États du Golfe. Plus de 1 000 personnes arrêtées dans le cadre d’une vague de répression contre la liberté d’expression en lien avec la guerre
Dans les États du Golfe, plus de 1 000 personnes ont été arrêtées dans le cadre d’une vaste campagne de répression contre la liberté d’expression en lien avec la guerre, notamment pour avoir relayé des contenus en ligne ou exprimé des opinions sur l’offensive menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran et sur les attaques de l’Iran contre les pays du Golfe, a déclaré Amnistie internationale le 1er juin 2026. Au Koweït et à Bahreïn, des citoyens ont également été déchus de leur nationalité, notamment à titre de représailles pour leurs propos.
Lorsque la guerre a éclaté, invoquant des préoccupations liées à la sécurité nationale, les autorités des pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) – le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Arabie saoudite et Oman – ont émis des avertissements généraux contre le partage de contenus en ligne diffusant des « rumeurs » ou de « fausses informations » sur la guerre, ou provenant de « sources inconnues ». Peu après, plusieurs États du Golfe ont annoncé des arrestations massives.
« Si les États du Golfe peuvent prendre des mesures pour lutter contre la désinformation et protéger la sécurité nationale, et déroger à certains droits en cas de conflit armé, toute restriction à la liberté d’expression doit respecter des normes internationales strictes en matière de droits humains. Ces dérogations doivent être prévues de manière claire et précise par la loi, poursuivre un but légitime, et s’avérer strictement nécessaires et proportionnées. Les restrictions globales et la criminalisation généralisée du partage d’informations ne satisfont pas à ces critères, a déclaré Heba Morayef, directrice du programme régional Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnistie internationale.
« Afin de préserver leur belle image de lieux sûrs, les États du Golfe recourent à leur autoritarisme habituel pour contrôler l'information et instrumentalisent des dispositions formulées en termes vagues et généraux issues des lois sur la cybercriminalité, la lutte contre le terrorisme et la sécurité nationale. Cela va bien au-delà de ce que prévoit le droit international. »
Amnistie internationale s'est entretenue avec 16 personnes, parmi lesquelles un journaliste, des militant·e·s associatifs, des citoyen·ne·s et des habitant·e·s des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), ainsi que des proches de personnes détenues, dont la plupart ont souhaité conserver l'anonymat par crainte des représailles. Elle a recensé huit cas d'arrestations liées à l'expression d’opinions.
En outre, elle a examiné les déclarations officielles des autorités du CCG, notamment les mises en garde générales et les annonces faisant état de centaines d'arrestations liées à la liberté d'expression, et passé en revue les cas rapportés par des médias locaux et des ambassades étrangères, ainsi que ceux recensés par des organisations locales de défense des droits humains.
Répression régionale contre l’expression d’opinions liées à la guerre
Au Koweït, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis et au Qatar, les autorités ont publié des déclarations officielles annonçant l'arrestation de centaines de personnes ayant filmé et partagé des vidéos, diffusé des images montrant l'interception de missiles ou publié des photos des dégâts causés par ces projectiles.
Dans plusieurs cas, des personnes ont été arrêtées pour avoir « glorifié » un État hostile et ses dirigeants militaires, semble-t-il en référence au fait d’exprimer de la sympathie envers l’Iran, de republier des contenus en ligne marquant sa solidarité avec le peuple iranien ou de rendre hommage au défunt Guide suprême et commandant en chef de l’Iran, Ali Khamenei.
Dans certains États du Conseil de coopération du Golfe (CCG), des enquêtes ou des poursuites ont été diligentées contre des personnes accusées d'avoir diffusé des « informations trompeuses » ou des « fausses nouvelles, rumeurs ou propagande provocatrice », y compris des contenus générés par l’intelligence artificielle ou des vidéos prétendant à tort que des incidents s'étaient produits.
Au Koweït et à Bahreïn, les tribunaux pénaux ont prononcé des peines de prison comprises entre trois et 10 ans à l'encontre de dizaines de personnes à l'issue de procès menés à la hâte pour publication ou partage de contenus liés à la guerre.
Après le début de la guerre, les autorités d’Oman, à l'instar d’autres États du CCG, ont averti le 3 mars que les personnes ayant diffusé « des rumeurs et des informations non vérifiées » devraient rendre des comptes au regard de la loi. Par la suite, elles n'ont annoncé aucune arrestation liée à la liberté d'expression.
