• 16 Mar 2026
  • Iran
  • Communiqué de presse

États-Unis/Iran. Les responsables de la frappe meurtrière et illégale menée par les États-Unis contre une école, qui a tué plus de 100 enfants, doivent être amenés à rendre des comptes

  • Enquête approfondie  
  • Les États-Unis ont enfreint le droit international humanitaire en ne prenant pas toutes les précautions possibles pour éviter les pertes civiles 
  • Les États-Unis sont responsables de l’attaque meurtrière contre une école bondée d’enfants, qui a fait 168 mort·e·s 
  • Les autorités américaines doivent veiller à ce que l’enquête soit transparente et exhaustive et à ce que les conclusions soient rendues publiques 

Les responsables de la planification et de l’exécution de la frappe meurtrière et illégale menée par les États-Unis contre une école dans la ville de Minab, dans la province du Hormozgan, en Iran, qui a fait 168 mort·e·s, dont plus de 100 enfants, doivent être amenés à rendre des comptes, a déclaré Amnistie internationale le 16 mars 2026.   

Les éléments de preuve recueillis par l’organisation démontrent que l’école a été directement frappée au moyen d’armes guidées, en même temps que 12 autres structures dans un complexe du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) adjacent. Cela indique que les forces américaines n’ont pas pris toutes les précautions possibles pour éviter les pertes civiles dans le cadre de l’attaque, ce qui constitue une grave violation du droit international humanitaire. Le fait que le bâtiment de l’école ait été directement ciblé et ait par le passé fait partie du complexe du CGRI laisse penser que les forces américaines se sont appuyées sur des renseignements obsolètes et ont manqué à leur obligation de faire tout leur possible pour vérifier que la cible visée était un objectif militaire.  

« Cette terrible attaque contre une école, dont les classes étaient bondées d’élèves, est une illustration choquante du prix catastrophique, et pourtant totalement prévisible, que paient les civil·e·s dans le cadre de ce conflit armé. Les écoles doivent être des lieux de sécurité et d’apprentissage pour les enfants. Pourtant, à Minab, cette école est devenue un lieu de massacre. Les autorités des États-Unis auraient pu et auraient dû savoir que ce bâtiment était une école. Prendre pour cible un bien de caractère civil protégé, comme une école, est strictement interdit au titre du droit international humanitaire », a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice générale de la recherche, du plaidoyer, des politiques et des campagnes à Amnistie internationale. 

Les autorités américaines doivent faire en sorte que l’enquête qu’elles ont annoncée soit impartiale, indépendante et transparente. Les enquêtes sur la frappe doivent examiner la collecte et l’évaluation des renseignements, les décisions de ciblage et les précautions prises, ainsi que l’emploi éventuel de l’intelligence artificielle à chacune de ces étapes, en vue de déterminer comment ces décisions de ciblage ont été prises. Les conclusions de cette enquête doivent être rendues publiques.   

Lorsque des éléments de preuve suffisants existent, les autorités compétentes doivent traduire en justice toute personne soupçonnée d’être pénalement responsable. Les victimes et leurs familles ont le droit à la vérité et à la justice et doivent obtenir des réparations complètes prévoyant restitution, réhabilitation et indemnisation pour les préjudices civils. 

« S’il s’avère que les responsables de l’attaque n’ont pas identifié le bâtiment comme étant une école et ont néanmoins procédé à la frappe, cela révèlerait une négligence grave dans la planification de l’attaque et une défaillance honteuse des services de renseignement militaires des États-Unis, ainsi qu’une grave violation du droit international humanitaire. Si, en revanche, les États-Unis savaient l’école se trouvait à côté du complexe du CGRI et ont mené l’attaque sans prendre toutes les précautions possibles, comme procéder à la frappe pendant la nuit, lorsque l’école aurait été vide, ou prévenir à l’avance la population civile susceptible d’être touchée, alors il s’agirait d’une attaque aveugle et irresponsable, ayant tué et blessé des civil·e·s et devant faire l’objet d’une enquête pour crime de guerre », a déclaré Erika Guevara Rosas. 

