Chine. L’interdiction cruelle faite aux Mères de Tiananmen d’aller se recueillir au cimetière témoigne d’un durcissement de la répression
En réaction aux informations selon lesquelles les autorités chinoises interdisent aux mères des manifestant·e·s tués lors de la répression de Tiananmen en 1989 de se rendre sur la tombe de leurs proches à l'occasion de l'anniversaire, cette semaine, de cette tragédie, Sarah Brooks, directrice régionale adjointe à Amnistie internationale, a déclaré :
« Interdire aux familles des victimes de la répression de Tiananmen de se rendre sur la tombe de leurs êtres chers est un acte cruel de la part des autorités chinoises.
« Jusqu’à présent, les Mères de Tiananmen avaient toujours pu se rendre au cimetière à l’occasion de l’anniversaire du 4 juin, et il est très inquiétant de constater que cette année, le blocage des commémorations semble s’intensifier – illustrant la profonde insécurité du gouvernement face aux revendications de la population en matière d’obligation de rendre des comptes.
« Depuis des années, les autorités chinoises s'efforcent d'effacer de la mémoire collective les événements sanglants du 4 juin 1989, mais l’interdiction faite aux Mères de Tiananmen semble chercher à éradiquer jusqu’aux souvenirs personnels des familles des victimes.
« Cette mesure témoigne d’une attitude de plus en plus radicale et dépourvue de compassion. S’acharner à nier la vérité sur la répression de Tiananmen est odieux, mais priver les proches de la possibilité de pleurer leurs morts relève d’un autre niveau de cruauté.
« Les autorités chinoises doivent rendre des comptes pour les graves violations des droits humains commises le 4 juin 1989, et permettre aux familles de rendre hommage à ceux qui sont morts il y a 37 ans pour avoir simplement exercé leur droit de manifester. »
Complément d’information
Le 2 juin, l’association des Mères de Tiananmen a déclaré avoir reçu un avis du Bureau municipal de la sécurité publique de Pékin les informant qu’elles ne seraient pas autorisées à se rendre au cimetière de Wanan à Pékin pour se recueillir sur la tombe de leurs proches et organiser les activités commémoratives habituelles le 4 juin prochain, date du 37e anniversaire du massacre. Le groupe a indiqué que c’est la première fois en plus de 30 ans qu’il leur est interdit d’aller se recueillir sur la tombe de leurs proches.
Le 4 juin 1989, l’armée chinoise a ouvert le feu sur des étudiant·e·s et des travailleurs et travailleuses qui manifestaient pacifiquement pour des réformes politiques, sur la place Tiananmen à Pékin, et aux alentours. Plusieurs centaines de personnes, voire des milliers, ont trouvé la mort. Des dizaines de milliers d’autres ont été arrêtées à travers la Chine dans le cadre de la répression qui a suivi.
Au cours des 36 années écoulées depuis le début de la répression, les débats sur le sujet ont fait l’objet de censures strictes en Chine, les autorités s’efforçant dans les faits de l’effacer de l’histoire. Il est interdit d’organiser des commémorations publiques ou même de mentionner la répression de Tiananmen.
L’association des Mères de Tiananmen regroupe des proches de manifestant·e·s tués lors de la répression de 1989. Depuis plus de 30 ans, le 4 juin, ils se rendent au cimetière de Wanan sous escorte policière pour rendre hommage à leurs proches et lire des textes commémoratifs et des éloges funèbres en leur mémoire.
Le groupe a demandé à plusieurs reprises au gouvernement chinois de faire toute la lumière sur la répression de Tiananmen et de veiller à ce que les responsables présumés soient traduits en justice. Ses membres font souvent l’objet de mesures de surveillance et d’autres restrictions, en particulier à l’approche de la date anniversaire du 4 juin.