« Depuis le début de la guerre, les informations rendues publiques par les États du Golfe sont extrêmement limitées, ces derniers cherchant à contrôler le discours sur l’impact des attaques iraniennes sur la vie quotidienne dans ces pays. Cette mainmise sur l’information, tout particulièrement en temps de guerre, contribue au climat de confusion et il devient difficile pour les citoyen·ne·s d’avoir accès aux informations dont ils ont besoin. En outre, cela complexifie le recensement des dégâts causés par les frappes iraniennes », a déclaré Heba Morayef.
Koweït
Entre le 1er et le 30 mars, le gouvernement koweïtien a annoncé l'arrestation de 33 personnes, dont au moins trois femmes et un étranger. Selon le ministère de l'Intérieur, parmi les personnes arrêtées depuis le début de la guerre, certaines sont accusées d'avoir publié des contenus soutenant des « groupes terroristes », partagé des vidéos jugées préjudiciables à la sécurité nationale ou « se moquant des services de sécurité », « diffusé de fausses informations » ou utilisé des drones pour filmer sans autorisation.
Au Koweït, le nombre de poursuites judiciaires signalées dépasse largement le nombre d'arrestations signalées. Le 23 avril, et les 1er et 7 mai, un tribunal de sûreté de l’État de première instance, mis sur pied début avril et doté d’une compétence exclusive pour les infractions liées à la sécurité intérieure et extérieure de l’État, a rendu des jugements à l’encontre de 204 prévenus pour avoir exprimé leur sympathie envers « l’agression iranienne », « incité au conflit sectaire » et « diffusé de fausses informations », selon les médias locaux.
La plupart des accusés ont écopé de peines avec sursis, certains ont été acquittés, tandis que 23 ont été condamnés à trois ans de prison, un à cinq ans et un autre à 10 ans.
Parmi les personnes arrêtées et jugées figurait le journaliste de premier plan Ahmed Shihab Eldin, interpellé le 3 mars par des agents en civil sans mandat, au seul motif qu’il avait relayé des images liées à la guerre mises en ligne par des médias internationaux. Il a été détenu pendant 52 jours, puis traduit en justice pour diffusion de fausses informations, atteinte à la sécurité nationale et utilisation abusive de son téléphone portable. Le 23 avril, il a été acquitté pour un chef d'accusation et condamné à du sursis pour les deux autres.
Début mars, un autre homme a été interpellé pour avoir publié des messages rendant hommage au défunt Guide suprême et commandant en chef de l’Iran, Ali Khamenei. Il a été détenu au secret pendant cinq jours, pendant lesquels il a été retenu dans les locaux des services de la Sûreté de l'État, où il a été interrogé en l’absence d’un avocat. Par la suite, le procureur a ouvert une enquête à son encontre pour « atteinte aux intérêts nationaux », « mauvaise utilisation d'un téléphone portable », « incitation au conflit sectaire » et « entrave à l’unité nationale ».
Depuis le début de la guerre, le Koweït a adopté une série de mesures législatives et judiciaires de grande envergure qui élargissent considérablement les pouvoirs de l'État au nom de la « lutte contre le terrorisme » et de la protection de la sécurité nationale. Le 15 mars, le Conseil des ministres a promulgué la Loi n° 47 de 2026 relative à la lutte contre le terrorisme, qui donne une définition large des « actes terroristes » afin d’englober les actes visant à « contraindre une autorité publique à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte quelconque », par exemple des actions à caractère politique visant à influencer les décisions du gouvernement, et qui remplace la peine de réclusion à perpétuité par la peine de mort. Le même jour a été promulguée la Loi n° 13 de 2026, qui érige en infraction la diffusion de « fausses rumeurs » concernant des structures militaires, passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 10 ans de prison.
Le 13 avril, le Koweït a adopté des modifications à la Loi sur la nationalité koweïtienne, qui permettent de retirer la nationalité à des individus « si les intérêts suprêmes de l’État ou sa sécurité extérieure l’exigent » ou si les autorités disposent de « preuves solides attestant qu’une personne promeut des principes susceptibles de porter atteinte au système économique, social ou politique du pays, ou qu’elle appartient à une organisation politique étrangère ».