« Les autorités iraniennes doivent, quant à elles, éloigner immédiatement, dans la mesure du possible, les civil·e·s se trouvant à proximité d’objectifs militaires et autoriser l’entrée d’observateurs·rices indépendants dans le pays. Elles doivent également rétablir l’accès à Internet afin que les 92 millions de personnes en Iran puissent obtenir des informations vitales et entrer en contact avec leurs proches. » 

Des images vidéo et satellite et des entretiens avec trois sources indépendantes disposant d’informations de première main sur la situation à Minab indiquent qu’une frappe aérienne a touché l’école primaire Shajareh Tayyebeh le 28 février 2026 au matin, tuant et blessant des civil·e·s, notamment des enfants, des parents et des enseignant·e·s, et causant des dégâts et une destruction considérables. Des filles et des garçons étaient scolarisés dans l’école, à des étages différents. 

 Légende : Photo du site de la frappe sur l’école. L’effondrement distinctif du toit par couches témoigne d’une frappe du haut vers le bas ayant détruit la majeure partie du bâtiment de l’école. 

Légende : Photo du site de la frappe sur l’école. L’effondrement distinctif du toit par couches témoigne d’une frappe du haut vers le bas ayant détruit la majeure partie du bâtiment de l’école.  

 D’après l’analyse qu’Amnistie internationale a faite d’éléments de preuve audiovisuels des frappes de missiles sur le complexe adjacent du CGRI et des débris d’un missile publiés par les médias d’État iraniens, il est probable que l’attaque ait été menée au moyen d’un missile Tomahawk de fabrication américaine. Les missiles Tomahawk sont utilisés exclusivement par les forces américaines dans ce conflit et sont des missiles à guidage de précision.  

L’école a été la cible d’une frappe individuelle dans le cadre d’une attaque ayant également visé 12 autres structures du complexe adjacent du CGRI, ce qui soulève de graves préoccupations quant au fait qu’elle ait pu être ciblée sur la base de renseignements obsolètes. Le New York Times a indiqué le 11 mars 2026 qu’une enquête préliminaire menée par l’armée américaine avait conclu que la frappe sur l’école était le résultat d’une utilisation de données obsolètes.  

Toute utilisation actuelle ou future de l’intelligence artificielle accroît le risque de telles défaillances. En outre, le 11 mars 2026, Brad Cooper, commandant du Commandement central américain, a confirmé que les États-Unis utilisaient des outils d’intelligence artificielle avancés pour traiter de vastes quantités de données liées aux opérations.   

L’utilisation manifeste de renseignements obsolètes par les États-Unis, qui n’ont pas identifié le caractère civil de longue date de l’école primaire Shajareh Tayyebeh, constituerait une violation grave du principe de précaution, et plus particulièrement de l’obligation de faire tout ce qui est possible pour vérifier qu’une cible visée est un objectif militaire. Au lendemain de l’attaque, des médias et d’autres organisations ont pu rapidement confirmer que le bâtiment de l’école était séparé du reste du complexe depuis au moins 2016. Cela démontre que les parties au conflit, qui disposent de capacités et de technologies de collecte de renseignements largement plus avancées, étaient indéniablement capables de recueillir et de vérifier ces mêmes informations, ce qui aurait dû conduire à une décision de ne pas frapper l’école. 

Après l’attaque, les autorités iraniennes ont exploité à des fins de propagande la souffrance des familles des victimes et des enfants ayant survécu à la frappe.  

Méthodologie  

Le Laboratoire de preuves du programme Réaction aux crises d’Amnistie internationale a analysé plus de 30 images satellite de l’école et du complexe adjacent du CGRI, notamment des images prises après la frappe et des images plus anciennes datant de plus de 10 ans. L’organisation a analysé 28 vidéos et 30 photos publiées en ligne, notamment des images montrant la frappe sur le complexe du CGRI, des photos de débris de munitions et des vidéos et images prises immédiatement après l’attaque, montrant les opérations de sauvetage et de récupération des corps sur le site. Une analyse supplémentaire a été réalisée par un médecin légiste indépendant. 

