• 17 juin 2026
  • Liban
  • Communiqué de presse

Liban. Israël intensifie son recours aux ordres illégaux d’« évacuation » massive et se rend responsable de transfert illégal de population, un crime de guerre

  • L’armée israélienne intensifie fortement son recours aux ordres illégaux d’« évacuation » générale, provoquant le déplacement de centaines de milliers de personnes à travers le Liban.
  • Elle a également étendu les ordres prohibant tout retour, interdisant pour une durée indéterminée aux habitant·e·s du sud du Liban de regagner leurs villages situés dans la zone tampon établie unilatéralement par Israël, qui couvre 6 % du territoire libanais. 
  • Dans certaines régions du sud du Liban, le déplacement forcé de civil·e·s et l’interdiction de retour imposés par l’armée israélienne constituent un transfert illégal, ce qui équivaut à un crime de guerre.

Le recours répété par l’armée israélienne à des ordres illégaux d’« évacuation » massive et d’interdiction de retour dans le but de déplacer et de terrifier des centaines de milliers de personnes au Liban constitue une violation flagrante du droit international humanitaire, a déclaré Amnistie internationale. Dans le sud du Liban, ces ordres sont un moyen délibéré de déplacer de force des civil·e·s de leurs foyers ; des dizaines de milliers d’entre eux se voient ensuite interdire tout retour. Il s’agit d’un transfert illégal de population qui, en tant que grave violation de la Quatrième Convention de Genève, s’apparente à un crime de guerre. 

À l’issue de sa nouvelle enquête fondée sur l’analyse des ordres de l’armée israélienne transmis sur X aux habitant·e·s du Liban depuis 2024, sur des entretiens avec des personnes déplacées de zones déclarées unilatéralement par Israël comme interdites au retour et sur l’analyse de données en consultation libre, Amnistie internationale constate que l’armée israélienne a intensifié son recours aux déplacements massifs au Liban en 2026, soumettant bien plus fréquemment un nombre bien plus élevé d’habitant·e·s à un déluge d’ordres illégaux d’« évacuation » massive, tout en poursuivant son projet de destruction d’habitations et d’infrastructures civiles afin de dépeupler de vastes zones du sud du pays.

« Depuis deux ans et demi, les hostilités entre Israël et le Hezbollah ont des conséquences dévastatrices pour la population civile. Israël a émis des ordres d’“évacuation” générale touchant de vastes zones du Liban qui se sont traduits, à plusieurs reprises, par le déplacement illégal de centaines de milliers de personnes. En 2026, comme en 2024, les ordres indiscriminés émis par Israël n’ont pas été accompagnés de mesures visant à garantir le bien-être et la sécurité des personnes évacuées, n’ont pas fourni d’informations ni d’explications permettant aux civil·e·s de prendre des décisions éclairées sur le fait de fuir et pour combien de temps, et n’ont jamais été annulés, même après la cessation des hostilités dans les zones visées, alors que le droit international humanitaire l’exige, a déclaré Kristine Beckerle, directrice adjointe du programme régional Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnistie internationale.

« Dans de vastes zones du sud du Liban, Israël a ordonné à toute la population de partir, avant d’interdire tout retour. Le déplacement forcé et l’interdiction de retour imposés à des dizaines de milliers de civil·e·s dans le sud du Liban constituent un transfert illégal, ce qui représente une grave violation de la Quatrième Convention de Genève et donc un crime de guerre. Les forces israéliennes doivent cesser de déraciner de force des habitant·e·s et de désigner de vastes zones du territoire libanais comme interdites aux civils, et doivent se retirer immédiatement du pays. Israël doit autoriser les personnes déplacées à retourner librement et en toute sécurité sur leurs terres, et accorder des réparations aux victimes de violations du droit international humanitaire, y compris pour les destructions illégales de logements. »

L’analyse d’Amnistie internationale montre que l’armée israélienne a nettement intensifié son recours aux ordres d’« évacuation » massive : comparés à 2024, ils ont été plus fréquents et ont visé des zones plus étendues du pays lors de l’escalade des hostilités en 2026.