Le 26 avril, les autorités ont annoncé avoir déchu plus de 1 200 personnes de leur nationalité en vertu d’un décret émis par l’émir, sans plus de précisions. Selon deux personnes vivant au Koweït, ces décisions de déchéance de nationalité instaurent un climat de peur et dissuadent les gens d’exercer leur droit à la liberté d’expression.
Le Koweït avait déjà déchu de leur nationalité certains détracteurs du pouvoir en 2024.
Le 7 mai, le père de Fawaz Al Kathiri, un Koweïtien installé au Royaume-Uni qui critique le gouvernement, a été déchu de sa nationalité, ainsi que toutes les personnes ayant acquis la nationalité grâce à lui. Avant cette mesure, Fawaz Al Kathiri avait publié des vidéos mettant en cause la réponse du Koweït aux attaques iraniennes et les arrestations en raison de publications liées à la guerre sur les réseaux sociaux, parmi d'autres vidéos critiquant le gouvernement. Le décret pris par l'émir ne précisait pas les motifs de cette déchéance. En juillet 2025, les autorités avaient déjà déchu Fawaz Al Kathiri de sa nationalité, ainsi que ses enfants, sans fournir de justification.
Bahreïn
Entre le 1er et le 14 mars, les autorités bahreïnites ont annoncé l'arrestation de 47 personnes – dont six étrangers – pour des contenus en ligne liés aux attaques iraniennes. Le 1er mars, elles avaient mis en garde la population contre la publication ou la diffusion de rumeurs, d'informations ou d'actualités « n’émanant pas des autorités officielles du Royaume ».
D’après des documents rassemblés par plusieurs organisations et défenseur·e·s des droits humains bahreïnites, notamment le Centre Al Amal pour les droits humains et la justice et l'Institut de Bahreïn pour les droits et la démocratie, et transmis à Amnistie internationale, le nombre d’arrestations dans le cadre de la répression liée au conflit est bien plus élevé.
Selon ces documents, au 5 mai, plus de 303 personnes avaient été interpellées à Bahreïn, notamment à la suite des manifestations organisées en hommage à l'ancien Guide suprême et commandant en chef de l'Iran, Ali Khamenei. Au moins 38 d'entre elles ont ensuite été libérées, d’après des organisations et des militant·e·s qui défendent les droits humains.
D’après un avocat représentant plusieurs détenus, au moins six d'entre eux n’avaient pas pu consulter d’avocat au moment des interrogatoires et les avocats n’avaient pas pu entrer dans les bâtiments du parquet.
Parmi les personnes arrêtées figurait Mansour Yassin, un artiste de 26 ans, au motif qu’il avait réalisé une illustration représentant la main de l'ancien Guide suprême et commandant en chef de l'Iran. Aux côtés de cinq personnes, il a été accusé d'avoir « exprimé de la sympathie » et « glorifié les actes hostiles » de l'Iran. Il a été détenu pendant environ un mois avant d'être remis en liberté.
Les 28 avril et 12 mai, le ministère public a annoncé dans deux communiqués distincts qu’un tribunal pénal avait condamné 34 personnes à des amendes et à des peines allant d’un à 10 ans de prison pour avoir soutenu et approuvé « les attaques terroristes de l’Iran contre le Royaume », « obtenu et diffusé des données sensibles interdites », « photographié des lieux soumis à des restrictions d’accès » et « diffusé de fausses informations et des rumeurs sur les réseaux sociaux ».
Le 27 avril, les autorités avaient annoncé retirer la nationalité à 69 personnes, ainsi qu’à leurs familles, au motif qu’elles avaient exprimé leur sympathie ou glorifié « les actes criminels et hostiles de l’Iran » ou « s’étaient rendues complices de parties externes ». Le lendemain, le Parlement bahreïnite a adopté un décret royal afin de modifier la loi régissant le système judiciaire, qui supprime le réexamen des questions de citoyenneté et interdit de contester ou de faire appel des décisions de déchéance de nationalité.
