en sécurité dans une maison sans avoir peur. Ce qui est important, c'est d'avoir notre espace, c'est d'être capable de respirer dans un endroit, parce que t'as aucune sécurité, t'as aucune intimité. La dépression est proche parce que t'es frustré parce qu’il n’y a aucune chance que tu changes la situation. Aucun espoir.  »

— Lise Coocoo-Dubé

L'itinérance autochtone : une réalité complexe et souvent invisible

L'article 21 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones reconnaît explicitement le droit de tous les Peuples autochtones à l'amélioration de leurs conditions de vie, notamment en matière de logement, sans discrimination d'aucune sorte. Or, la réalité vécue dans des communautés comme Manawan contraste profondément avec ce principe fondamental. L'itinérance y prend majoritairement la forme d'une itinérance cachée et chronique : faute de logements disponibles, des personnes sont contraintes de s'héberger temporairement chez des proches, de passer d'un sofa à l'autre, ou de vivre dans des logements insalubres, surpeuplés et non sécuritaires. Cette réalité, difficile à quantifier, demeure largement invisible dans les statistiques officielles.  

Les Nations Unies rappellent par ailleurs que la lutte contre l'itinérance ne se limite pas à fournir un toit : elle doit également prendre en compte la perte des liens sociaux, le sentiment d'exclusion et la rupture identitaire vécus par les personnes sans domicile fixe. Dans une perspective autochtone, l'itinérance est le résultat direct de décennies de déplacement, de dépossession territoriale et d'exclusion économique engendrées par les processus coloniaux passés et actuels. Malgré des conditions de vie précaires, nombreux sont ceux et celles qui choisissent de rester dans leur communauté pour préserver leurs liens culturels et identitaires, et pour échapper au racisme systémique qui les attend à l'extérieur.  

Garantir le droit au logement pour les Peuples autochtones, c'est donc reconnaître et réparer les torts historiques qui sont à l'origine de cette crise, conformément aux engagements internationaux du Canada. 

Responsabilités politiques et héritage colonial : l'écart entre les engagements et la réalité 

La crise du logement que vivent les Peuples autochtones au Canada ne peut être dissociée de l'héritage colonial qui en est à l'origine. Des siècles de politiques racistes — pensionnats, déplacements forcés, Loi sur les Indiens — ont engendré des traumatismes intergénérationnels dont les répercussions sociales, économiques et identitaires se font encore profondément sentir aujourd'hui. Le racisme systémique continue d'influencer les politiques de logement, d'exclure les Autochtones des décisions qui les concernent et de se manifester jusque dans le système de justice, où les femmes autochtones représentent 41 % des personnes incarcérées dans les prisons fédérales, bien qu'elles ne constituent que 4 % de la population féminine canadienne. 

Sur le plan législatif, le Canada a pourtant adopté des engagements formels : la Loi sur la stratégie nationale sur le logement de 2019 reconnaît le droit au logement comme un droit humain fondamental, et le Principe de Jordan garantit en théorie l'accès aux services essentiels pour les enfants des Premières Nations. Dans ce cadre, le gouvernement fédéral agit principalement en tant que bailleur de fonds pour le logement et les infrastructures afférentes, distribuant les ressources par l'intermédiaire de deux organismes clés : Services aux Autochtones Canada (SAC) et la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL). Or, malgré ces structures, les engagements du gouvernement du Canada de combler les besoins des Premières Nations en logements d’ici 2030 ne seront pas respectés. Et la définition canadienne du logement convenable reste minimale au regard des normes internationales, ignorant des réalités pourtant fondamentales telles que la salubrité, l'adaptation culturelle, l'accès à l'eau potable et aux services essentiels.  

Comme le rappelle l'ex-Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur le logement, Leilani Farha, le droit au logement implique bien plus que quatre murs et un toit : il exige le droit de vivre en paix, en sécurité et dans la dignité. À Manawan, cet idéal demeure encore largement hors de portée. 

 

 

 

 

« On parle de guérison, on parle de réconciliation. Avoir un toit, c'est un besoin de base primordial. C'est nécessaire. Si tu n'as pas ça, ça crée un stress. Ça vient faire un déséquilibre dans toute ta sphère de vie, dans tous les aspects. »

— Témoignage anonyme d’une résidente de Manawan

Quelles solutions ?

Les recommandations visent à améliorer l’accès à un logement adéquat pour les communautés autochtones en tenant compte de leurs réalités spécifiques. Au niveau fédéral, il est proposé d’augmenter et de stabiliser le financement des logements, de mieux adapter les programmes selon les besoins (notamment pour les personnes en situation de handicap et de lutte à l’itinérance), d’améliorer les normes d’habitation du Canada aux standards internationaux, d’éliminer les biais dans l’évaluation des coûts de construction et de renforcer la collecte de données en collaboration avec les Peuples autochtones. Il est aussi recommandé de respecter les engagements internationaux en droits humains et de mettre en œuvre les appels à l’action des commissions d’enquêtes sur les droits des Peuples autochtones. 

À tous les niveaux de gouvernement, l’accent doit être mis sur la mise en place de mécanismes garantissant les droits, ainsi que sur des investissements accrus dans le logement, les infrastructures et les refuges pour les personnes en situation d’itinérance. Au Québec, les priorités incluent l’application de recommandations existantes de la Commission d’enquête sur les relations avec les Autochtones et certains services publics au Québec (Commission Viens), la reconnaissance du racisme systémique envers les Peuples autochtones. Enfin, au niveau local, notamment à Manawan, les actions des Conseils doivent cibler l’amélioration de la transparence, la sécurité des habitations et une meilleure communication avec les membres pour répondre efficacement aux besoins en logement et la formation du personnel. 

 

 

Comment vous pouvez agir ?

Agissons pour demander au Canada de fournir les ressources financières nécessaires pour fournir un logement à chaque famille dans les communautés autochtones pour vivre dans la dignité, la paix et la sécurité.  

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