L’organisation a également examiné des déclarations officielles des autorités iraniennes, israéliennes et américaines, ainsi que des informations de médias d’État et indépendants, et s’est entretenue avec trois personnes résidant à l’étranger et disposant d’informations sur la situation à Minab, l’école et l’attaque : une enseignante, un habitant de Minab et un défenseur des droits humains baloutche. 

Amnistie internationale n’a pas pu s’entretenir directement avec des témoins et des familles de victimes du fait de la coupure délibérée d’Internet imposée par les autorités iraniennes depuis le 28 février 2026. 

Des enfants et des enseignant·e·s tués et blessés par la frappe aérienne sur l’école 

Selon des responsables américains, les frappes aériennes menées par Israël et les États-Unis le 28 février 2026 ont été lancées en Iran à 9 h 45, heure locale.  

Dans un entretien accordé aux médias, le gouverneur de la province du Hormozgan, Mohammad Ashouri, a déclaré que l’école primaire Shajareh Tayyebeh avait été frappée une heure après le début de l’opération, à 10 h 45, heure locale. 

Amnistie internationale s’est entretenue avec Sohrad (son nom a été modifié pour des raisons de sécurité), un habitant de Minab, qui a déclaré qu’il avait été en contact avec quatre sources indépendantes disposant d’informations de première main sur l’attaque de l’école. Il a déclaré que le personnel de l’école avait commencé à contacter les parents vers 10 heures afin qu’ils viennent chercher leurs enfants. Cette décision semble avoir précédé une alerte nationale officielle émise (environ 15 minutes plus tard) par les autorités iraniennes annonçant la fermeture de tous les établissements scolaires du pays.  

L’organisation s’est également entretenue avec Shiva Amelirad, représentante internationale du Conseil de coordination des associations professionnelles d’enseignants iraniens, qui réside à l’étranger et a relayé des informations de deux sources indépendantes disposant d’une connaissance directe de l’école et de l’attaque.   

Shiva Amelirad et Sohrad ont indiqué que, lorsque de nombreuses familles sont arrivées à l’école pour venir chercher leurs enfants, celle-ci avait déjà été bombardée. Sohrad a déclaré à l’organisation : 

« Des personnes qui se trouvaient dans les rues alentour et qui avaient pu arriver à temps se sont précipitées pour essayer de récupérer des enfants dont les familles n’étaient pas encore arrivées. De nombreux élèves vivaient dans les villages alentour, et le trajet jusqu’à l’école prenait donc du temps. Ceux qui vivaient plus loin ont dû attendre longtemps qu’une voiture arrive du village. Cette attente a été fatale. La directrice et des enseignantes sont restées pour évacuer les enfants. La plupart ont été tuées. Les gens n’imaginaient pas qu’une école en pleine ville serait frappée. » 

D’après les autorités iraniennes, 168 personnes ont été tuées dans l’attaque. Le 3 mars 2026, l’agence de presse Mizan, aile médiatique du pouvoir judiciaire, a annoncé qu’au moins 110 élèves de l’école avaient été tués, dont 66 garçons et 54 filles, ainsi que 26 enseignant·e·s et quatre parents. Le 7 mars 2026, les autorités ont publié un montage d’images montrant les 119 enfants tués. En raison de la coupure persistante d’Internet et de l’impossibilité de se rendre dans le pays pour inspecter le site et s’entretenir avec des personnes touchées, Amnistie internationale n’est pas en mesure de corroborer de manière indépendante le nombre de personnes tuées. 