En réponse aux questions d’Amnistie internationale, l’armée israélienne a nié avoir émis des ordres d’évacuation obligatoire, affirmant qu’elle avait adressé des « alertes préalables aux civils » et qu’il ne s’agissait pas d’obligations, mais de « recommandations ». Amnistie internationale a déjà expliqué pourquoi les ordres d’« évacuation » massive ne constituent pas des avertissements préalables efficaces et a établi, dans son analyse, une distinction entre ces alertes, émises avant une attaque [conformément au principe de précaution] concernant un lieu précis tel qu’un bâtiment, et les ordres d’« évacuation » massive, concernant des listes de villages et de vastes étendues de territoire.

Dans sa lettre, l’armée israélienne affirmait qu’« aucune interdiction n’empêche les civils libanais de regagner leurs foyers ». Toutefois, le 15 juin, après l’annonce selon laquelle les États-Unis et l’Iran ont conclu un cessez-le-feu englobant le Liban, le ministre israélien de la Défense Israël Katz a déclaré que les forces israéliennes resteront « dans les zones de sécurité au Liban, en Syrie et à Gaza pour une durée indéterminée » et que ces zones seraient « débarrassées de leurs habitants, et que toutes les infrastructures terroristes […] y compris les maisons des villages situés sur la ligne de contact qui servaient de bastions terroristes, seraient détruites ».

En complément des ordres d’« évacuation », l’armée israélienne a étendu la zone d’interdiction de retour au Liban. Le 28 novembre 2024, au lendemain de l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu, elle avait désigné une zone couvrant environ 4,6 % du territoire libanais.

En 2026, trois jours seulement après l’annonce du cessez-le-feu du 17 avril, l’armée israélienne a publié une nouvelle carte où figure une zone élargie couvrant 6 % du territoire libanais, désignée comme une ligne de « défense avancée », et a demandé à la population de ne pas retourner dans une longue liste de villages situés à l’intérieur – des localités où vivaient des dizaines de milliers de personnes.

Déployée dans la zone d’interdiction de retour, l’armée israélienne procède, depuis 2024, à de nombreuses destructions. Amnistie internationale a recueilli des informations sur ces destructions délibérées dans certains secteurs, avant et après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de 2024. En 2026, des images satellite de Sentinel 2, d’une résolution de 10 mètres, montrent que la plupart des municipalités situées le long de la frontière, qui constituent une grande partie de la zone d’interdiction de retour, ont été presque entièrement rasées, ce qu’Amnesty avait déjà analysé en 2024. Auparavant, des structures isolées et des sections de villages étaient probablement restées intactes. Aujourd’hui, elles ont quasiment toutes été rasées et les destructions ont gagné des municipalités situées plus à l’intérieur de cette zone.

Le droit international humanitaire interdit strictement les déplacements forcés de civils. Les évacuations partielles ou totales ne peuvent être ordonnées qu’à titre exceptionnel dans le but de garantir la sécurité de la population ou pour des impératifs militaires, découlant directement d’opérations militaires, et ne doivent être mises en œuvre qu’en dernier recours.

Toute évacuation doit être temporaire, menée dans des conditions sûres et humaines, et les personnes évacuées doivent pouvoir regagner leur domicile dès la fin des hostilités dans la zone concernée. Lorsque des civils sont déplacés de force en l’absence de motifs légaux justifiant l’évacuation, ou se voient empêchés de regagner leur domicile, cela constitue un transfert illégal, une infraction grave inscrite dans l’article 147 de la Quatrième Convention de Genève, équivalant à un crime de guerre.

« Deux ans et demi plus tard, il est temps que la communauté internationale agisse : les États doivent se mobiliser en faveur d’un cessez-le-feu durable et viable, faire pression sur l’armée israélienne pour qu’elle se retire du territoire libanais, mettre en œuvre les mécanismes nationaux et internationaux d’obligation de rendre des comptes et de justice, et suspendre tous les transferts d’armes et de matériel militaire vers Israël susceptibles de faciliter des violations du droit international », a déclaré Kristine Beckerle.

Méthodologie

Amnistie internationale a interrogé 19 personnes en mars et avril 2026, dont 18 habitant·e·s de zones visées par des « évacuations » massives, et un·e employé·e d’une organisation humanitaire. Sur les 18, 12 sont toujours déplacés, dont neuf de villages soumis à des ordres d’interdiction de retour et trois de secteurs situés au-delà de cette zone. Six autres étaient restés chez eux, dans des villages à majorité chrétienne, tout en déplorant l’effondrement systématique des services de base.

