• 5 Aoû 2026
  • Chine
  • Article d'opinion

Chine. Le militant arrêté au Tibet à cause d’une photo du dalaï-lama doit être libéré

  Réagissant à l’arrestation à Lhassa, au Tibet, d’un Chinois han – le militant des droits humains Zhang Yi –, Sarah Brooks, directrice régionale adjointe à Amnistie internationale, a déclaré : 

  « L’arrestation de Zhang Yi, intervenue après qu’il eut montré une photographie du dalaï-lama lors d’une visite dans un monastère, rappelle jusqu’où les autorités chinoises sont prêtes à aller pour réprimer l’exercice pacifique des droits fondamentaux. 

« Cette affaire illustre parfaitement le recours qui est fait de longue date, par les autorités chinoises, au délit d’"incitation au séparatisme" pour réprimer pénalement l’expression pacifique d’opinions dans les régions tibétaines et aussi l’expression pacifique d’opinions relatives à l’histoire, à la culture et aux croyances religieuses tibétaines. 

« Le fait de montrer la photo d’un chef religieux ne devrait jamais être considéré comme une menace pour la sécurité nationale. Les autorités chinoises doivent libérer immédiatement Zhang Yi, car cet homme a été placé en détention uniquement pour avoir exercé pacifiquement ses droits fondamentaux. 

« Dans l’attente de sa libération, elles doivent veiller à ce qu’il puisse rapidement contacter sa famille et l’avocat·e de son choix. Les autorités doivent le protéger contre la torture et tout autre mauvais traitement pendant sa détention. » 

  

Complément d’information 

Selon l’avis d’arrestation reçu par sa famille le 5 août et consulté par Amnistie internationale, Zhang Yi a été officiellement arrêté le 28 juillet 2026 pour des soupçons d’« incitation au séparatisme » (煽动分裂国家罪). Sa famille a été informée de son arrestation par téléphone le 30  juillet. 

Zhang Yi a été interpellé par la police à Lhassa le 1er juillet 2026 alors qu’il visitait le monastère de Séra, au Tibet, avec son frère cadet. Comme il n’arrivait pas à communiquer verbalement avec un fidèle tibétain à qui il souhaitait emprunter un tapis de prière, Zhang Yi a montré à cette personne une photographie du dalaï-lama sur son téléphone portable. Selon ses proches qui vivent à l’étranger, deux hommes en civil ont observé cette interaction et ils ont apparemment filmé Zhang Yi et son frère alors qu’ils quittaient la salle de prière. La police a interpellé Zhang Yi alors qu’il se trouvait encore dans le monastère. 

La famille de Zhang Yi a reçu le 18 juillet une notification de placement en détention émise par le Bureau de la sécurité publique de Lhassa indiquant qu’il avait été placé en détention pénale pour des soupçons d’« incitation au séparatisme » et qu’il était incarcéré au centre de détention de Lhassa. Les autorités n’ont pas rendu publics les faits justifiant cette accusation. 

Zhang Yi a été arrêté le jour même de l’entrée en vigueur de la loi chinoise relative à l’unité ethnique, le 1er juillet 2026. Cette loi contient des dispositions générales et formulées en termes vagues qui imposent la promotion de l’« unité ethnique » et d’une identité nationale commune, créant ainsi des fondements juridiques supplémentaires pour restreindre l’exercice pacifique des droits humains, notamment les droits à la liberté d’expression, de religion et de conviction, et des droits culturels. 

  Amnistie internationale a à maintes reprises réuni des informations sur des cas d’utilisation abusive par les autorités chinoises du délit d’« incitation au séparatisme » dans le but de poursuivre en justice des Tibétain·e·s ayant exercé pacifiquement leurs droits fondamentaux, notamment en plaidant en faveur de l’enseignement de la langue tibétaine et en exprimant leurs opinions au sujet de la liberté de religion et du dalaï-lama. 

Zhang Yi est un éminent militant prodémocratie et défenseur des droits humains chinois originaire de Wuhan, dans la province du Hubei. Il a commencé à s’engager politiquement lors du mouvement prodémocratie de la place Tiananmen en 1989.