L’école se trouvait à côté d’un complexe militaire 

D’après les recherches d’Amnistie internationale, l’école se trouvait dans le quartier de Shahrak-e Al Mahdi et était adjacente à un complexe appartenant à la brigade de missiles Seyyed al-Shohada Asif de la marine des gardiens de la révolution, responsable de la défense côtière du sud de l’Iran. Le complexe est une installation militaire du CGRI et est composé de plusieurs bâtiments. Il comprend également un établissement médical, la clinique spécialisée Shahid Absalann, géré par le service de santé de la marine du CGRI et entouré d’un mur au sein du complexe. 

Shiva Amelirad et Sohrad ont déclaré à Amnistie internationale que l’école accueillait tant des enfants de membres du CGRI que des enfants de familles aux revenus modestes de la région, notamment des membres de la minorité ethnique baloutche opprimée en Iran.  

L’analyse d’images satellite datant de 2013 menée par Amnistie internationale montre que le bâtiment de l’école se trouvait autrefois dans l’enceinte du complexe du CGRI, mais qu’il en a ensuite été séparé par un mur et que des entrées publiques séparées avaient été créées.  

Des images satellite indiquent que, à partir de 2016, le bâtiment de l’école, situé ans la partie nord-est du complexe, a été physiquement séparé du complexe du CGRI par des murs d’enceinte et trois entrées sécurisées distinctes. Des images satellite de 2017 et 2018 montrent que les cours et les murs avaient été peints avec des dessins et des couleurs semblables aux autres écoles de la région. Deux images satellite prises pendant des jours d’école entre 2023 et 2025 montrent de nouvelles peintures dans les cours et des personnes présentes devant les entrées.  

D’après Shiva Amelirad, le bâtiment de l’école avait auparavant servi de siège du commandement de ce complexe du CGRI, avant d’être transformé en école il y a plusieurs années. Amnistie internationale n’a pas été en mesure de déterminer la date à laquelle le bâtiment a été transformé en école.  

Légende : Image satellite du 20 octobre 2013 montrant le complexe du CGRI avec un mur d’enceinte, des postes de garde surélevés le long des murs (marqués par des carrés bleus) et une entrée contrôlée.   
Légende : Image satellite du 20 octobre 2013 montrant le complexe du CGRI avec un mur d’enceinte, des postes de garde surélevés le long des murs (marqués par des carrés bleus) et une entrée contrôlée.  

  Image du 28 octobre 2016 montrant que de nouveaux murs ont été érigés dans la partie nord-est, séparant deux bâtiments du reste du complexe, ainsi que trois nouvelles entrées sécurisées. Les deux postes de garde visibles sur les images de 2013 n’apparaissent plus.

 Image du 28 octobre 2016 montrant que de nouveaux murs ont été érigés dans la partie nord-est, séparant deux bâtiments du reste du complexe, ainsi que trois nouvelles entrées sécurisées. Les deux postes de garde visibles sur les images de 2013 n’apparaissent plus. 

Image satellite du 1er décembre 2025 montrant le complexe du CGRI et l’école, qui en est séparée par un mur, avant les frappes aériennes. Des personnes sont visibles devant le bâtiment de l’école, et les cours et les murs semblent avoir été repeints depuis septembre 2024. Dans le complexe du CGRI, des changements apparaissent, notamment un agrandissement des murs intérieurs et extérieurs (lignes pointillées orange), de nouvelles entrées avec des portails intérieurs et extérieurs (flèches rouges) et deux probables postes de garde (carrés bleus). Le poste de garde surélevé à l’angle sud-ouest du complexe a également été supprimé. © 2025 Vantor, Annotations by Amnesty International  

Image satellite du 1er décembre 2025 montrant le complexe du CGRI et l’école, qui en est séparée par un mur, avant les frappes aériennes. Des personnes sont visibles devant le bâtiment de l’école, et les cours et les murs semblent avoir été repeints depuis septembre 2024. Dans le complexe du CGRI, des changements apparaissent, notamment un agrandissement des murs intérieurs et extérieurs (lignes pointillées orange), de nouvelles entrées avec des portails intérieurs et extérieurs (flèches rouges) et deux probables postes de garde (carrés bleus). Le poste de garde surélevé à l’angle sud-ouest du complexe a également été supprimé. © 2025 Vantor, Annotations by Amnistie internationale
 

Analyse d’images satellite et vidéo des frappes sur l’école et le complexe du CGRI 

Des images satellite prises à 10 h 23, heure locale, le 28 février 2026 montrent que l’école et le complexe du CGRI étaient encore intacts à ce moment, ce qui indique que les frappes ont eu lieu peu après. 

