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La vague nationale de violence contre les femmes, les filles et les personnes bi-spirituelles autochtones requiert une réponse globale et coordonnée de la part des gouvernements

OTTAWA, 3 juin 2019 – En réponse au rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées : Réclamer notre pouvoir et notre place, Amnistie internationale exhorte tous les gouvernements du Canada à dépasser l’approche fragmentaire qui n’a pas réussi à protéger de la violence les femmes, les personnes bispirituelles, les filles, les familles et les communautés des Premières nations, des Inuits et des Métis.

Le rapport final de l’Enquête nationale indique : «  La violence coloniale, ainsi que le racisme, le sexisme, l’homophobie et la transphobie à l’endroit des femmes, des filles et des personnes 2ELGBTQQIA[1] autochtones se sont immiscés dans la vie de tous les jours, que ce soit sous différentes formes de violence interpersonnelle, par le biais des institutions comme le système de santé et le système de justice, ou encore dans les lois, les politiques et les structures de la société canadienne. Il en résulte que de nombreux Autochtones, en grandissant, en sont venus à normaliser la violence, alors que la société canadienne affiche une indifférence lamentable quant à la résolution de cet enjeu.

Le rapport ajoute que rien n’améliorera la situation actuelle sans la volonté de s’attaquer à la cause profonde de la crise actuelle, à cette profonde indifférence institutionnelle envers la violence faite aux femmes, aux filles et aux personnes du 2ELGBTQQIA autochtones.

Selon Alex Neve, secrétaire général d’Amnistie internationale Canada (anglais), au Canada, les gouvernements, voire la société entière, ont ignoré et minimisé les horribles niveaux de violence que subissent les femmes, les filles et les personnes bispirituelles autochtones. « Nous espérons que le rapport de la Commission d’enquête servira de catalyseur à tous les gouvernements afin qu’ils s’engagent enfin à adopter la réponse nationale globale, systématique et coordonnée que requiert ce qui constitue une véritable urgence en matière de droits de la personne. »

Les « appels à la justice » du rapport exigent des changements à la fois vastes et précis à de nombreux programmes, institutions et politiques, ainsi qu’un financement accru dans toutes les administrations du Canada, pour leur permettre de s’attaquer véritablement aux causes profondes de la violence faite aux femmes, aux filles et aux personnes bispirituelles autochtones. Amnistie internationale accueille favorablement la recommandation visant à financer durablement et à long terme les refuges, les maisons d’hébergement et de transition, les logements supervisés et les services aux femmes, aux filles et aux personnes bispirituelles autochtones, afin que toutes aient accès à des services culturellement adaptés, où qu’elles habitent.

Les demandes du rapport final de l’enquête nationale :

  • L’élaboration et la mise en œuvre par les gouvernements et les institutions autochtones, ainsi que les gouvernements fédéral, provinciaux, territoriaux et municipaux, d’un plan d’action national visant à prévenir et à éradiquer toute forme de violence faite aux femmes, aux filles et aux personnes bispirituelles autochtones;
  • La conception et la prestation de services sociaux aux peuples autochtones, dans le respect des droits de la personne, sans obstacle à l’accessibilité en raison du lieu de résidence;
  • Un financement à long terme, soutenu et équitable pour combler les grandes lacunes dans les services gouvernementaux qui refusent l’égalité réelle aux femmes, aux filles et aux personnes bispirituelles des Premières nations, des Inuits et des Métis, y compris celles qui ont été victimes de violence;
  • La création d’un groupe de travail chargé d’examiner et éventuellement de rouvrir les enquêtes policières dans certains dossiers de femmes, de filles et de personnes bispirituelles autochtones disparues ou assassinées qui n’auraient pas été traités correctement;
  • La collecte cohérente et la diffusion publique de données désagrégées concernant les niveaux de violence contre les femmes, les filles et les personnes bispirituelles métisses, inuites et des Premières nations, incluant le nombre de personnes disparues et d’homicides;
  • Des mesures pour atténuer l’effet du roulement rapide chez les agents de police assignés aux collectivités nordiques et éloignées;
  • La prise en compte des répercussions fondées sur le genre dans les projets d’exploitation des ressources et l’identification de stratégies d’atténuation des risques à toutes les étapes de planification, d’évaluation, de mise en œuvre, de gestion et de surveillance des projets.

Il y a un mois, Amnistie internationale, conjointement avec des organisations autochtones, de défense des droits des femmes et de défense de l’égalité présentaient une lettre ouverte à la ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien, Carolyn Bennett, soulignant l’importance cruciale d’un engagement fédéral clair à agir avant la fin de la présente session parlementaire, plus tard ce mois-ci.

« Comme la Commission de vérité et de réconciliation qui l’a précédée, la Commission nationale d’enquête a invité toutes les personnes concernées à contribuer à mettre fin à cette crise des droits de la personne en luttant contre le sexisme, le racisme, l’homophobie, la transphobie et le colonialisme et en exigeant plus et mieux de nos gouvernements et institutions publiques », a déclaré France-Isabelle Langlois, directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone. « Amnistie internationale salue les décennies de lutte populaire des femmes autochtones qui nous ont menés là où nous en sommes aujourd’hui. Nous nous engageons à demeurer solidaires de ces militantes et militants afin que les femmes, les filles et les personnes bispirituelles autochtones du Canada puissent vivre en sécurité et dans la dignité, sans violence ni discrimination. »

En qualité d’intervenante dans l’enquête nationale, Amnistie internationale a pu avoir un accès anticipé au rapport final de l’enquête nationale. Au cours des prochains jours, nous pourrons formuler d’autres commentaires, une fois que nous aurons examiné plus à fond les conclusions et les recommandations du rapport.

 

[1] 2ELGBTQQIA : personnes bispirituelles, lesbiennes, gays, personnes bisexuelles, trangenres, queer, en questionnement et personnes intersexuées ou asexuelles

Mis à jour le lundi, 3 juin 2019