• 9 Mar 2026
  • International
  • Communiqué de presse

Monde. À l’occasion de la CSW, la secrétaire générale d’Amnesty demande aux États d’accroître la résistance face aux attaques visant la justice de genre et les droits des femmes

  • Une nouvelle synthèse met en avant des actes d’humanité et de solidarité, qui prennent de l'ampleur face aux attaques 

Face à l’hostilité générale contre la justice de genre, et avec en toile de fond le scandale de l’affaire Epstein, une délégation d’Amnistie internationale, menée par la secrétaire générale Agnès Callamard, demandera des efforts accrus en matière de protection et de promotion des droits des femmes et des filles à l’occasion de la 70e session de la Commission de la condition de la femme (CSW), qui se déroulera à New York du 9 au 19 mars.  

  La délégation d’Amnistie nouera le dialogue avec des États membres des Nations unies, de hauts fonctionnaires et des partenaires de la société civile, afin de réclamer un accès renforcé à la justice pour les victimes de violences liées au genre, ainsi que de véritables mesures d’obligation de rendre des comptes pour les auteurs présumés, la protection des droits sexuels et reproductifs, et des garanties plus solides pour les femmes défenseures des droits humains. 

  « La 70e session de la Commission de la condition de la femme survient à un moment marqué par l’urgence, à l’heure où la justice de genre est attaquée dans une grande partie du monde et de nombreuses femmes défenseures des droits humains et organisations féministes ne sont pas autorisées à se rendre sur le territoire étasunien », a déclaré Agnès Callamard. 

  « Des mouvements anti-droits dotés de financements importants, hautement coordonnés, directement soutenus ou enhardis par les États-Unis, la Russie et de trop nombreux autres gouvernements, s’emploient à remettre en question des dizaines d’années de progrès.  

« Des États puissants instrumentalisent le genre afin de justifier la répression et l’adoption de lois punitives. Des acteurs privés, notamment des entreprises, sèment la panique morale en répandant des discours haineux et de la désinformation. Ensemble, ces forces ont pour but de contrôler le droit des femmes de disposer de leur corps, imposant une privation violente de ces droits, instillant la peur et contribuant à la réduction de l’espace civique. 

  « Parallèlement, l’affaire Epstein a révélé l’existence de réseaux criminels composés des hommes les plus puissants du monde dans les sphères de la politique, de la finance et de la culture, qui ont participé pendant des décennies et en toute impunité à l’exploitation sexuelle de grande ampleur et aux agressions sexuelles de femmes et de filles, corrompant gouvernements, marchés et sociétés, tout en confortant un pouvoir abusif. Il est tout à fait écœurant de voir des victimes confrontées à d’immenses obstacles entravant l’accès à la vérité, à des recours et à des réparations, et faire l’objet d’une victimisation secondaire, par le biais de la divulgation au public d‘informations sensibles sans leur consentement. Il est grotesque que les inégalités structurelles, la misogynie et l’impunité systémique qui les empêchent d’obtenir justice continuent à servir de bouclier à ceux qui sont responsables des agressions qu’elles ont subies, ainsi que des atteintes plus larges aux droits des femmes et des filles dans le monde entier, notamment les attaques coordonnées contre les droits liés au genre. 

  « La 70e session de la Commission de la condition de la femme représente une occasion cruciale pour les femmes défenseures des droits humains, les militant·e·s travaillant sur le genre et les États membres de résister face aux attaques systémiques contre la justice de genre et les droits des femmes, en nommant les forces et les acteurs à l’œuvre derrière ces attaques, en s’organisant activement contre eux par le biais d’actions collectives, et en garantissant que les mécanismes d’obligation de rendre des comptes puissent fonctionner comme prévu, sans craintes ni faveurs. » 

  

La résistance mondiale décrite par la nouvelle synthèse 

  Dans une nouvelle synthèse rendue publique lundi 9 mars, Amnistie internationale souligne qu’en cette période, l’une des plus éprouvantes de l’histoire récente pour les droits des femmes, on observe une montée en puissance de la résistance mondiale face aux attaques gouvernementales contre les droits liés au genre et face à la répression de l’opposition. 

« L’année dernière a montré que même lorsque les États manquent à leur devoir dans ce domaine, le pouvoir collectif de communautés peut malgré tout défendre, faire respecter et faire avancer la justice de genre. Loin d’accepter la défaite, ou de reculer face à ces menaces, les femmes, les filles, les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes, et tous ceux et celles qui les soutiennent gardent la tête haute et redoublent d’efforts afin de révéler des violations des droits humains, de les condamner et d’y résister », a déclaré Agnès Callamard.  