Des représentants de l’État iraniens ont annoncé que l’attaque avait eu lieu à 10 h 45. Des vidéos publiées en ligne à 11 h 49 et à 12 h 00 montrent une épaisse fumée s’élevant de la zone du complexe. 

L’analyse d’images satellite des 2 et 4 mars atteste des dégâts infligés au site sur lequel se trouvait l’école et au complexe. Une image satellite du 4 mars 2026 montre que la moitié ouest du bâtiment de l’école a été détruite et qu’un grand tas de décombres a été amassé, et que 12 structures au moins ont été endommagées ou détruites au sein du complexe adjacent du CGRI. Le bâtiment de l’école se trouve à environ 74 mètres de la structure ciblée la plus proche dans le complexe du CGRI. 

Des vidéos de la scène montrent que le toit est effondré par couches, ce qui est caractéristique d’une frappe du haut vers le bas, et que la majeure partie du bâtiment de l’école a été touchée.   

Légende : Image satellite en proche infrarouge, datant du 21 février 2024, montrant le complexe du CGRI et la zone de l’école. Les 13 bâtiments (12 au sein du complexe du CGRI et un dans la zone de l’école) qui semblent ensuite endommagés ou détruits sont numérotés sur l’image.   

Légende : Image satellite en proche infrarouge, datant du 21 février 2024, montrant le complexe du CGRI et la zone de l’école. Les 13 bâtiments (12 au sein du complexe du CGRI et un dans la zone de l’école) qui semblent ensuite endommagés ou détruits sont numérotés sur l’image.  

 L’image satellite du 4 mars 2026 montre les bâtiments et structures gravement endommagés ou détruits dans le complexe du CGRI - matérialisés par des rectangles en pointillés blancs. Le bâtiment détruit de l’école est matérialisé par un rectangle jaune. Le proche infrarouge met en lumière les marques d’incendie en teintes noires. De nombreuses zones dans le complexe du CGRI semblent incendiées. 

L’image satellite du 4 mars 2026 montre les bâtiments et structures gravement endommagés ou détruits dans le complexe du CGRI - matérialisés par des rectangles en pointillés blancs. Le bâtiment détruit de l’école est matérialisé par un rectangle jaune. Le proche infrarouge met en lumière les marques d’incendie en teintes noires. De nombreuses zones dans le complexe du CGRI semblent incendiées.  

 En plus des images satellite, de nombreuses vidéos publiées le 28 février 2026 montrent les instants immédiatement après la frappe sur l’école. 

 Une vidéo de l’école filmée après la frappe montre les murs peints de couleurs vives séparant l’école du complexe du CGRI et des marques de cour de récréation au sol. Du côté ouest de l’école, le bâtiment semble largement effondré, réduit à des décombres. Le côté est, bien que toujours debout, est cependant lourdement endommagé, et une fumée épaisse s’en dégage.  

Des vidéos et images publiées en ligne montrent que la cour de l’école s’est rapidement remplie de dizaines d’hommes et de femmes après la frappe, dont certains aidant à dégager les décombres. D’autres vidéos montrent que des membres de la Société du Croissant-Rouge iranien et d’autres personnes, dont des hommes portant des uniformes de camouflage vert et marron semblables à ceux du CGRI et ses bataillons de bassidjis, contribuant aux tentatives de sauvetage, ainsi que plusieurs camions et engins de chantier. 

