Philippines. L’audience de confirmation des charges retenues contre Rodrigo Duterte présente une occasion cruciale pour la justice
À l’approche de la première audience de confirmation des charges retenues contre l’ancien président philippin Rodrigo Duterte devant la Cour pénale internationale (CPI), programmée lundi 23 février, la secrétaire générale d’Amnistie internationale, Agnès Callamard, a déclaré :
« La comparution attendue depuis longtemps de Rodrigo Duterte devant un tribunal constitue une avancée considérable pour rendre justice aux victimes et aux survivant·e·s de la prétendue “guerre contre la drogue” menée par son gouvernement, qui a été meurtrière.
« Elle rappelle également à la communauté internationale que nul n’est au-dessus des lois, quelle que soit la férocité des attaques, des sanctions et des menaces visant la CPI de la part de certains dirigeants mondiaux.
« La chambre préliminaire de la Cour doit maintenant prendre rapidement une décision quant à la confirmation des accusations de crimes contre l’humanité retenues contre Rodrigo Duterte, afin que la justice puisse suivre son cours.
« De même que Rodrigo Duterte a droit à un procès équitable, la bonne marche de la justice en temps voulu reste essentielle pour garantir le respect des droits des victimes. Si les charges viennent à être confirmées, le procès devra débuter dans les meilleurs délais et les témoins devront être protégés de toute intimidation.
« Nous appelons le gouvernement des Philippines à coopérer avec l’enquête en cours de la CPI sur les crimes commis dans le pays, notamment en appliquant sans attendre tout autre mandat d’arrêt que la Cour émettrait.
« Le fait que les autorités philippines aient livré Rodrigo Duterte à la CPI ne les dégage pas de la responsabilité de respecter l’obligation de rendre des comptes à l’échelle nationale pour les violations commises pendant la “guerre contre la drogue”. Aux côtés de la CPI, le gouvernement doit mener des enquêtes efficaces contre toutes les autres personnes soupçonnées d’avoir participé à des exécutions extrajudiciaires et amener les responsables présumés à rendre des comptes dans le cadre de procès équitables. »
Complément d’information
En mars 2025, l’ex-président philippin Rodrigo Duterte a été arrêté par les autorités de son pays et livré à la CPI pour répondre d’accusations de meurtre et de tentative de meurtre en tant que crimes contre l’humanité, liées à la « guerre contre la drogue » menée par son gouvernement et à des faits commis auparavant lorsqu’il était maire de Davao, entre 2013 et 2016. Sa première comparution devant la CPI a eu lieu le 14 mars 2025.
Depuis son arrestation, il est détenu par la CPI aux Pays-Bas dans l’attente de son procès. Les avocats de l’ancien président ont contesté la compétence de cette juridiction, son maintien en détention et son aptitude à être jugé. Dernièrement, ils ont aussi demandé la disqualification d’avocat·e·s philippins chargés de représenter des victimes devant la Cour.
Un recours concernant la compétence de la CPI est encore en instance devant sa Chambre d’appel. En janvier 2026, une Chambre préliminaire a conclu, après une évaluation réalisée par des experts médicaux, que Rodrigo Duterte était apte à comparaître.
La Chambre préliminaire doit décider de confirmer ou non tout ou partie des charges retenues contre lui dans un délai de 60 jours à l’issue des audiences qui se dérouleront du 23 au 27 février. Si elle les confirme, l’affaire sera transférée à une autre chambre de la CPI pour le procès.
Sous la présidence de Rodrigo Duterte, de 2016 à 2022, des milliers de personnes, majoritairement issues de milieux pauvres et marginalisés, ont été tuées illégalement par la police – ou par des individus armés soupçonnés d’avoir des liens avec la police – dans le contexte de la « guerre contre la drogue ».
Amnistie internationale a publié plusieurs enquêtes d’envergure faisant état d’exécutions extrajudiciaires et d’autres violations des droits humains imputables à des policiers et à leurs supérieurs. L’organisation a établi que les actes commis ont atteint un tel niveau qu’ils constituent des crimes contre l’humanité.
La CPI continue d’enquêter sur d’autres crimes contre l’humanité qui pourraient avoir été commis pendant la « guerre contre la drogue » et par l’« escadron de la mort de Davao » entre 2011 et 2016, lorsque Rodrigo Duterte était maire de cette ville. Le 13 février 2026, elle a publié une version publique abrégée du document contenant les accusations, qui vise également huit autres personnes poursuivies comme complices des crimes de Rodrigo Duterte. Aucun nouveau mandat d’arrêt n’a été rendu public jusqu’à présent.