Le Laboratoire de preuves du programme Réaction aux crises d’Amnistie internationale a analysé 447 ordres adressés à des habitant·e·s du Liban et publiés en arabe sur le compte X du porte-parole militaire israélien entre le 23 septembre 2024 et le 31 mai 2026. Il a également réalisé une analyse comparative des ordres émis lors de l’escalade des hostilités en 2024 et 2026, en étudiant leur portée, leur contenu et leur fréquence. Parmi ceux-ci, 215 étaient des avertissements préalables visant des lieux spécifiques, 36 des ordres d’« évacuation » massive émis lors de l’escalade des hostilités de 2024 et 135 lors de celle de 2026, et 61 interdisaient tout retour dans les zones évacuées.

Amnistie internationale a écrit à l’armée israélienne pour lui faire part de ses conclusions le 22 mai et a reçu une réponse le 3 juin 2026.

Le recours croissant d’Israël aux ordres d’« évacuation » générale

Depuis 2024, l’armée israélienne émet des ordres d’« évacuation » massive, de grande envergure et sans discrimination, enjoignant aux habitants de quitter leur domicile immédiatement et pour une durée indéterminée, sans prendre les mesures nécessaires pour garantir leur bien-être et leur sécurité, comme l’exige le droit international. Bien que censés avertir les civils des affrontements susceptibles de les mettre en danger, ces ordres, parfois émis au beau milieu de la nuit ou accompagnés de cartes ambiguës, s’appliquent à des villages entiers, des listes de villages et de vastes portions de territoire.

Amnistie internationale a constaté que ces ordres d’« évacuation » massive ne fournissent pas d’information utile sur le lieu et le moment où l’armée israélienne pourrait frapper, et pas suffisamment d’indications pour permettre aux civil·e·s de décider en connaissance de cause s’ils doivent fuir et pour combien de temps. Si certains ordres couvraient des zones où des combats faisaient rage à ce moment-là et où l’armée israélienne a par la suite mené des attaques, d’autres incluaient des zones éloignées des affrontements.

Depuis 2024, l’armée israélienne a, par rapport aux alertes préalables plus ciblées, considérablement accru son recours aux ordres d’« évacuation » massive. Un changement particulièrement manifeste à Dahieh, dans la banlieue sud de Beyrouth : en 2024, elle n’a émis aucun ordre de ce type pour Dahieh. En 2026, elle en a émis 27 entre mars et mai. Le nombre d’alertes préalables émises par l’armée israélienne pour des bâtiments spécifiques à Dahieh a chuté de 107 en 2024 à 15 en 2026 – dont seulement trois après le premier ordre d’« évacuation » massive visant le secteur.

Les habitant·e·s du sud du Liban sont particulièrement touchés par les ordres illégaux d’« évacuation » massive émis par Israël, notamment en 2026. Entre septembre 2024 et mai 2026, l’armée israélienne en a publié 171 à l’intention des habitant·e·s du Liban sur son compte X, dont 135 en 2026. Plus des trois quarts (76 %) concernaient le sud du Liban. Le reste se répartissait entre la banlieue sud de Beyrouth (15 %) et la vallée de la Békaa (5 %).

Au cours des 48 premières heures de l’escalade des hostilités en 2026, l’armée israélienne a émis l’ordre d’« évacuation » massive le plus étendu à ce jour, couvrant toutes les zones situées au sud du fleuve Litani – soit environ 8,5 % de la surface du Liban. Quelques jours plus tard, elle a agrandi cette surface pour englober la zone située au sud du fleuve Zahrani, environ 10 % du Liban, soit quelque 800 000 habitant·e·s. Elle a republié le même ordre à 13 reprises jusqu’au 17 avril, date d’un cessez-le-feu. Les affrontements se sont poursuivis, de moindre intensité au départ, avant de remonter d’un cran.

Le 27 mai 2026, premier jour de l’Aïd al Adha (« fête du sacrifice »), l’armée israélienne a émis un ordre de grande envergure, enjoignant à tous les habitant·e·s du sud du Liban d’évacuer au nord du fleuve Zahrani, précisant qu’elle considérait « toutes les zones situées au sud du fleuve […] comme des zones de combat ». Étaient également concernés les villages surplombant le fleuve Zahrani, soit 15 % de l’ensemble du pays. 

