Israël /TPO. L'impunité au niveau mondial favorise les mesures d'annexion illégale prises par Israël en Cisjordanie
Depuis décembre 2025, les autorités israéliennes ont adopté un ensemble de mesures illégales visant à déposséder de leurs terres les Palestinien·ne·s en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, et à faire de l'annexion du territoire une réalité irréversible, a déclaré Amnistie internationale le 26 février 2026.
Ces décisions représentent une accélération sans précédent – en termes d'ampleur et de rapidité – du projet israélien d'expansion des colonies illégales. Elles facilitent la prise de contrôle de nouvelles terres palestiniennes, autorisent un nombre record de nouvelles colonies, agrandissent celles qui existent déjà et officialisent l'enregistrement de terres en Cisjordanie en tant que propriété de l'État israélien. Les gouvernements israéliens successifs ont mené des politiques visant à étendre les colonies et à renforcer l'occupation et l'apartheid, mais ces dispositifs montrent que le gouvernement actuel a « mis le turbo », en marge du génocide perpétré à Gaza.
« Nous sommes face à un État, dirigé par un Premier ministre recherché par la Cour pénale internationale pour des accusations de crimes de guerre et crimes contre l'humanité, qui se gausse de défier le droit international. Malgré des centaines de résolutions de l'ONU, les avis consultatifs de la Cour internationale de justice et une condamnation mondiale, Israël poursuit l’expansion de ses colonies illégales, renforçant son système d'apartheid et détruisant la vie et les moyens de subsistance des Palestinien·ne·s, a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice générale de la recherche, du plaidoyer, des politiques et des campagnes à Amnistie internationale.
« Le soutien inconditionnel du gouvernement américain, combiné à l'absence généralisée de responsabilité internationale pour le génocide perpétré par Israël contre les Palestinien·ne·s à Gaza, à des décennies de crimes de droit international liés à son occupation illégale et à son système d'apartheid, encouragent Israël à intensifier ses actions illégales, et notamment à officialiser l’accaparement de terres, sans crainte d’éventuelles conséquences.
« L'expansion accélérée des colonies illégales et la recrudescence des violences et des crimes cautionnés par l'État imputables aux colons en Cisjordanie occupée pointent du doigt l’incapacité catastrophique de la communauté internationale à prendre des mesures décisives. Les États tiers ne respectent pas leurs obligations juridiques, refusant de se servir des outils à leur disposition, tels que la suspension de l’Accord d’association entre l’UE et Israël, en vue de dissuader Israël de poursuivre son programme illégal. »
Le 10 décembre 2025, l'Autorité foncière israélienne a publié un appel d'offres pour 3 401 logements dans la zone E1, à l'est de Jérusalem, en Cisjordanie occupée. Ce projet d’extension de la colonie illégale de Maale Adumim va créer une continuité avec Jérusalem-Est occupée, ce qui divisera la Cisjordanie en deux, rompant définitivement la contiguïté urbaine palestinienne entre Ramallah,
Jérusalem-Est occupée et Bethléem. Combiné à la construction d'une route de contournement qui doit débuter ce mois-ci, ce projet entraînera le transfert forcé des Palestinien·ne·s vivant dans le secteur.
Depuis les années 1990, les gouvernements israéliens successifs cherchent à mettre en œuvre le plan E1, mais il est resté en sommeil pendant des décennies du fait de la pression internationale. S’il progresse désormais à grande vitesse, c’est que le gouvernement poursuit sans vergogne son programme d'expansion des colonies en bénéficiant de l’apathie de la communauté internationale.
Depuis son occupation du territoire palestinien en 1967, Israël a mis en place et développé un cadre administratif et législatif oppressif visant à spolier et contrôler les Palestinien·ne·s. Le gouvernement actuel n'a cessé d'activer ce projet en accélérant l'expansion des colonies et les saisies de terres. Le 11 décembre 2025, le cabinet ministériel israélien de sécurité a validé des plans visant à établir 19 nouvelles colonies, portant ainsi à 68 le nombre total approuvé par le gouvernement de coalition actuel en seulement trois ans et à environ 210 le nombre total de colonies officielles. Aujourd'hui, 750 000 colons israéliens vivent illégalement en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est.
Les nouvelles colonies englobent des avant-postes construits en violation des lois israéliennes ayant bénéficié d’une « légalisation » rétroactive. Selon des informations crédibles relayées par les médias, au moins trois de ces sites sont situés sur des terres d'où les habitants palestiniens, comme à Ein Samia et Ras Ein al Ouja, ont récemment été déplacés de force à la suite de violences commises par des colons soutenus par l'État.