Amnistie internationale a recensé le cas d’une personne déchue de sa nationalité, tout comme un membre de sa famille. Aucun des deux n’a été officiellement inculpé. Le 18 mars, Ali a été convoqué par téléphone à la Direction générale de la police chargée de la cybercriminalité, sans être informé du motif. Il s'est rendu le jour même au Bureau de la cybercriminalité, où des agents l'ont interrogé au sujet d'une vidéo qu'il avait relayée sur les réseaux sociaux le 28 février, montrant une attaque iranienne contre une base américaine à Bahreïn.
Ali a expliqué avoir informé les policiers qu’il avait supprimé la vidéo environ trois heures après l’avoir republiée, et qu’il avait ensuite partagé un communiqué du ministère de l’Intérieur enjoignant de ne pas diffuser de vidéos des attaques. Les policiers ont examiné son téléphone portable et confirmé son témoignage. Ils ont alors expliqué qu’il s’agissait d’un malentendu et que, son casier judiciaire étant vierge, il lui suffisait de signer un engagement confirmant sa loyauté envers Bahreïn et promettant de ne pas publier de contenu susceptible de nuire au pays, ce qu’il a fait.
Le 27 avril, les services bahreïnites de l’immigration ont convoqué Ali et lui ont demandé de remettre sa carte d’identité nationale ainsi que celles des membres de sa famille, l’informant que leur nationalité avait été révoquée. Il a remis les documents le lendemain. Lorsqu’il a demandé quels étaient les motifs, les employés lui ont répondu qu’il s’agissait de « décisions souveraines » et qu’ils « ne faisaient qu’obéir aux ordres ».
Le 9 mai, les autorités bahreïnites ont expulsé Ali et un membre de sa famille vers un autre pays après leur avoir délivré des passeports valables un an portant la lettre « R », qui pourrait signifier « Révoqué ».
Le droit international relatif aux droits humains interdit formellement toute privation arbitraire de la nationalité, et les États ne sauraient priver des individus ou leurs familles de leur citoyenneté pour les punir d’avoir exprimé pacifiquement des opinions politiques ou des sympathies présumées. Lorsque les autorités invoquent une implication dans des actes hostiles ou violents, la révocation de la nationalité doit malgré tout reposer sur des preuves claires et individualisées, respecter la procédure régulière et satisfaire aux critères de légalité, d’objectif légitime, de nécessité et de proportionnalité.
Émirats arabes unis
Le 3 mars, la Direction de la sûreté de l’État des Émirats arabes unis a publié des directives interdisant aux habitant·e·s de photographier, de publier ou de diffuser des contenus non confirmés ou inventés, pour des raisons de sécurité. Du 3 mars au 8 avril, les autorités émiriennes ont annoncé avoir interpellé et placé en détention au moins 375 personnes. Selon les déclarations officielles, elles sont accusées d'avoir commis des actes tels que la publication et la diffusion de vidéos ou d'autres contenus visuels, réels ou fabriqués de toutes pièces, qui ne constituent pas des infractions reconnues par le droit international.
Lors d'un incident survenu le 20 mars, la police d'Abou Dhabi a annoncé l'arrestation de 109 ressortissants de différents pays ayant « filmé des lieux et des événements et diffusé de fausses informations via les plateformes de réseaux sociaux », ce qui pourrait « influencer l'opinion publique et propager des rumeurs ». Des communiqués officiels ont précisé qu’elles avaient été arrêtées pour avoir « publié des contenus glorifiant un État hostile ainsi que ses dirigeants politiques et militaires ».
En vertu du droit international, le fait de filmer une zone touchée par une frappe aérienne et de diffuser des vidéos, des reportages ou des opinions en lien avec un conflit est protégé de façon générale par le droit à la liberté d’expression et ne saurait constituer un motif d’arrestation ou de poursuites pénales. Une arrestation ou des poursuites pour ce type d’activités doit respecter les principes de légalité, d’objectif légitime, de nécessité et de proportionnalité.
Fin mars, des médias ont relaté que des dizaines de ressortissants britanniques avaient été placés en détention aux Émirats arabes unis pour avoir photographié ou filmé les attaques iraniennes, que la police procédait à des inspections systématiques des téléphones dans les zones touchées par les frappes de drones, et que des dizaines de comptes de médias influents ayant partagé des vidéos des attaques n'étaient plus accessibles aux utilisateurs des Émirats arabes unis.
