• 6 Juil 2026
  • Israël et territoire palestinien occupé
  • Communiqué de presse

Israel/ TPO. Craintes de plus en plus vives pour le médecin palestinien Hussam Abu Safiya, en détention, dont la vie serait en danger imminent

Les autorités israéliennes doivent libérer immédiatement Hussam Abu Safiya, pédiatre palestinien et directeur de l'hôpital Kamal Adwan, détenu de manière arbitraire, a déclaré Amnistie internationale le 6 juillet 2026 : l’avocat qui lui a rendu visite a indiqué que sa vie est en grave péril en raison des actes de torture et des mauvais traitements qu'il subit depuis son placement en détention.

Hussam Abu Safiya est détenu arbitrairement dans les prisons israéliennes, sans inculpation ni procès, depuis plus de 18 mois, depuis le 27 décembre 2024, lorsqu’il a été interpellé pendant son service à l’hôpital Kamal Adwan, dans la ville de Gaza.

« Les informations qui nous parviennent concernant la détérioration des conditions de détention d’Hussam Abu Safiya font froid dans le dos. Les déclarations de son avocat, selon lesquelles sa vie est en danger imminent alors qu’il est toujours détenu illégalement, ne font qu’aviver nos inquiétudes à son sujet. Il est inadmissible qu’un pédiatre, qui a consacré sa vie à sauver celle des autres dans la bande de Gaza occupée, soit soumis à la torture et aux mauvais traitements – notamment de graves violences physiques et psychologiques et un placement à l’isolement prolongé – alors qu’il est incarcéré sans aucune justification, a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice générale des recherches, du plaidoyer, des politiques et des campagnes à Amnistie internationale.

« Les autorités israéliennes doivent libérer Hussam Abu Safiya immédiatement et sans condition. Dans l’intervalle, les Services pénitentiaires israéliens doivent veiller à ce qu’il soit pleinement protégé contre les mauvais traitements, bénéficie de soins médicaux adéquats et puisse rencontrer sans délai des observateurs indépendants, notamment le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui doit pouvoir entrer en contact avec tous les autres détenu·e·s palestiniens. »

En violation flagrante de ses obligations découlant du droit international, Israël refuse depuis octobre 2023 que le CICR rende visite aux prisonniers·ères et détenu·e·s palestiniens.

C’est à la suite d’une visite effectuée le 2 juillet 2026 par un avocat de Médecins pour les droits humains - Israël que l’on a appris la détérioration de l’état de santé d’Hussam Abu Safiya et les graves sévices qu’il endure aux mains des Services pénitentiaires israéliens. Selon cet avocat, Nasser Odeh, depuis qu’Hussam Abu Safiya a été transféré dans la partie souterraine du centre de détention de Rakefet, il subit quotidiennement coups, menaces et autres formes de mauvais traitements.

Nasser Odeh a déclaré avoir observé des ecchymoses récentes et des traces de torture sur la tête et le corps d’Hussam Abu Safiya, à tel point qu’il était méconnaissable. Il a ajouté qu’il s'était présenté à leur rencontre les mains et les pieds entravés. Dans son récit inquiétant, Nasser Odeh l’a décrit comme affaibli et sur le point de perdre connaissance. Il a en outre rapporté les propos d’Hussam Abu Safiya : « C’est la dernière fois que tu me vois… Ils m’ont amené ici pour me tuer. »

« Le témoignage de cet avocat doit servir d’alerte pour les États du monde entier, en particulier les alliés d’Israël. Il est tout à fait répréhensible qu’un médecin qui a refusé d’abandonner ses patients et est devenu une voix influente dénonçant la destruction du système de santé de Gaza soit maintenu en détention arbitraire et illégale au motif qu’il serait, selon la qualification infondée d’Israël, un " combattant illégal ". Il est toujours privé de ses droits les plus fondamentaux, notamment les droits d’être protégé contre la torture et les mauvais traitements, et de bénéficier d’un procès équitable et d’une procédure régulière, a déclaré Erika Guevara Rosas.

« Le traitement inhumain infligé par Israël aux professionnel·le·s de santé palestiniens à Gaza, notamment les détentions arbitraires et la torture, est favorisé par l’inaction délibérée des États face à la destruction du système de santé de Gaza et aux agressions visant les professionnels de santé palestiniens. Ces agissements s’inscrivent dans le cadre des leviers constituant le génocide mené par Israël à l’encontre des Palestinien·ne·s dans la bande de Gaza. Se contenter d’exprimer son inquiétude est une mascarade destinée à masquer l’inaction face aux violations flagrantes des droits des Palestinien·ne·s commises par Israël. Amnistie internationale, aux côtés d’autres organisations de défense des droits humains, ne réclame pas seulement la libération immédiate d’Hussam Abu Safiya. Il s’agit d’un appel à une intervention urgente et efficace pour lui sauver la vie. »

Le fils d’Hussam Abu Safiya, Elias, qui s’exprime au nom de la famille, a confié à Amnistie internationale :

« [Mon père] vit actuellement des moments critiques, entre la vie et la mort… [Son] état de santé et sa situation s’aggravent de jour en jour. Nous appelons la communauté internationale, les organisations de défense des droits humains, les médias et toutes les personnes de conscience à prendre des mesures immédiates et urgentes pour réclamer que cessent la torture et toutes les violations infligées à mon père, demander des soins médicaux d’urgence et la possibilité de surveiller son état de santé par le biais d’instances juridiques et humanitaires indépendantes, ainsi que  la garantie qu’il sera protégé et que ses droits fondamentaux seront respectés.

« Le silence du monde aujourd’hui pourrait coûter la vie à un innocent. Le temps presse, et nous vous prions instamment d’intervenir avant qu’il ne soit trop tard. »

Complément d’information

Hussam Abu Safiya est détenu arbitrairement par les autorités israéliennes depuis décembre 2024, à la suite d'une descente effectuée par l'armée israélienne à l'hôpital Kamal Adwan, dans le gouvernorat de Gaza-Nord. Depuis, il est détenu sans inculpation ni jugement en vertu de la Loi sur l’incarcération des combattants illégaux, un texte cruel et abusif, qui autorise l'armée à émettre des ordres de détention indéfiniment renouvelables à l'encontre de toute personne originaire de Gaza soupçonnée de représenter une menace pour la sécurité de l'État ou de se livrer à des activités hostiles, sur la base d'éléments de preuve classifiés et sans obligation de présenter un acte d’accusation.

Le 16 juin 2026, la Cour suprême israélienne a rejeté le recours déposé par Hussam Abu Safiya en faveur de sa libération et a confirmé son maintien en détention au moins jusqu’en octobre prochain. L’organisation Médecins pour les droits humains - Israël estime que la recrudescence des attaques dont il fait l’objet est liée à ce recours et à ses démarches visant à contester sa détention devant les tribunaux.

Hussam Abu Safiya est incarcéré au centre de Rakefet, une section souterraine située sous le complexe pénitentiaire d’Ayalon, où les détenus, pour la plupart des Palestiniens originaires de la bande de Gaza, sont soumis à des actes de torture systématiques et à des traitements inhumains. Fermé en 1985 en raison de ses conditions de détention inhumaines, ce centre a été rouvert pendant le génocide.