• 26 oct 2026
  • Russie
  • Communiqué de presse

Russie. Une défenseure exilée risque d’être inculpée d’« extrémisme » pour son travail en faveur des droits humains au sein de l’ONG Memorial, lauréate du prix Nobel de la paix

Réagissant aux informations selon lesquelles un procureur de Moscou s’apprête à ouvrir des poursuites pour « extrémisme » contre Anna Karetnikova, défenseure des droits des prisonnier·ères travaillant pour le centre Memorial de défense des droits humains et vivant actuellement en exil, Marie Struthers, directrice pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale à Amnistie internationale, a déclaré : 

« Amnistie internationale évoque de longue date le danger que la législation russe de lutte contre l’extrémisme, aux dispositions vagues et d’une trop grande portée, soit invoquée afin de criminaliser un travail légal en faveur des droits humains. Ces craintes se concrétisent désormais avec les poursuites contre Anna Karetnikova - qui marquent la première fois que des charges de ce type sont retenues contre une personne uniquement en raison de son travail de défense des droits humains. 

« Si Anna Karetnikova vit en exil et peut donc uniquement être jugée par contumace, le risque de poursuites envoie un message dissuasif ayant pour but de faire taire les défenseur·e·s des droits humains en Russie et à l’étranger, de les empêcher de recenser des violations et de les décourager de s’exprimer en faveur des victimes de ces violations. Ériger en infraction le travail de défense des droits humains d’une ONG de premier plan, récompensée par le prix Nobel de la paix, est une décision dangereuse et honteuse mettant encore davantage en évidence les véritables motivations des autorités russes. 

« Les autorités russes doivent abandonner les poursuites contre Anna Karetnikova, classer cette affaire, et cesser d’utiliser de manière abusive la législation relative à l’"extrémisme" contre des personnes qui les critiquent, qu’il s’agisse de défenseur·e·s des droits humains, d’adversaires politiques, de personnes LGBTI ou de groupes religieux d’opposition. La législation répressive de la Russie doit être modifiée de sorte à respecter les obligations du pays en vertu du droit international relatif aux droits humains. » 

Complément d’information 

Le 26 octobre 2026, le parquet interdistrict de Lefortovo à Moscou a annoncé qu’il avait recueilli des éléments dans l’objectif d’ouvrir des poursuites pénales contre Anna Karetnikova, sur la base de charges de « participation à des activités au sein d’une organisation extrémiste » (Article 282.2(2) du Code pénal) et de « refus de se soumettre aux obligations incombant aux agents de l'étranger » (Article 330.1(2)). 

Si le parquet n’a pas directement nommé l’« organisation extrémiste » en question, Anna Karetnikova travaille ou collabore depuis 2002 avec le centre Memorial de défense des droits humains, la plus ancienne organisation de ce type en Russie. Quatre ans après avoir reçu le prix Nobel de la paix en 2022, Memorial a été qualifiée d’« extrémiste » par les autorités russes en avril 2026. 

Entre 2008 et 2016, Anna Karetnikova a siégé à la Commission de surveillance publique de Moscou, un organe public indépendant effectuant un suivi des lieux de détention. Elle a plus tard travaillé comme analyste principale pour les services pénitentiaires fédéraux, avant d’être licenciée en janvier 2023 et de quitter la Russie. En avril 2025, elle a été désignée de manière arbitraire comme un « agent étranger » par le ministère de la Justice.