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Communiqué 
international
Yémen

Une bombe de fabrication américaine utilisée dans une frappe aérienne meurtrière contre des civils

Une bombe à guidage de précision fabriquée aux États-Unis a été utilisée dans une frappe aérienne menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis le 28 juin dernier, et a frappé une habitation dans le gouvernorat de Taizz, au Yémen, tuant six civils, dont trois enfants, a déclaré Amnistie internationale le 26 septembre 2019.

La bombe guidée au laser, fabriquée par la compagnie américaine Raytheon et utilisée dans le cadre de cette attaque, est un nouvel élément prouvant que les États-Unis vendent des armes que la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis utilisent dans des attaques constituant de graves violations du droit international humanitaire au Yémen.

« Il est incompréhensible et inadmissible que les États-Unis continuent de convoyer des armes vers le conflit qui dévaste le Yémen, a déclaré Rasha Mohamed, chercheuse sur le Yémen à Amnistie internationale.

« Malgré la flopée d’éléments prouvant que la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis a commis maintes fois de graves violations du droit international, notamment de possibles crimes de guerre, les États-Unis et d’autres pays exportateurs d’armes comme le Royaume-Uni et la France demeurent insensibles à la souffrance et au chaos que ces armes infligent à la population civile. »

Amnistie internationale s’est entretenue avec deux proches des victimes et deux habitants du secteur, dont deux témoins de l’attaque. Elle a aussi analysé des images satellite et des photos et des vidéos prises après l’attaque afin de corroborer les déclarations des témoins.

L’expert en armement de l’organisation a analysé les photos des débris de l’arme déterrés sur le site de la frappe par des membres de la famille et a pu, grâce à des données inscrites sur l’ailette de la bombe, déterminer avec certitude qu’il s’agissait d’une bombe GBU-12 Paveway II, pesant 225 kilos, fabriquée aux États-Unis.

Une famille déchirée

Parmi les six civils tués dans l’attaque, qui s’est déroulée dans le village de Warzan, dans le directorat de Khadir, figuraient une femme de 52 ans et trois enfants, âgés de 12, neuf et six ans.

Un membre de la famille a déclaré à Amnistie internationale : « Nous les avons enterrés le jour même, parce qu’ils étaient réduits à des membres mutilés. Il n’y avait pas de cadavres à examiner. La chair de telle personne était mélangée à celle de telle autre. Ils ont été enveloppés [dans des couvertures] et emmenés. »

Un témoin a déclaré à Amnistie internationale : « Je travaillais dans une ferme voisine, à environ trois minutes de marche de là. J’ai entendu l’avion planer et j’ai vu la bombe, qui tombait vers la maison. J’étais près de la maison lorsque la seconde bombe a été larguée… et je me suis jeté à terre. »

La cible militaire la plus proche au moment de l’attaque était la salle des opérations houthies à la ferme Hayel Saeed – à environ un kilomètre. Toutefois, elle a cessé de fonctionner il y a plus de deux ans après avoir été touchée par plusieurs frappes aériennes de la coalition en 2016 et 2017. Selon des témoins, il n’y avait ni combattants ni objectifs militaires à proximité de la maison au moment de l’attaque.

Une deuxième frappe aérienne s’est déroulée au même endroit environ 15 minutes après la première, indiquant que le pilote voulait s’assurer de la destruction de la maison de la famille al Kindi. Cette habitation a de nouveau été frappée cinq jours plus tard, alors que les membres de la famille étaient sur place, en train d’inspecter le site. Personne n’a été blessé ni tué lors de cette dernière frappe.

Depuis mars 2015, les chercheurs d’Amnistie internationale ont enquêté sur des dizaines de frappes aériennes et ont trouvé et identifié de nombreux fragments de munitions de fabrication américaine.

« Cette attaque souligne à quel point il est urgent d’instaurer un embargo exhaustif sur toutes les armes susceptibles d’être utilisées par l’une des parties au conflit au Yémen, a déclaré Rasha Mohamed.

« De graves violations continuent d’être commises sous notre surveillance et il est plus crucial que jamais que les organes chargés d’enquêter, à savoir le Groupe d’éminents experts mandaté par l’ONU, aient les pleins pouvoirs pour les recenser et en rendre compte.

« Les États exportateurs d’armes ne peuvent pas pratiquer la politique de l'autruche en prétendant qu’ils ne connaissent pas les risques associés aux transferts d’armes vers des parties à ce conflit, qui violent systématiquement le droit international humanitaire. Diriger intentionnellement des attaques contre des civils ou des biens civils, mener des attaques disproportionnées et aveugles qui tuent ou blessent des civils, ce sont des crimes de guerre.

« En fournissant sciemment les moyens à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis de violer à répétition le droit international humanitaire et relatif aux droits humains, les États-Unis, ainsi que le Royaume-Uni et la France, partagent la responsabilité de ces violations. »

Complément d’information

Un récent rapport du Groupe d’éminents experts sur le Yémen, créé par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, a conclu que la persistance des frappes aériennes menées par la coalition jette « un doute sérieux sur la conformité du processus de ciblage adopté par la coalition avec les principes fondamentaux du droit international humanitaire ».

Ce rapport dévoile aussi toute une série de graves atteintes aux droits humains commises par toutes les parties au conflit au Yémen, un conflit qui, selon l’ONU, aura tué plus de 233 000 Yéménites d’ici à la fin de l’année, en raison des combats et de la crise humanitaire. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU doit voter le renouvellement du Groupe d’éminents experts le 26 ou le 27 septembre.

D’après la Defence Security Cooperation Agency (DSCA) – agence du ministère américain de la Défense chargée de la coopération en matière de sécurité – en 2015, le gouvernement américain a autorisé la vente de 6 120 bombes à guidage de type Paveway à l’Arabie saoudite. En mai 2019, le président Donald Trump a passé outre le Congrès pour autoriser la vente de bombes à guidage de type Paveway à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.

Mis à jour le jeudi, 26 septembre 2019