Moyen-Orient. Les dirigeant·e·s mondiaux doivent accorder une place centrale à la protection des civil·e·s et s’entendre sur un cessez-le-feu durable
Les cessez-le-feu fragiles et temporaires entre les États-Unis et l’Iran, ainsi qu’entre Israël et le Liban, doivent céder la place à un cessez-le-feu régional durable et exhaustif, qui couvre tous les pays touchés par le conflit, afin d’éviter aux civil·e·s de nouvelles graves souffrances et d’ouvrir la voie à la justice, au respect du droit international et à une protection des droits fondamentaux de chacun·e sur le long terme, a déclaré Amnistie internationale mercredi 29 avril 2026.
Bien que les hostilités armées aient diminué, la situation reste critique et extrêmement précaire pour les populations civiles du Moyen-Orient. Les deux accords de cessez-le-feu actuellement en vigueur sont fragiles et temporaires et risquent d’être rompus à tout moment, ce qui mettrait une fois de plus en danger la vie de millions de civil·e·s. Les États-Unis et l’Iran continuent d’échanger des menaces et de procéder à des attaques et des saisies de navires dans le détroit d’Ormuz. Au Liban, comme depuis 2024, le dernier cessez-le-feu a entraîné une diminution mais pas un arrêt des hostilités, et l’armée israélienne est toujours présente sur le territoire libanais, interdisant aux habitant·e·s de dizaines de villages des zones frontalières de rentrer chez eux. De leur côté, les civil·e·s iraniens sont confrontés à un double risque de crimes de droit international, d’une part en cas de reprise des attaques illégales des États-Unis et d’Israël et d’autre part en cas de nouvelle répression meurtrière de la part des autorités iraniennes.
« Les attaques menées le 28 février par les États-Unis et Israël contre l’Iran étaient illégales puisqu’elles contrevenaient à l’interdiction du recours à la force inscrite dans la Charte des Nations unies, et elles ont déclenché des actes illégaux commis en représailles par les autorités iraniennes. Depuis, plus de 5 000 personnes ont été tuées et des millions de civil·e·s dans tout le Moyen-Orient ont vu leur vie bouleversée au fur et à mesure de l’escalade des conflits interdépendants dans la région et de la multiplication des attaques contre les populations et les infrastructures civiles. Toutes les parties, notamment les États-Unis, Israël, l’Iran et le Hezbollah, ont lancé des attaques illégales, témoignant d’un mépris glaçant pour les vies humaines, et le président des États-Unis a menacé de façon éhontée de commettre des crimes de guerre, voire un génocide, annonçant la mort d’une “civilisation entière” en Iran.
« La communauté internationale doit maintenant fixer une ligne rouge : il faut mettre en place un véritable cessez-le-feu s’inscrivant dans la durée, ce qui nécessite un arrêt total des hostilités armées de tous les côtés, dans tous les pays concernés, a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnistie internationale.
« Les soi-disant accords de cessez-le-feu conclus à Gaza en 2025 et au Liban en 2024 ne se sont manifestement pas traduits par un arrêt des attaques israéliennes contre les civil·e·s : jusqu’à 765 Palestinien·ne·s ont été tués depuis, tandis que dans le sud du Liban les frappes aériennes ont été quasi quotidiennes et de nombreux biens de caractère civil ont été détruits.
« Dans une région marquée de longue date par le conflit, qui vit sous la menace constante de nouvelles violences et où l’impunité perdure pour les crimes de droit international, les civil·e·s ne peuvent se contenter d’une nouvelle pause partielle, sélective ou de courte durée les obligeant à vivre dans la peur et à attendre dans l’appréhension de voir se reproduire les atrocités qu’ils ont déjà subies. »
Les conflits armés se sont rapidement étendus à 12 pays, menaçant la vie et la santé de millions de civil·e·s avec des attaques qui dévastent des habitations civiles et des infrastructures essentielles, portent atteinte à l’environnement et provoquent des chocs économiques dans toute la région et sur la planète entière.
Un cessez-le-feu durable est le seul moyen crédible de protéger les populations civiles et d’ouvrir la voie à la sécurité, à la protection des droits humains et à la justice pour tou·te·s sur le long terme dans la région, notamment en Iran, au Liban, en Israël, dans le Territoire palestinien occupé et dans les États du Golfe.