« Nous sommes témoins de milliers d’actes de courage, de prise de responsabilité et de solidarité. Notre synthèse fait état de la détermination de personnes courageuses qui se battent, par exemple, pour obtenir une décision de justice historique affirmant le droit pour les victimes de viol d’obtenir une interruption de grossesse au Malawi, qui réclament l’établissement des responsabilités pour le génocide commis par Israël contre les Palestinien·ne·s, et qui résistent à la censure en Afghanistan et en Chine. D’autres luttent pour étendre les droits sexuels et reproductifs en Amérique latine, et pour garantir que les personnes LGBTI puissent exercer leur droit à la liberté de réunion pacifique en Hongrie.  

« Leurs exemples nous montrent qu'un autre monde est possible. Leurs voix sont particulièrement importantes cette année, alors que pour des raisons de sécurité, de violences aux frontières, de visas et de restrictions à leur venue, en plus de la crise du financement causée par la forte réduction des aides à l’international, de très nombreux défenseur·e·s des droits humains et organisations partenaires ne peuvent être présents à la CSW à New York. Ces injustices généralisées limitent fortement tout accès significatif aux espaces multilatéraux.  

  La synthèse, intitulée Humanity Must Win: and it does when we stand together for gender justice, décrit des campagnes et des initiatives menées à travers le monde qui, en dépit de réactions violentes systématiques de la part des autorités, permettent malgré tout de révéler des violations des droits humains, de promouvoir la solidarité et d’obtenir des avancées vers l’obligation de rendre des comptes et la justice. 

  La synthèse donne un aperçu de ces initiatives en faveur des droits humains, notamment : 

  • En Afghanistan, où des femmes journalistes, parmi lesquelles Zahra Joya, fondatrice de Rukhshana Media, continuent à résister aux restrictions de très grande ampleur imposées par les talibans, qui ont effacé les femmes de la vie publique. Leur travail donne de la visibilité à des femmes qui ne peuvent pas s’exprimer ouvertement, qu’il s’agisse des manifestantes écrivant leurs messages de résistance sur les murs de Kaboul, ou des victimes de violences dont les histoires parviennent rarement jusqu’au monde extérieur. 
  • Au Burkina Faso, où, en 2025, à la suite d’une campagne soutenue de la part de la société civile, le pays a adopté des réformes attendues de longue date fixant l’âge minimum du mariage à 18 ans et établissant le consentement entre les deux parties comme la base de tout mariage.  
  • À Gaza, où le travail courageux mené par des organisations de défense des droits humains a aidé à mettre en évidence le génocide commis par Israël, une avancée sur le long chemin vers la justice. En mars 2025, la Commission d’enquête de l’ONU a conclu qu’Israël recourait de façon systématique à la violence sexuelle, reproductive et fondée sur le genre à l’encontre de la population palestinienne, et commettait des « actes génocidaires » en détruisant des centres de santé sexuelle et reproductive, et en bloquant l’accès aux soins médicaux essentiels.   
  • En Hongrie, où 300 000 personnes ont bravé l’interdiction prononcée par les autorités contre la marche des fiertés de Budapest en juin 2025. Une nouvelle loi habilite les autorités à interdire tout rassemblement défendant les droits des personnes LGBTI+ et illustrant des thèmes propres à cette communauté, à condamner les participant·e·s à des amendes, à poursuivre les organisateurs et à identifier les personnes qui défilent au moyen de technologies de reconnaissance faciale. 
  • Au Malawi, où, en 2025, la Haute Cour du Malawi a estimé que le fait de ne pas avoir permis à une victime de viol, âgée de 14 ans, d’avorter en toute sécurité constituait une violation de ses droits aux termes de la Loi relative à l’égalité des genres, jugement historique établissant un précédent important dans un pays où l’avortement reste largement criminalisé. 
  • En Amérique latine, où des militantes de toute la région continuent à défier les attaques et les tentatives de revenir sur des droits sexuels et reproductifs obtenus de haute lutte, en particulier l’accès à des avortements sécurisés. 

  

Complément d’information 

La 70e session de la Commission de la condition de la femme se tiendra au siège des Nations unies, à New York, du 9 au 19 mars. 

Agnès Callamard se rendra à New York et sera disponible pour des interviews les 9 et 10 mars.  

Amnistie internationale a récemment publié un rapport sur la montée des pratiques autoritaires et l’érosion du respect des droits humains aux États-Unis observée durant la première année du retour de Donald Trump à la présidence. L’organisation a aussi formulé des mises en garde contre l’extension spectaculaire de la règle du bâillon mondial, qui bloque l’aide internationale fournie par les États-Unis à des organisations, notamment des ONG, soutenant les initiatives en faveur de l’équité, de la diversité et de l’inclusion, et reconnaissant la diversité de genre, ainsi qu’à des groupes fournissant des conseils ou des informations sur l’avortement. Ces nouvelles règles exacerbent délibérément les inégalités et représentent une menace matérielle pour les vies et les droits de millions de personnes dans le monde.