« Le fait d’émettre des ordres d’” évacuation ” générale n’exonère pas l’armée israélienne de ses obligations découlant du droit international humanitaire, à savoir prendre toutes les précautions possibles pour limiter les dommages causés aux civil·e·s, et ne lui donne certainement pas le droit de traiter ces zones comme des zones de tir », a déclaré Kristine Beckerle.

Dans de nombreuses régions du Liban, les ordres enjoignant à la population de « partir immédiatement » ont été réitérés à maintes reprises. 

Âgée d’une petite soixantaine d’années, « Hala » (un pseudonyme), habitante de Chaqra, un village du gouvernorat de Nabatiyé dans le sud du Liban, a vécu plusieurs ordres d’« évacuation » massive : deux en octobre et novembre 2024 et au moins cinq entre mars et mai 2026, dont un juste après l’annonce du cessez-le-feu du 17 avril.

Le 2 mars 2026, à 4h04 du matin, l’armée israélienne a diffusé un ordre de ce type visant Chaqra et 52 villages. Hala ne l’a pas vu. Au matin, de nombreux habitants avaient fui le village. « Tout le monde était parti avant moi, le quartier était désert », a-t-elle confié. Elle a fini par trouver un moyen de transport ; le trajet jusqu’à Beyrouth, habituellement de deux heures et demie, a pris 24 heures.

Au lendemain du cessez-le-feu d’avril 2026, certaines parties de Chaqra, ainsi que 20 villages, se sont retrouvés sur une ligne unilatéralement définie par l’armée israélienne pour délimiter la frontière intérieure de la « zone d’interdiction de retour ». Les habitants déplacés ont pu regagner certaines parties de leur village, mais pas les endroits situés au sud de cette ligne. 

Hala s’est rendue brièvement chez elle le 20 avril pour récupérer quelques vêtements d’été, avant de repartir à Beyrouth. Huit jours plus tard, l’armée israélienne diffusait un nouvel ordre d’« évacuation » massive englobant l’ensemble de Chaqra. 

« Il ne reste plus beaucoup de vie dans mon village. La plupart des gens qui étaient revenus [après le cessez-le-feu] sont déjà repartis », a indiqué Hala.

Ordres interdisant tout retour : Israël étend la zone concernée 

Les responsables israéliens ont affirmé publiquement leur objectif d’établir une zone « tampon » ou « de sécurité » à l’intérieur du territoire libanais afin de protéger les habitant·e·s du nord d’Israël contre d’éventuelles attaques du Hezbollah. Ils ont explicitement associé à cet objectif le déplacement massif et prolongé de la population, ainsi que la poursuite des destructions dans le sud du Liban.

Le 20 avril 2026, trois jours après l’annonce du cessez-le-feu du 17 avril, l’armée israélienne a publié une carte délimitant une zone de « défense avancée » qui s’étend entre 8 et 12 kilomètres à l’intérieur du territoire libanais et couvre 600 km² de terres et de mer. Elle a répertorié 74 villages, et interdit aux villageois de retourner dans 53 d’entre eux et de passer au sud des 21 autres. Enfin, elle a interdit de s’approcher du fleuve Litani et des vallées d’al Salhani et d’al Saluki.

Cette carte d’avril 2026 a élargi la zone d’interdiction de retour diffusée par l’armée israélienne le 28 novembre 2024, au lendemain de l’entrée en vigueur d’un précédent cessez-le-feu. La carte de 2024 couvrait environ 480 km², soit 4,6 % du territoire libanais, et répertoriait 68 villages, dont 58 où les habitants n’étaient pas autorisés à revenir et 10 où il leur était interdit de traverser vers le sud.

Les cartes et les listes de villages établies par l’armée israélienne comportaient des inexactitudes géographiques, des répétitions et des fautes d’orthographe, d’où une certaine confusion quant aux zones dans lesquelles il était interdit de rentrer et celles où il était possible de retourner en toute sécurité.

En mars et avril 2026, Amnistie internationale a interrogé neuf personnes expulsées de villages visés par les ordres d’interdiction de retour de 2024 et 2026. Cinq ont pu rentrer chez elles en 2025, mais ont été à nouveau déplacées en 2026. Quatre n’ont pas réellement pu rentrer chez elles depuis 2024.