En Iran, au 7 avril 2026, les attaques israélo-étatsuniennes avaient fait au moins 3 375 morts et 25 000 blessés, dont des centaines d’enfants, selon les chiffres officiels. Les attaques menées par les États-Unis et Israël en Iran se sont produites alors que la population ne s’était pas encore remise du massacre sans précédent de milliers de manifestant·e·s et de passant·e·s par les autorités iraniennes pendant la répression des manifestations de janvier 2026.
Au Liban, lorsque le cessez-le-feu a été annoncé, 2 294 personnes avaient été tuées, dont 177 enfants, et plus de 7 500 blessées. Depuis le cessez-le-feu, Israël et le Hezbollah ont poursuivi leurs attaques respectives, et des victimes civiles ont continué d’être signalées.
Au moins 21 civil·e·s ont été tués en Israël, où la population a subi des attaques de l’Iran et du Hezbollah. Quatre personnes ont été tuées en Cisjordanie occupée. Entre le 28 février et le 15 avril 2026, au moins 29 personnes ont trouvé la mort dans les pays du Golfe (13 aux Émirats arabes unis, sept au Koweït, trois à Bahreïn, trois à Oman et trois en Arabie saoudite). Ces chiffres ne tiennent pas compte des pertes subies par l’armée des États-Unis.
Dans un rapport paru mercredi 29 avril 2026, Amnistie internationale détaille le double risque auquel est confrontée la population iranienne, prise en tenaille entre le conflit armé et la répression meurtrière. L’organisation insiste sur la nécessité d’une démarche diplomatique en deux volets, accordant une place centrale à la population civile, qui combine des efforts en faveur d’un cessez-le-feu durable et des mesures concrètes pour empêcher que les autorités iraniennes commettent de nouvelles atrocités.
« Un cessez-le-feu non accompagné de solutions à long terme garantissant le respect des droits humains et s’attaquant aux causes profondes n’est rien d’autre qu’un cautère sur une jambe de bois. C’est particulièrement vrai en Iran, où la population reste sous la menace de nouvelles atrocités de la part des autorités de la République islamique, ainsi qu’au Liban, où les civil·e·s sont confrontés au risque d’un nouveau conflit et à la perspective d’être déplacés durablement et de voir leurs habitations détruites, a déclaré Agnès Callamard.
« Nous assistons à une érosion persistante et dangereuse de l’ordre juridique mondial et du respect du droit international humanitaire. La communauté internationale doit enquêter de manière exhaustive sur les attaques illégales menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran en violation de la Charte des Nations unies ainsi que sur tous les crimes de droit international, et veiller à que les États et les personnes responsables soient amenés à rendre des comptes. »
Les dommages civils au Liban
Au Liban, où les attaques israéliennes ont eu des effets dévastateurs sur les civil·e·s et se sont poursuivies ces derniers jours, il existe un besoin urgent d’un cessez-le-feu durable s’appliquant à la fois à Israël et au Hezbollah, et assurant la protection dans la durée de tous les civil·e·s des deux côtés de la frontière. L’armée israélienne doit immédiatement mettre un terme à ces attaques, arrêter de détruire des infrastructures civiles et se retirer du territoire libanais. Toutes les personnes déplacées doivent être autorisées à rentrer chez elles. Le Hezbollah doit cesser de lancer des attaques contre Israël.
Israël a déclaré qu’il ne procéderait à aucune attaque offensive pendant le cessez-le-feu, mais qu’il se réservait « le droit de prendre, à tout moment, toutes les mesures nécessaires en légitime défense contre des attaques planifiées, imminentes ou en cours », et qu’il ne se retirerait pas du territoire libanais. Pendant l’actuel cessez-le-feu et le précédent conclu en novembre 2024, Israël a continué de mener des attaques quasi quotidiennes et de détruire des biens de caractère civil libanais le long de la frontière. Pour les civil·e·s, ces attaques ont été synonymes de déplacement prolongé, de moyens de subsistance dévastés et d’angoisse liée à l’incertitude, sans aucune perspective d’obligation de rendre des comptes ni d’octroi de réparations.
Le Hezbollah a aussi lancé des attaques, notamment dans le nord d’Israël, depuis la conclusion de l’accord de cessez-le-feu de 2026 actuellement en vigueur.
