Israël/Territoire palestinien occupé. Le siège de logements palestiniens à Qusra est le signe d’une escalade continuelle des violences perpétrées par des colons avec l’appui de l’État
En réaction au siège des logements de trois familles palestiniennes par des colons israélien·ne·s dans le village de Qusra, au sud-est de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie occupée, Erika Guevara Rosas, directrice générale de la recherche, du plaidoyer, des politiques et des campagnes à Amnistie internationale, a déclaré :
« Les atrocités qui se déroulent en ce moment à Qusra ne sont pas un cas isolé. Elles sont le reflet de l’escalade et de l’amplification continuelles d’une pratique bien documentée qui ne cesse de s’accélérer, laquelle consiste pour les colons à instaurer de manière coordonnée et stratégique un climat de terreur grâce à l’assentiment, à l’appui et au financement de l’État israélien, en vue de déplacer des Palestinien·ne·s au sein de la Cisjordanie occupée.
« Depuis plusieurs mois, trois familles en état de siège sont menacées, harcelées et agressées par des colons israélien·nes venus d’avant-postes voisins. Confinées chez elles depuis le dimanche 9 août, elles commencent à manquer de nourriture et n’ont pas accès aux biens et services de première nécessité, notamment l’eau courante. Les maisons visées par ces attaques se situent dans la zone B de la Cisjordanie, censée être sous contrôle administratif palestinien et sous contrôle militaire israélien, selon la classification établie par les Accords d’Oslo. Malgré cela, des ambulances du Croissant-Rouge palestinien qui tentaient d’acheminer de l’eau et de la nourriture vers ces logements ont aussi été attaquées par des colons. En dépit de ces violentes attaques, les forces israéliennes ont permis aux colons de rester à proximité immédiate des maisons de ces familles palestiniennes.
« Cela fait bien trop longtemps que le monde ignore l’immense souffrance, dépassant l’entendement, des Palestinien·ne·s déracinés et chassés des terres qu’ils habitent depuis des générations. La communauté internationale doit cesser de traiter ces attaques comme des cas isolés et amener Israël à rendre des comptes. »
Des sources de Qusra ont indiqué à Amnistie internationale que l’armée israélienne avait forcé deux des familles assiégées, en plus de six familles voisines, à évacuer leurs maisons pendant plusieurs heures jeudi 13 août et avait utilisé ces bâtiments comme avant-postes militaires. Comme l’a indiqué un habitant, « au lieu d’écarter les assaillant·e·s, les forces israéliennes ont fait partir les familles attaquées, tout en permettant aux colons de rester sur place pendant tout ce temps ».
« Israël, en tant que puissance occupante, est tenu par la loi de protéger la population palestinienne placée sous son contrôle; l’État ne doit pas rester sans rien faire, et encore moins soutenir les colons, pendant que ceux-ci assiègent des logements palestiniens et privent des familles d’accès aux soins de santé, à l’électricité et à l’eau pendant plusieurs jours d’affilée.
« Les États doivent cesser d’appuyer directement ou indirectement, de quelque manière que ce soit, l’occupation illégale du territoire palestinien par Israël et le régime brutal d’apartheid instauré par ce pays, y compris la colonisation illégale. Ils doivent notamment interdire le commerce et les investissements qui contribuent à entretenir les colonies, ainsi que mettre fin à toute coopération et assistance bénéficiant à des entités ou des personnes qui participent à la colonisation. En outre, les États ne doivent plus hésiter à infliger des sanctions à de hauts responsables israéliens soupçonnés de crimes de droit international, notamment des crimes contre l’humanité d’apartheid et de transfert forcé de Palestinien·ne·s dans la Cisjordanie occupée illégalement. Il est impératif que les États se montrent absolument résolus en renforçant les mesures de protection pour les populations palestiniennes menacées de déplacement et en utilisant tous les leviers diplomatiques et politiques dont ils disposent pour assurer le retour des Palestinien·ne·s déplacés de force. L’inaction encouragerait encore plus Israël et les colons israélien·ne·s soutenus par cet État à poursuivre leurs actions illégales et violentes à l’encontre des Palestinien·ne·s, qui se retrouvent sans protection et ne peuvent saisir la justice. »
Complément d’information
En juin, Amnistie internationale a publié un rapport intitulé Éradiquer toute présence palestinienne : Le nettoyage ethnique des communautés bédouines et pastorales de Cisjordanie par Israël, qui dénonce le fait que le gouvernement israélien a fait de l’annexion officielle un objectif politique explicite. L’État applique le programme religieux et nationaliste du mouvement des colons. Il a accéléré l’extension des colonies et les saisies de terres, augmenté l’aide financière et logistique aux colonies, et armé les colons, permettant ainsi une campagne brutale – cautionnée par l’État – de violences commises par des colons et de déplacement forcé des Palestinien·ne·s de la zone C de la Cisjordanie. Les opérations récentes, comme les attaques de Tell et les attaques en cours à Taybeh et Qusra, montrent que ces actions illégales s’étendent au-delà de la zone C et ne se limitent pas aux communautés bédouines et pastorales.