Entre novembre 2024, lorsqu’elle a publié sa première carte des zones d’interdiction de retour, et février 2025, lorsqu’elle s’est retirée de certaines parties du sud du Liban, l’armée israélienne a émis 35 avis interdisant aux habitants du sud du Liban de regagner leurs foyers jusqu’à nouvel ordre. Six interdisaient spécifiquement l’accès aux oliveraies. L’agriculture est une source majeure de revenus pour la région, qui totalise plus d’un tiers de la récolte d’olives du Liban. Au cours de cette période, selon le HCDH, l’armée israélienne a fait au moins 81 morts et 120 blessés parmi les civil·e·s alors qu’ils tentaient de rejoindre les villages du sud.

Le 18 février 2025, l’armée israélienne s’est retirée de certaines zones du sud du Liban, mais a maintenu ses positions dans quelques sites « stratégiques ». Au-delà, elle a procédé à la destruction de nombreux biens civils et continué d’utiliser des drones et de mener des attaques sporadiques.

Cinq des habitant·e·s déplacés qui se sont entretenus avec Amnistie internationale ont pu regagner leurs villages en 2025, après le retrait des troupes. Ils ont expliqué qu’ils avaient commencé à reconstruire leurs maisons, malgré les destructions massives et la surveillance quasi constante par drone. Tous les cinq ont été à nouveau déplacés en mars 2026 ; en mai, ils n’étaient toujours pas rentrés chez eux.

Parmi les habitant·e·s déplacés qui se sont entretenus avec Amnistie internationale, quatre n’avaient pas pu réellement rentrer chez eux depuis 2024. Ils sont originaires de Kfar Kila et d’Odeisseh, deux villages situés entre 100 et 300 mètres de la frontière israélienne. Les destructions de leurs maisons et de leurs villages, la présence militaire israélienne persistante et le risque d’être attaqués sont les principaux obstacles à leur retour. Dans un rapport publié en 2025, Amnistie internationale a étudié les destructions causées par l’armée israélienne à Kfar Kila et à Odeisseh.

Ces quatre personnes, toujours déplacées, ont raconté qu’elles ont dû demander l’autorisation de retourner dans leurs villages, même pour des visites très brèves, afin d’enterrer leurs proches.

« Salma » (un pseudonyme) est revenue à Kfar Kila enterrer sa grand-mère : « Ils nous ont donné 10 minutes […] Le drone [israélien] volait au-dessus de nos têtes. On se concentre et on y va, on pleure 10 minutes puis on repart, tout ça en empruntant bien l’itinéraire indiqué. » Le 30 mars 2026, elle a vu aux actualités que l’ancien cimetière où une grande partie de sa famille est enterrée avait été rasé au bulldozer.

Joumana, dont la maison a été démolie à Odeisseh par les forces israéliennes en 2024, est revenue au village enterrer sa tante, décédée d’un cancer alors qu’elle était déplacée. Ils ont reçu l’autorisation de procéder à l’inhumation en avril 2025, sous la supervision de l’armée libanaise, tandis que des drones israéliens survolaient la zone : « Exhumer [la dépouille], porter à nouveau le cercueil, réentendre les prières, rouvrir la tombe et de nouveau enterrer le corps : c’est la chose la plus dure que j’aie jamais vécue. »

Elle a décrit les ravages causés dans leur village : « Il n’y a plus de routes. J’ai roulé sur une petite distance et me suis soudain retrouvée en plein champ ; la route avait été détruite au bulldozer et se perdait dans les terres agricoles. Les maisons sont détruites, les bâtiments ont disparu, les routes sont défoncées, il n’y a ni eau ni électricité […] Personne n’est revenu au village. Il n’y a plus de vie là-bas. » 

Complément d’information 

Cette recherche est la première d’une série d’enquêtes consacrées aux violations du droit international commises lors de l’escalade des hostilités au Liban en 2026.

Au 7 juin, le ministère libanais des Affaires sociales recensait plus d’un million de personnes toujours déplacées. Selon les estimations, 64 000 n’étaient pas rentrées chez elle après le cessez-le-feu de 2024.

Depuis l’escalade du conflit le 2 mars, le ministère de la Santé publique a recensé au 12 juin plus de 3 700 morts au Liban. Malgré de multiples annonces de cessez-le-feu, les hostilités perdurent : Israël et le Hezbollah poursuivent leurs attaques respectives, Israël mène des frappes aériennes au Liban et le Hezbollah lance des drones et tire des roquettes sur Israël.