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Communiqué 
international
États-Unis

Les victimes de violence par arme à feu font face à la douleur et à de lourdes dépenses tout au long de leur vie

Les victimes de violence par arme à feu aux États-Unis vivent des années de traumatisme et de douleur en raison d’un ensemble destructeur de politiques gouvernementales qui ne tiennent pas compte de leurs besoins, indique Amnistie internationale dans un nouveau rapport issu de ses recherches sur l’expérience de ces personnes, rendu public jeudi 11 juillet 2019.

Décrivant la violence par arme à feu aux États-Unis comme une « crise des droits humains », le rapport intitulé Scars of Survival: Gun Violence and Barriers to Reparation in the USA souligne que, bien souvent, les victimes ne peuvent pas accéder à des soins et d’autres formes d’aide en raison des frais médicaux faramineux et d’un excès de bureaucratie. Il appelle les autorités américaines à mettre en place les mécanismes nécessaires pour que les victimes de violence par arme à feu bénéficient de réparations pleines et entières.

« La plupart des personnes que nous avons interrogées nous ont dit que leurs blessures par balles n’avaient été que le début de leur cauchemar. Les victimes ont décrit comment elles continuent de devoir lutter malgré leur statut de victimes de la criminalité et sont souvent confrontées à des coûts prohibitifs afin de traiter leurs douleurs chroniques ou d’obtenir de l’aide pour s’adapter à leur handicap, a déclaré Sanhita Ambast, chercheuse dans le domaine des droits économiques, sociaux et culturels à Amnistie internationale.

« Les coûts élevés, la paperasserie et les programmes d’indemnisation inadaptés sont autant d’obstacles à l’accès à des soins et un soutien de qualité après le traumatisme d’une fusillade. Les autorités américaines doivent combattre la violence par arme à feu et veiller à ce que les victimes bénéficient de l’aide nécessaire pour faire face aux préjudices qu’elles subissent et reconstruire leur vie. La violence par arme à feu à grande échelle n’étant pas traitée comme il se doit, il est d’autant plus indispensable d’apporter une aide aux victimes. »

En 2018, Amnistie internationale a interrogé 25 personnes victimes de blessures par balle à Miami, Tampa, Baltimore et la Nouvelle-Orléans, quatre villes où le taux de violence par arme à feu est très élevé. L’organisation s’est également entretenue avec 11 aidants, 17 professionnels de santé et 40 experts de la santé publique, défenseurs des droits des victimes, militants et travailleurs sociaux.

Coûts et réparations

Les recherches d’Amnistie internationale révèlent que les autorités américaines ne fournissent pas aux victimes de blessures par balle les soins médicaux de longue durée, les services de soutien et de réadaptation et l’indemnisation qui sont essentiels pour que le gouvernement remplisse ses obligations de réparations pleines et entières. Amnistie internationale a déjà souligné que le gouvernement américain manquait à ses obligations en matière de droits humains en ne réglementant pas suffisamment l’achat, la détention et l’utilisation d’armes à feu par les acteurs privés.

Étant donné qu’il n’existe aucun programme ciblé pour répondre aux besoins de réadaptation des victimes de blessures par balle, celles-ci doivent passer par le système de santé général pour obtenir une assistance médicale et psychologique. Cette situation crée de nombreux obstacles économiques et bureaucratiques, rendus encore plus difficiles par le traumatisme et la douleur physique.

Megan Hobson avait 16 ans lorsqu’elle s’est retrouvée prise entre des tirs croisés à Miami en 2012. Les soins d’urgence lui ont sauvé la vie, mais elle continue de souffrir de problèmes de santé, notamment de difficultés pour marcher ainsi que de complications liées à des fragments de balle dans son utérus, et elle a encore besoin de soins psychiatriques et de soutien psychologique. Megan a indiqué à Amnistie internationale qu’elle était toujours endettée à cause des frais médicaux.

« Je suis une victime, je n’y suis pour rien. J’étais juste au mauvais endroit, au mauvais moment », a-t-elle déclaré.

Jamie Williford a reçu une balle dans le dos quand elle avait 16 ans, en 2009. Elle est depuis paralysée et a toujours de lourds besoins médicaux. Bien qu’elle bénéficie de Medicaid, un programme gouvernemental fournissant une couverture santé à certaines personnes ayant de faibles revenus, elle est confrontée à d’importantes difficultés administratives dans l’accès aux soins, notamment pour trouver des professionnels qui acceptent son assurance.

Comme de nombreuses victimes de blessures par balle devenues handicapées, Jamie a dû se battre pour obtenir un logement accessible à prix abordable.

Après avoir été blessée, elle a été placée dans un établissement de santé destiné aux adultes, sans accès à des soins de santé mentale, des cours ou des formations adaptés à une personne de son âge et découvrant l’utilisation d’un fauteuil roulant. Depuis ses 18 ans, elle vit principalement dans des hébergements partagés, mais elle n’a pas réussi à avoir un logement permanent adapté à ses besoins.

Amnistie internationale a mis en avant le cas de Jamie pour illustrer la façon dont les victimes de violence par arme à feu subissent les conséquences de nombreuses politiques défaillantes – difficultés d’accès aux soins, manque de logements abordables et soutien insuffisant pour les personnes handicapées.

Obstacles administratifs

Presque toutes les victimes de blessures par balle interrogées par Amnistie internationale ont cité la bureaucratie et la paperasserie comme l’un des principaux obstacles à l’accès aux soins médicaux de longue durée.

Cette situation est particulièrement difficile pour les victimes qui vivent dans un environnement instable ou qui ne sont pas habituées à utiliser un système de santé fragmenté et complexe. Elles doivent souvent tenter simultanément de surmonter des changements concernant leur état de santé, leur vie de famille et leur emploi ou leurs perspectives d’emploi. 

Un homme dont le frère a été blessé par balle a expliqué : « Pour la prise en charge médicale, si vous souhaitez obtenir plus de soins ou une couverture [Medicare], on commence à vous demander si vous avez déjà travaillé. Si vous répondez par l’affirmative, on vous demande de présenter vos talons de chèques des six derniers mois, votre acte de naissance, votre carte de sécurité sociale, et toutes ces choses que nous n’avons pas. »

Les demandes d’indemnisation des victimes nécessitent également de fournir de multiples informations et documents, qui peuvent être difficiles à se procurer surtout lorsque les personnes se remettent de blessures graves ou invalidantes.

En 2017, le motif le plus fréquent de refus ou de clôture d’une demande d’indemnisation aux États-Unis était les informations incomplètes. La méconnaissance des droits et les conditions d’éligibilité très strictes constituaient également des obstacles à l’indemnisation.

Recommandations

« Amnistie internationale appelle les autorités fédérales et celles de chaque État américain à faire le nécessaire pour que les victimes de violence par arme à feu aient accès aux soins et au soutien dont elles ont besoin, et pour qu’elles soient pleinement informées de toutes les prestations auxquelles elles ont droit », a déclaré Sanhita Ambast.

L’organisation demande également aux autorités de s’assurer que toutes les victimes de violence par arme à feu obtiennent des réparations pleines et entières, notamment une indemnisation pour les préjudices subis.

« Fournir des soins de longue durée adaptés aux victimes de violence par arme à feu aux États-Unis n’est pas un problème insoluble, a déclaré Jasmeet Sidhu, responsable des recherches pour la campagne End Gun Violence [Halte à la violence par arme à feu] d’Amnistie internationale États-Unis. Il existe des mesures que les autorités locales, étatiques et fédérales peuvent prendre dès maintenant à condition d’avoir la volonté politique de le faire. »

Mis à jour le jeudi, 11 juillet 2019