  Légende : Agrandissement de l’image de l’école du 4 mars 2026 montrant que la partie ouest du bâtiment de l’école a disparu et qu’un grand tas de décombres est apparu. Une nouvelle ouverture dans le mur et un passage depuis le complexe du CGRI (flèche en pointillés rouge) mène vers un tas de débris. Un mur près de l’entrée de l’école semble s’être effondré depuis les vidéos du 28 février 2026.

 Légende : Agrandissement de l’image de l’école du 4 mars 2026 montrant que la partie ouest du bâtiment de l’école a disparu et qu’un grand tas de décombres est apparu. Une nouvelle ouverture dans le mur et un passage depuis le complexe du CGRI (flèche en pointillés rouge) mène vers un tas de débris. Un mur près de l’entrée de l’école semble s’être effondré depuis les vidéos du 28 février 2026. 

Plusieurs vidéos montrent des dizaines de cartables poussiéreux d’enfants recueillis dans la zone, certains portant des traces semblant être du sang. Une vidéo montre des femmes assises près des cartables, pleurant, avec le bruit d’un engin de chantier en fond. Une autre vidéo montre plusieurs personnes se tenant autour de décombres sous lesquels apparaît une partie d’un corps. D’après un médecin légiste consulté par Amnistie internationale, l’avant-bras semble avoir été sectionné par une blessure traumatique. La taille de la main et de l’avant-bras, par rapport à ceux des hommes adultes apparaissant sur les images, indique qu’ils appartiennent sans doute à un enfant. Une vidéo filmée plus tard dans l’après-midi montre un homme se tenant dans les décombres et tenant une main et un avant-bras sectionnés. D’après le médecin légiste, la main et l’avant-bras sont couverts de poussière et de lacérations correspondant à des blessures traumatiques causées par une explosion et appartiennent très probablement au corps d’un enfant.  

 Une vidéo filmée à l’intérieur de l’une des classes montre les décombres couvrant les bureaux et les bancs. Les cadres des fenêtres, les bancs verts et les décorations murales visibles sur les images correspondent à ceux du reste de l’école, ce qui indique que la partie détruite était utilisée pour l’enseignement. 

Une vidéo publiée le 8 mars 2026 par l’agence de presse étatique iranienne Mehret et vérifiée par Amnistie internationale montre l’impact d’un missile sur le complexe du CGRI. Une analyse plus en détail des images montre que le missile est très probablement un missile de croisière subsonique Tomahawk de fabrication américaine, identifiable par ses ailes distinctives et ses grands ailerons carrés. D’après ces images, ce missile en particulier n’a pas touché l’école. La vidéo montre également une colonne de fumée grise émanant de la partie nord-est du complexe, qui pourrait venir soit de l’école, soit des bâtiments adjacents dans le complexe du CGRI.  

Le 9 mars 2026, la Radio-télévision de la République islamique d’Iran (IRIB) a publié des images de ce qui semble être des débris de missiles correspondant à un missile Tomahawk trouvé. L’IRIB a déclaré que les images montraient « les débris d’un missile américain ayant atterri sur les enfants de l’école de Minab ». Bien que ces débris contribuent à étayer l’hypothèse selon laquelle certaines parties du complexe ont été frappées par au moins un missile Tomahawk, Amnistie internationale n’est pas en mesure de confirmer de manière indépendante que l’école a été ciblée par des munitions similaires. 

Lors d’un point presse du Pentagone le 2 mars 2026, Dan Caine, chef d’état-major des armées des États-Unis, a confirmé que la marine américaine avait tiré des missiles Tomahawk sur le sud de l’Iran le 28 février 2026. Lors d’un autre point presse le 4 mars 2026, Dan Caine a partagé une carte montrant les sites frappés par les forces américaines et israéliennes pendant les 100 premières heures de l’intervention militaire, parmi lesquels figure Minab. Interrogé sur la frappe sur l’école, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a déclaré que le Pentagone enquêtait sur les faits. 