Depuis le 2 mars 2026, l’armée israélienne mène des frappes aériennes incessantes au Liban, tuant et blessant des civil·e·s, du personnel de santé et des journalistes. Les ordres d’« évacuation » excessivement larges lancés par l’armée israélienne, qui concernent de vastes parties du sud du Liban et de la banlieue sud de Beyrouth, ont entraîné le déplacement de plus d’un million de personnes. Les forces israéliennes ont aussi procédé à des destructions massives de zones résidentielles et d’autres infrastructures civiles dans le sud du Liban et continuent de démolir des habitations dans des villages frontaliers. Le 8 avril (l’une des pires journées), l’armée israélienne s’est vantée d’avoir réalisé 100 frappes en seulement 10 minutes au Liban, dont des attaques menées de façon simultanée et sans avertissement dans des zones civiles fortement peuplées du centre de Beyrouth ; plus de 350 personnes ont été tuées. L’impunité absolue dont a bénéficié Israël pour ses attaques illégales de 2024 contre le Liban vient alimenter de nouvelles violations en 2026.
Après ces vagues successives de conflits dévastateurs, qui ont été marquées par des crimes internationaux, une impunité absolue et le chamboulement à répétition de la vie des civil·e·s, il est nécessaire d’élaborer et de mettre en œuvre des plans d’obligation de rendre des comptes. Des enquêtes crédibles doivent être menées sur les crimes de droit international, et les responsables présumés doivent être traduits en justice devant des tribunaux nationaux ou internationaux. Le gouvernement libanais doit faciliter les initiatives de reddition de comptes, notamment en reconnaissant la compétence de la Cour pénale internationale. Les civil·e·s victimes de préjudices liés aux violations du droit international humanitaire doivent recevoir dans les meilleurs délais des réparations effectives et satisfaisantes, tenant compte de l’ampleur des dommages subis.
La population iranienne confrontée à un double risque d’atrocités
En Iran, les dizaines de milliers de frappes aériennes menées par les États-Unis et Israël entre le 28 février et le 7 avril 2026 ont causé de graves dommages civils. Lors d’un épisode effroyable, une frappe étatsunienne illégale sur une école à Minab a tué 156 personnes, dont 120 enfants. Ces attaques ont aussi provoqué d’importants dégâts sur des infrastructures civiles, telles que des centrales électriques, des ponts, des universités, des écoles, des immeubles d’habitation, des centres médicaux, des usines sidérurgiques et des installations pétrochimiques, mettant en danger la vie et les moyens de subsistance de millions de personnes et portant atteinte à l’environnement.
Néanmoins, même un cessez-le-feu durable ne pourra pas garantir à lui seul la protection des civil·e·s ou la sauvegarde des droits fondamentaux de la population iranienne. Les manifestant·e·s, les dissident·e·s et toutes les autres personnes qui militent pour un changement politique fondamental restent confrontés à un grave risque de subir de nouvelles atrocités commises par les autorités iraniennes. Depuis les attaques israélo-étatsuniennes, les autorités ont accentué la répression de toute opposition réelle ou perçue comme telle, tandis que le pays est confronté à la plus longue coupure d’Internet jamais imposée par l’État iranien. De hauts responsables ont fait ces dernières semaines des déclarations menaçantes assimilant toute forme de dissidence à un ralliement à l’« ennemi » et ont ouvertement menacé d’un nouveau massacre toutes les personnes qui exprimeraient des idées dissidentes ou militeraient pacifiquement en faveur de la chute du système de la République islamique, tout en se vantant publiquement d’avoir tué des milliers des manifestant·e·s en janvier 2026. Les autorités ont par ailleurs exécuté arbitrairement au moins 19 personnes : huit manifestants, neuf dissidents et deux personnes accusées d’espionnage pour les États-Unis et/ou Israël. Elles pratiquent aussi toujours, à grande échelle, la détention arbitraire, la disparition forcée et la torture dans l’objectif de réduire l’opposition au silence.
La récurrence des atrocités en Iran s’inscrit dans une structure constitutionnelle qui conforte l’impunité et la discrimination systémique et empêche les gens d’accéder à la justice et à des voies de recours effectives.
Pour que la population iranienne ne risque pas de nouveaux massacres, tout cessez-le-feu doit être accompagné d’une action diplomatique urgente de la communauté internationale visant à empêcher que les autorités iraniennes commettent de nouveaux crimes de droit international, afin de soutenir les appels de la société civile iranienne en faveur de changements fondamentaux, y compris de modifications de la Constitution en vue de garantir l’égalité et le respect des droits humains, dont le droit à la vie.
