Au Canada, en 2026, des Autochtones vivent encore dans des conditions inacceptables de logement. En 2021 selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), près d'un Autochtone sur deux vivait dans un logement qui ne respectait pas au moins une des trois normes de base : un logement doit être en bon état, suffisamment grand, et abordable. Les ménages autochtones sont plus de deux fois susceptibles que les non-autochtones de vivre dans un logement de qualité non convenable. Ces statistiques pourraient être sous-estimées compte tenu de la méfiance historique des Autochtones envers les institutions gouvernementales coloniales. 

 En raison du manque de logements, de nombreuses personnes, en particulier celles vivant dans la pauvreté, sont contraintes d’habiter des logements inadéquats, inhabitables et souvent dangereux pour leur santé et leur bien-être. Ce manque de logements a des conséquences concrètes et brutales : il pousse de nombreux d'Autochtones vers l'itinérance. Ce n'est pas un accident — c'est le résultat direct d'inégalités et de discrimination systémique. 

Selon la vérificatrice générale du Canada, le financement octroyé par le Canada est insuffisant depuis au moins les 20 dernières années. Au rythme actuel, il sera impossible pour le gouvernement fédéral de remplir ses engagements pour combler les besoins des Premières Nations en logements sains d’ici 2030. 

Le gouvernement fédéral, les provinces et les territoires doivent, en partenariat étroit avec les conseils de bande: 

  • Investir massivement, rapidement, de façon prévisible et sur plusieurs années, dans les programmes de financement du logement, afin de rattraper les retards et maintenir le rythme de construction, tout en s’assurant que les outils d’évaluation des coûts de construction ne comportent aucun biais. 
  • Financer suffisamment les programmes spécifiques destinés à l’adaptation des logements destinés aux personnes en situation de handicap pour répondre à tous leurs besoins.  
  • Intégrer une vision autochtone de la question de l’itinérance afin d’offrir des programmes de financement adaptés à cette réalité. 

M. Carney, premier ministre du Canada, vous pouvez en faire plus ! 

Rejoignez-nous pour demander au Canada, aux provinces et aux territoires de donnez les ressources financières nécessaires à tous les ministères concernés pour fournir un logement à chaque famille dans les communautés autochtones et que chacune puisse vivre dans la dignité, la paix et la sécurité. 

 

 

 

L’itinérance dans une perspective autochtone 

 La pénurie de logements dans les réserves réduit les Autochtones de ces communautés à vivre dans des logements surpeuplés ou inadéquats. Elle les empêche de choisir un logement répondant à leurs besoins selon leurs propres critères. 

 L’itinérance dans les réserves est de longue durée autant qu’elle est cachée (les personnes sans domicile sont hébergées par des membres de leur famille, des amis ou des connaissances) et correspond à la définition de l’itinérance chronique selon le gouvernement du Canada. Elle implique également le fait d’habiter des logements non convenables qui ne sont ni stables ni sûrs. 

 « Une situation d’itinérance persistante ou de longue durée dans laquelle les personnes rencontrent au moins l’un des critères suivants : ont été en situation d’itinérance pendant 180 jours à un certain moment au cours d’une année (pas nécessairement des jours consécutifs) et/ou ont connu des épisodes récurrents d’itinérance au cours des trois dernières années qui totalisent au moins 18 mois. La mesure de la chronicité comprend uniquement le temps passé dans les endroits suivants : les refuges d’urgence (lits permanents ou de débordement, y compris ceux destinés aux personnes victimes de violence familiale), les lieux extérieurs ou les endroits non conçus pour l’habitation humaine (p. ex., les parcs), chez quelqu’un (p. ex., membres de la famille, amis, etc.) de façon temporaire sans garantie de résidence continue (d’un sofa à l’autre). » Concernant les Autochtones, la Stratégie nationale du logement ajoute que ceux et celles « qui vivent dans des hébergements inabordables, inadéquats, inférieurs aux normes et non sécuritaires, ou qui vivent sans la garantie d’occupation » sont également en situation d’itinérance. (Programme Vers un chez soi : logement-infrastructure.canada.ca/homelessness-sans-abri/.) 

 Comme les Nations unies l’indiquent, la lutte contre l’itinérance ne consiste pas seulement à fournir un toit à une personne. Il faut également tenir compte de la perte des liens sociaux, du sentiment de ne « pas avoir sa place » et de l’exclusion sociale des sans-abri, des situations vécues par les Peuples autochtones. Selon l’auteur et historien métis et cri Jesse Thistle et l’Assemblée des Premières Nations, l’itinérance autochtone doit également être abordée dans une perspective plus large. « L’itinérance des Premières Nations est le résultat direct du déplacement, de la dépossession et de l’exclusion économique causés par les processus coloniaux passés et actuels qui empêchent les Premières Nations de jouir d’une prospérité économique, ce qui se traduit par la perte de terres et de ressources, ainsi qu’un sentiment de fracture du bien-être individuel et communautaire. » Malgré des conditions de logement souvent inappropriées et un développement économique inexistant, plusieurs Autochtones décident de demeurer dans leur communauté afin de ne pas briser leur lien culturel avec leur Nation, de ne pas perdre leur identité culturelle et de ne pas vivre de racisme et de discrimination hors de leur communauté. C’est ainsi que, faute de choix, plusieurs acceptent de vivre dans des logements surpeuplés, inadéquats ou encore non sécuritaires. 

 En définitive, par rapport à l’itinérance visible, l’itinérance invisible est difficile à quantifier, car elle peut désigner une vaste catégorie de personnes pouvant comprendre celles qui vivent temporairement chez des membres de leur famille, des ami·e·s, des voisin·e·s ou des étranger·ère·s (« couch surfing ») ou ont recours à d’autres formes d’hébergement temporaire. De plus, à cause du manque de logements, pour obtenir une image plus réaliste de l’itinérance dans les réserves, il faut y ajouter toutes les personnes qui vivent dans un surpeuplement extrême, dans des logements insalubres et dans la précarité. 

En savoir plus : 

Selon les Nations unies, il faut prendre en compte les « privations multiples dont ils sont victimes, y compris la déconnexion des individus, des familles et des communautés auparavant liés à la terre, à l’eau, aux lieux, à la famille, aux parents proches, aux tiers, aux animaux, aux cultures, aux langues et aux identités. » (A/74/183) 

Jesse Thistle, Indigenous Definition of Homelessness in Canada. Toronto: Canadian Observatory on Homelessness Press, 2017, IndigenousHomelessnessDefinition.pdf

Assemblée des Premières Nations (AFN), Plan d’action national pour les sans-abri des Premières Nations, décembre 2023, afn.bynder.com/m/ab432b373ed8160/original/Plan-d-action-national-pour-les-sans-abri-des-Premieres-Nations.pdf