Selon Peace Now, une organisation israélienne qui surveille l'expansion des colonies, rien qu'en 2025, un nombre record de 86 avant-postes ont été établis, principalement à des fins « d'élevage » ou « agricoles », et ont fortement contribué au pic de violences des colons soutenues par l'État et au transfert forcé des habitant·e·s palestiniens. Protégés par l'armée israélienne et financés par le ministère israélien de l'Agriculture, ces avant-postes ont fait de la vie des agriculteurs et des bergers palestiniens, en particulier dans la zone C, un véritable enfer sur terre. Les colons empêchent de manière agressive les bergers palestiniens de se rendre dans leurs pâturages, les privant ainsi de leur principal moyen de subsistance, et s'accaparent des terres par la force, vandalisent des biens, volent du bétail et attaquent des Palestinien·ne·s et leurs maisons.
Selon l'organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem, 21 communautés palestiniennes ont été entièrement ou partiellement déracinées en 2025 à la suite de violences commises par des colons soutenus par l'État. Mère de trois enfants, une habitante de Ras Ein al Ouja, près de Jéricho, a déclaré à Amnistie internationale : « Nous avions tellement peur des attaques que nos enfants se couchaient avec les chaussures aux pieds, car nous pouvions être amenés à fuir à tout moment. » En janvier 2026, avec sa famille, elle a été chassé dans le froid glacial avec 122 autres familles ; au total, plus de 600 Palestinien·ne·s ont été déplacés de force de ce village.
L'administration civile israélienne a fait une déclaration le 5 janvier 2026 et désigné 69,4 hectares de terres situées sur les localités palestiniennes de Deir Istiya, Bidya et Kafr Thulth, dans le nord de la Cisjordanie, comme « terres appartenant à l'État » ; en outre, le cabinet ministériel de sécurité a annoncé le 8 février une série de mesures visant à étendre le contrôle sur la Cisjordanie, témoignant d’une escalade dans l'accaparement des terres par Israël.
Ces mesures prévoient notamment d’abroger la législation jordanienne toujours en vigueur afin de permettre aux colons israéliens d'acheter des terres palestiniennes sans supervision, de renforcer le contrôle administratif civil israélien sur l'urbanisme et la construction dans la ville d'Hébron et au Tombeau de Rachel à Bethléem, mais aussi d’octroyer aux autorités israéliennes de nouveaux pouvoirs en matière d'application des lois dans les sites archéologiques et concernant les questions liées à l'eau et à l'environnement dans les zones A et B.
Le 15 février 2026, le gouvernement israélien a pris une décision équivalant à une annexion en vertu du droit israélien : il a alloué plus de 244 millions de shekels (66 millions d’euros environ) à la création d'un mécanisme gouvernemental chargé de faciliter l'enregistrement foncier dans la zone C, transférant les pouvoirs en la matière de l'administration civile au ministère israélien de la Justice.
Actuellement, près de 58 % des terres de la Zone C en Cisjordanie occupée ne sont pas enregistrées, selon Peace Now. Israël s'est déjà emparé de plus de la moitié de cette zone par le biais des classements en terrains publics. Les Palestinien·ne·s se heurtent à des obstacles quasi insurmontables pour prouver qu’ils sont propriétaires en raison de l'interprétation archaïque qu'Israël fait des lois foncières ottomanes, qui leur demandent de fournir toute une série de documents, de cartes et d’informations auxquels la plupart d'entre eux n'ont pas accès.
« L'enregistrement foncier est un euphémisme israélien pour désigner l'accaparement et la spoliation des terres. Ne vous y trompez pas : l'annexion totale est l'objectif, et Israël a déjà jeté la plupart des bases pour y parvenir. Les ministres du gouvernement en place ne ressentent plus le besoin de dissimuler leurs intentions, a déclaré Erika Guevara-Rosas.
« Israël fait fi de ses obligations en tant que puissance occupante envers les civil·e·s palestiniens et poursuit de manière délibérée et systématique son programme d'annexion agressif, en violation flagrante du droit international qui interdit catégoriquement l'annexion et la création de colonies dans le territoire occupé.
« Ces mesures vont à l’encontre des avis consultatifs rendus par la Cour internationale de justice en 2004 et 2024 ; ce dernier concluait clairement que la présence d'Israël dans le territoire palestinien occupé était illégale. Dans une résolution ultérieure, l'Assemblée générale des Nations unies a fixé à septembre 2025 la date limite pour mettre fin à l'occupation illégale par Israël. Au lieu de s’y conformer, Israël invente de nouvelles façons de violer le droit international, renforçant ainsi l’occupation illégale et l’apartheid, tandis que la communauté internationale se targue, au mieux, de beaux discours sur la défense des droits des Palestinien·ne·s sans prendre aucune mesure efficace. »