« Dans un pays qui ne s’est pas encore remis des effets combinés des bombardements dévastateurs menés par les États-Unis et Israël et des massacres orchestrés par l’État, le risque que les autorités iraniennes commettent de nouvelles atrocités contre la population reste élevé. Cette population est confrontée à un double risque : celui de subir de nouvelles frappes aériennes et un nouveau bain de sang si la trêve est rompue, et celui d’une répression mortelle et d’autres massacres aux mains de forces de sécurité “à la gâchette facile” prenant pour cible des manifestant·e·s et des dissident·e·s qu’elles qualifient d’“ennemis”, a déclaré Agnès Callamard.
« La communauté internationale doit reconnaître que la crise des droits humains et de l’impunité en Iran, aujourd’hui aggravée par les attaques illégales des États-Unis et d’Israël et les souffrances incommensurables infligées aux civil·e·s, nécessite une réponse diplomatique en deux volets, accordant une place centrale à la population civile. Cela implique de faire le nécessaire pour enquêter sur les violations de la Charte des Nations unies, protéger les civil·e·s et défendre le droit international humanitaire, tout en agissant pour empêcher que les autorités iraniennes commettent de nouvelles atrocités et pour soutenir les appels de la société civile iranienne réclamant une Constitution respectueuse des droits. Cela nécessite également de prendre des mesures en faveur de la justice internationale, notamment en faisant en sorte que le Conseil de sécurité de l’ONU saisisse la Cour pénale internationale au sujet de la situation en Iran. »
Les dommages civils dans la région
Un cessez-le-feu s’inscrivant dans la durée est aussi le seul moyen de protéger les civil·e·s et de garantir un avenir sûr, juste et durable à la population de la région.
Les civil·e·s en Israël et dans le Territoire palestinien occupé subissent à la fois des tirs de missiles iraniens et des tirs de roquettes du Hezbollah. Au moins 34 personnes israéliennes ont été tuées (21 civil·e·s en Israël et 13 soldats participant aux opérations de 2026 dans le sud du Liban). Amnistie internationale a constaté qu’un projectile largement inapproprié (un missile balistique iranien) avait été utilisé dans une attaque illégale contre une synagogue à Beit Shemesh, tuant neuf civil·e·s israéliens. Les Houthis, groupe armé yéménite, ont aussi tiré à plusieurs reprises des missiles sur Israël, y compris en mars 2026. Quatre femmes palestiniennes ont par ailleurs été tuées en Cisjordanie occupée par des tirs de missiles iraniens. Pendant l’escalade du conflit en 2024, Amnistie internationale avait recueilli des informations faisant état de l’utilisation, par le Hezbollah, d’armes imprécises pour tirer des roquettes – des attaques illégales qui ont tué et blessé des civil·e·s en Israël, en violation du droit international humanitaire.
Les autorités israéliennes doivent s’abstenir de mener des attaques illégales et s’engager publiquement à respecter pleinement le droit international humanitaire, en particulier l’interdiction des attaques directes contre les civil·e·s et les biens de caractère civil. Sans mesures réelles et concrètes pour mettre un terme aux violations du droit international et s’attaquer à l’impunité qui règne de longue date, le risque que des crimes de guerre et d’autres graves violations soient commis dans le cadre des vagues successives de conflit armé demeure constant.
Les frappes iraniennes contre les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, l’Arabie saoudite, Bahreïn et Oman ont accentué les risques pour les civil·e·s, les attaques ne se limitant pas aux bases militaires américaines et ayant endommagé des infrastructures énergétiques, des aéroports, des usines de dessalement et des quartiers résidentiels. Les autorités iraniennes ont déclaré ouvertement leur intention de causer des dommages économiques et d’attaquer les intérêts économiques des États-Unis.
« Cette dernière escalade dans la région fait suite à plus de deux ans et demi de conflit incessant au Moyen-Orient, depuis les attaques du Hamas contre des civil·e·s dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023 jusqu’au génocide israélien contre la population palestinienne de la bande de Gaza occupée, en passant par les attaques israéliennes de 2024 contre le Liban, a déclaré Agnès Callamard.
« À l’heure où le risque de nouveaux crimes de droit international se profile, l’inaction mondiale affaiblit les mécanismes sur lesquels la communauté internationale s’appuie pour prévenir les atrocités de masse et y réagir. Les dirigeant·e·s mondiaux doivent de toute urgence œuvrer de concert à l’instauration immédiate d’un cessez-le-feu exhaustif et s’inscrivant dans la durée, afin de mettre un terme à la normalisation des souffrances incommensurables infligées aux civil·e·s, de défendre notre humanité commune et d’aider à créer dans toute la région les conditions nécessaires à un avenir fondé sur les droits humains, la justice et une stabilité durable. »