Pendant un point presse le 9 mars 2026, en réponse à une question d’un journaliste sur la possibilité qu’un missile Tomahawk ait frappé l’école, le président des États-Unis Donald Trump a affirmé que « l’Iran ou quelqu’un d’autre » était responsable de l’attaque. 

Le 10 mars 2026, une porte-parole de la Maison Blanche a confirmé que des enquêtes sur l’attaque de l’école étaient en cours et que le ministère de la Défense américain publierait un rapport complet. 

Droit international humanitaire 

Au titre du droit international humanitaire, l’ensemble des parties au conflit armé sont tenues de faire à tous moments la distinction entre objectifs militaires et combattant·e·s d’une part, et civil·e·s et biens de caractère civil d’autre part. Les attaques directes contre la population civile et les biens de caractère civil, comme les écoles, sont interdites. Seuls des combattant·e·s et des objectifs militaires peuvent faire l’objet d’attaques. 

Les parties au conflit doivent également respecter le principe de précaution, qui impose que les opérations militaires soient conduites en veillant constamment à épargner les personnes civiles et les biens de caractère civil, notamment en prenant toutes les précautions pratiquement possibles en vue d’éviter et, en tout cas, de réduire au minimum les pertes en vies humaines dans la population civile, les blessures aux personnes civiles et les dommages aux biens de caractère civil qui pourraient être causés incidemment. 

Cela signifie qu’elles doivent tout mettre en œuvre pour vérifier que les cibles sont des objectifs militaires, notamment en procédant à une collecte de renseignements rigoureuse et à jour et en menant un travail d’analyse et de vérification des informations concernant une cible. Elles doivent annuler ou suspendre une attaque si, à tout moment de sa planification ou de son exécution, il apparaît que la cible n’est pas un objectif militaire ou que l’attaque serait disproportionnée. Les parties au conflit doivent veiller à ce qu’un contrôle humain significatif soit assuré lorsqu’elles emploient l’intelligence artificielle dans le cadre de la planification et de l’exécution d’attaques. 

Les parties au conflit sont tenues de prendre toutes les précautions possibles dans le choix des armes, tactiques et modalités d’une attaque, notamment en ce qui concerne le moment où elle sera menée, dans le but d’éviter et, en tout cas, de réduire au minimum les dommages causés aux civil·e·s et aux biens de caractère civil. Elles doivent en outre veiller, dans le cas d’attaques pouvant affecter la population civile, à ce qu’un avertissement soit donné en temps utile et par des moyens efficaces, à moins que les circonstances ne le permettent pas.  

En vertu du droit international humanitaire, les parties à un conflit sont par ailleurs tenues de prendre toutes les précautions possibles pour protéger les civil·e·s et les biens de caractère civil se trouvant sous leur contrôle contre les effets des attaques. Cela implique d’éloigner, dans la mesure du possible, les civil·e·s et les biens de caractère civil se trouvant à proximité d’objectifs militaires. Ainsi, les autorités iraniennes n’auraient pas dû installer une école dans un bâtiment adjacent au complexe du CGRI qui, dans le cadre d’un conflit armé, constitue un objectif militaire et qui était en effet une cible. 

Les autorités exploitent les enfants tués et exercent une pression sur les familles à des fins de propagande 

Les témoignages et éléments de preuve vidéo recueillis par Amnistie internationale révèlent également que les autorités iraniennes ont forcé certaines familles endeuillées par la mort d’enfants à participer à des cérémonies funéraires qui ne correspondaient pas à leurs traditions et se sont servies d’enfants traumatisés ayant survécu à l’attaque à des fins de propagande d’État. 

Sohrad a déclaré à l’organisation que les autorités avaient informé les familles que les dépouilles de tous les enfants seraient placées dans des cercueils et inhumées dans le cadre d’une seule cérémonie funéraire collective organisée par l’État le 3 mars 2026, lors de laquelle des prières chiites seraient récitées. Or, certaines des victimes et leurs familles appartenaient à la minorité baloutche sunnite d’Iran, qui observe des rites religieux différents. Lorsque certaines familles ont fait part de leur volonté d’organiser des obsèques conformes à leurs traditions religieuses, les autorités ont indiqué que cela ne serait pas permis. D’après Sohrad, des représentants de l’État ont indiqué aux familles qu’elles ne se verraient remettre les dépouilles de leurs enfants qu’après la cérémonie collective. 

