Turquie. Les charges absurdes qui pèsent sur les membres du conseil d’administration d’une organisation LGBTI+ doivent être abandonnées
Les poursuites intentées contre Kerem Dikmen, ancien président d’Amnistie internationale Turquie, et 10 membres du bureau exécutif et du conseil de surveillance de l’Association Genç LGBTI+ (Jeunes LGBTI+) s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie orchestrée de harcèlement visant les organisations LGBTI+ et leurs sympathisant·e·s, a déclaré Amnistie internationale à la veille de l’audience qui débute le 8 avril 2026.
En décembre, un tribunal a ordonné la dissolution de l’association Genç LGBTI+, installée à Izmir, pour « obscénité », en raison de cinq illustrations publiées sur ses comptes de réseaux sociaux entre 2019 et 2022, sur la base d’un rapport d’audit datant de 2024. En octobre 2025, des poursuites pénales connexes ont été engagées contre 11 responsables de l’association pour infraction à la Loi relative aux associations. S’ils sont reconnus coupables, ils encourent jusqu’à trois ans d’emprisonnement.
« Il est choquant que cette affaire sans fondement ait été intentée contre ces défenseur·e·s des droits humains. Alors que le Bureau de lutte contre la cybercriminalité du parquet général d’Izmir a initialement conclu, en août 2025, que les publications sur les réseaux sociaux n’étaient pas obscènes, les autorités ont commencé par fermer une association dynamique de défense des droits des personnes LGBTI+ et menacent désormais la liberté des membres de son conseil d’administration, a déclaré Esther Major, directrice adjointe des recherches pour l’Europe à Amnistie internationale.
« Cette affaire s’inscrit dans le cadre d’une politique de plus en plus hostile à l’égard des personnes LGBTI, dans un contexte de répression de la communauté LGBTI+ en Turquie. Sous prétexte de " protéger les valeurs familiales ", les autorités détournent le système judiciaire afin de porter atteinte à la liberté d’association et de criminaliser ceux qui défendent les droits des personnes LGBTI+. Les accusations absurdes portées contre Kerem Dikmen et les autres membres du conseil d’administration doivent être abandonnées. »
Complément d’information
Les illustrations publiées sur Facebook et Instagram comprenaient des dessins représentant des silhouettes en train de s'embrasser, ainsi que trois peintures colorées montrant des scènes avec un certain degré de nudité, dont une représentant quatre personnes ensemble.
Le 11 décembre 2025, le 3e tribunal civil de première instance d’İzmir a estimé que cinq images publiées sur les réseaux sociaux par l'association Genç LGBTI+ en 2019, 2020 et 2022 étaient « obscènes » et « encourageaient et incitaient des membres de la société à adopter des comportements lesbiens, gays, bisexuels, travestis ou transsexuels ». Il a statué que l'association ne pouvait pas être considérée comme « conforme aux valeurs morales de la société », ni « conforme à l'article 41 de la Constitution, qui dispose que la famille est le fondement de la société turque ». L'association Genç LGBTI+ a fait appel de cette décision.
Parallèlement à cette procédure civile, le Bureau de lutte contre la cybercriminalité du parquet général d’İzmir a intenté des poursuites contre Emirhan Şaşmaz, Kerem Dikmen et neuf autres membres du bureau exécutif et du conseil de surveillance de Genç LGBTI+ pour infraction à la Loi relative aux associations.
Des porte-parole d’Amnesty International Turquie seront présents lors de l’audience et sont disponibles pour des entretiens. Suivez le compte @aforgutu pour des mises à jour de la situation.
Vous pouvez consulter l’Action Urgente lancée en mars 2026 en cliquant ici.