Ouganda. Les autorités doivent lever de toute urgence les restrictions d’accès à Internet à la veille d’une journée électorale cruciale
En réaction à la décision de la Commission ougandaise des communications (UCC) de suspendre pour une durée indéterminée les services Internet et certains services de téléphonie mobile à la veille de l’élection générale aux enjeux majeurs qui aura lieu le 15 janvier 2026, Tigere Chagutah, directeur régional pour l'Afrique de l’Est et l'Afrique australe à Amnistie internationale, a déclaré :
« Cette coupure d'Internet pour une durée indéterminée constitue une atteinte flagrante au droit à la liberté d'expression, qui englobe l'accès à l'information. Elle est particulièrement inquiétante à la veille d'une élection cruciale déjà marquée par une répression massive et sans précédent à l'encontre des partis d'opposition et des voix dissidentes.
« Les coupures généralisées perturbent la mobilité des populations, leurs moyens de subsistance et leur capacité à accéder à des informations vitales. Elles sont par nature disproportionnées en vertu du droit international relatif aux droits humains et ne doivent donc jamais être instaurées.
« Bloquer l'accès à Internet sous prétexte d’empêcher la mésinformation ou de préserver la sécurité nationale constitue une violation des droits humains alors que l’Ouganda traverse un moment critique. Le déficit d’informations et l’obscurité numérique qui en découlent peuvent permettre de dissimuler de graves violations des droits humains. Autre fait inquiétant, aucune date de fin n'a été fixée pour cette coupure.
« Amnistie internationale appelle les autorités ougandaises à lever immédiatement toutes les restrictions d'accès à Internet et aux services de téléphonie mobile concernés. »
Contexte
Mardi 13 janvier 2026, la Commission ougandaise des communications (UCC) a annoncé une coupure d'Internet dès 18 heures, heure locale, qui s’appliquera jusqu'à nouvel ordre. Mercredi, l’ONG NetBlocks, spécialisée dans la surveillance d'Internet, a signalé une coupure généralisée.
D’après l'ordre émis par les autorités, les opérateurs de réseau et les fournisseurs d'accès à Internet doivent suspendre les services Internet, cesser de vendre et d'enregistrer de nouvelles cartes SIM ou cartes téléphoniques, et interrompre l'itinérance des données. Selon une déclaration de l'UCC, ces mesures sont nécessaires afin d’atténuer la propagation d’informations fausses ou erronées, de limiter la fraude électorale et de protéger la sécurité nationale.
Ce n’est pas la première fois que les autorités ougandaises restreignent l'accès à Internet pendant des élections, privant ainsi les électrices et les électeurs d'informations cruciales. Lors des dernières élections en 2021, des dizaines de personnes ont été tuées au cours d'une coupure totale d’Internet qui a duré une semaine.
Ce blocage d'Internet intervient peu après que le Bureau national pour les ONG en Ouganda a suspendu les autorisations d'au moins six ONG et gelé leurs comptes bancaires, limitant ainsi leur liberté d'association pourtant garantie par la Constitution ougandaise et le droit international relatif aux droits humains.
Début janvier, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a exprimé son inquiétude face aux restrictions de l’accès à l’information pendant la période électorale en Ouganda et face aux actes généralisés de harcèlement et d'intimidation, aux arrestations arbitraires et aux atteintes aux droits humains perpétrées à l'encontre des journalistes.