Les autorités ont par ailleurs conduit des enfants ayant survécu à l’attaque sur les ruines de leur école et les ont filmés à des fins de propagande, en dépit de leurs blessures visibles et de leur traumatisme. Dans une vidéo publiée en ligne le 5 mars 2026, un journaliste s’entretient avec deux filles visiblement en détresse semblant avoir entre sept et 11 ans, et demande à plusieurs reprises à la plus jeune de nommer ses amies qui ont été tuées et celles qu’elle aimait le plus. La jeune fille nomme ses amies et dit qu’elle les aimait toutes, ajoutant que la mère de l’une d’elles, qui était enseignante, a également été tuée, avant de fondre en larmes.   

Dans une autre vidéo, une fille de 10 ans présentant une blessure visible au visage a été interrogée, pendant la cérémonie funéraire collective, à propos de la mort de son frère de 11 ans. L’entretien a ensuite été diffusé dans les médias d’État le 6 mars 2026.  

Ces actes de coercition, d’intimidation et d’instrumentalisation des familles endeuillées et des enfants traumatisés ayant survécu à l’attaque causent une grave souffrance psychologique et peuvent constituer une violation de l’interdiction absolue de la torture et des autres traitements cruels, inhumains ou dégradants.  

Le Congrès des États-Unis doit veiller à la poursuite des efforts déployés afin d’atténuer les dommages causés aux civils 

Les systèmes essentiels mis en place ces dernières années à partir de travaux entamés sous le premier mandat de Donald Trump en vue d’atténuer les dommages causés aux civil·e·s par les actions meurtrières des États-Unis à l’étranger et de mieux y répondre sont menacés par le gouvernement actuel. Selon certains organes de presse, les programmes du ministère de la Défense axés sur l’atténuation des dommages causés aux civil·e·s et sur la réponse à y apporter ont été vidés de leur substance et le président des États-Unis a supprimé les contraintes imposées aux commandements habilités à autoriser certains types de frappes aériennes et d’opérations spéciales. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a limogé les conseillers juridiques militaires chargés de veiller au respect du droit international humanitaire lors des opérations de l’armée. 

Complément d’information 

Le 28 février 2026, Les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire conjointe en Iran, menant des milliers de frappes dans le pays depuis. Les autorités iraniennes ont lancé des attaques en représailles dans toute la région. Le conflit armé s’est rapidement étendu, engendrant des hostilités régionales dans tout le Moyen-Orient, faisant de nombreuses victimes civiles et détruisant des biens de caractère civil. Israël a en outre renforcé ses attaques contre le Liban en réponse aux attaques du Hezbollah. 

À ce jour, d’après les informations disponibles, au moins 1 255 personnes ont été tuées en Iran, plus de 773 au Liban, au moins 12 en Israël et au moins 17 dans d’autres pays de la région. 

Le responsable du Centre d’information et des relations publiques du ministère de l’Éducation iranien a annoncé le 7 mars 2026 qu’au moins 66 écoles en Iran avaient été endommagées ou détruites et que des élèves avaient été tués dans plusieurs de ces établissements. Un élève a notamment été tué le 28 février 2026 dans la cour de récréation de l’école primaire Imam Reza, à Abyek, dans la province de Qazvin, lorsqu’une frappe menée à proximité a détruit des fenêtres et projeté des débris dans la cour. Les faits ont été enregistrés par des caméras de surveillance

Dans une déclaration publiée 12 mars, huit expert·e·s des Nations unies ont appelé à « une enquête indépendante sur des attaques spécifiques pouvant constituer de graves violations du droit international humanitaire », citant la frappe sur l’école.