En mars 2026, les autorités émiriennes ont demandé à Meta de restreindre l'accès à 18 comptes Facebook et Instagram au motif qu'ils « rendaient compte de conflits géopolitiques régionaux et de l'évolution de la situation en matière de sécurité ». Meta a conclu que ces contenus ne violaient pas les Règles de sa communauté, mais a néanmoins restreint l'accès à ces comptes.
Aux Émirats arabes unis, la loi relative à la cybercriminalité, la Loi fédérale n° 34 de 2021, interdit de partager des informations jugées « trompeuses » ou préjudiciables à la « réputation de l'État ». Elle s'applique en parallèle du Code pénal et d'autres lois relatives à la sécurité nationale qui criminalisent la critique des autorités, la diffusion d'informations sensibles et toute expression considérée comme sapant les institutions de l'État.
Qatar
Le 28 février, les autorités qatariennes ont lancé un avertissement général, enjoignant à la population de s'abstenir de donner crédit aux rumeurs, de relayer des vidéos non vérifiées ou de partager des contenus sensibles. Elles ont ensuite annoncé l'arrestation de 313 ressortissants de différents pays entre le 28 février et le 9 mars. Ils sont accusés d’avoir filmé et partagé des vidéos, et diffusé des « informations trompeuses » et des rumeurs susceptibles d’« agiter l'opinion publique », ce qui ne constitue pas des infractions reconnues par le droit international.
En vertu de la loi qatarienne de 2014 relative à la cybercriminalité, les autorités érigent en infractions la création ou la diffusion de contenus en ligne jugés contraires aux « valeurs sociales », à « l'ordre public » et à d’autres dispositions générales et vagues qui permettent aux autorités de restreindre le droit à la liberté d'expression, y compris la dissidence pacifique.
Arabie saoudite
Le 2 mars, le ministère saoudien de l'Intérieur a publié une mise en garde d’ordre général, enjoignant à la population de se fier exclusivement aux sources officielles pour s'informer. Contrairement à d'autres États du Conseil de coopération du Golfe (CCG), il n’a pas annoncé par la suite d’arrestation liée à la liberté d'expression.
Toutefois, Amnistie internationale a constaté qu'au moins trois étrangers en Arabie saoudite avaient été placés en détention en raison de publications en ligne liées à la guerre. En mars, des sources diplomatiques ont fait état de l'arrestation de ressortissants de leur pays dans deux affaires concernant le Népal et les Philippines, tandis qu’Amnistie internationale a recensé une arrestation liée à des propos sur la guerre.
Une personne a été placée en détention après avoir partagé des vidéos de frappes aériennes, et une autre pour avoir diffusé des vidéos et d'autres contenus jugés « trompeurs » par les autorités au sujet de la guerre. Une troisième a été arrêtée après avoir exprimé sa sympathie envers d'autres parties au conflit.
Selon Meta, en avril 2026, l'Arabie saoudite lui a demandé de restreindre l'accès à 144 comptes et pages sur les réseaux sociaux en raison de contenus liés à « des conflits géopolitiques régionaux, l’évolution de la situation en matière de sécurité, la satire politique » ou « jugés contraires aux sensibilités religieuses », en invoquant la loi relative à la lutte contre la cybercriminalité. Meta a supprimé ces contenus ou en a restreint l'accès.
Ces restrictions alimentent un climat de peur. Ainsi, après une frappe contre un complexe pétrochimique, un ouvrier a partagé des photos des dégâts, mais les a supprimées presque immédiatement par crainte des représailles. Alors qu’il quittait son dortoir, des responsables ont fouillé son téléphone et ceux de ses collègues pour s’assurer qu’aucune information n’avait été relayée.
Un journaliste basé à Riyadh, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a confié que ces restrictions entravent considérablement leur capacité à identifier des témoins et à recueillir des informations : « Personne ne parle ouvertement de ce qui se passe ni de ce qu’il ressent. On ne peut pas savoir ce que les gens pensent de ces restrictions, en raison du climat de méfiance qui s’ajoute à la peur des frappes. »
En Arabie saoudite, de nombreuses formes d'expression, notamment en ligne, sont érigées en infractions car perçues comme critiques à l'égard des politiques et des pratiques des dirigeants. Émerge ainsi un environnement informatif extrêmement restrictif, où le journalisme indépendant est bridé et où les sources officielles proches du pouvoir dominant.