Monde. Les États membres de l'OIT ne doivent pas céder à l'Arabie saoudite qui souhaite balayer sous le tapis la plainte concernant les travailleurs·euses migrants
À l’occasion de la tenue du 23 mars au 2 avril 2026 de la 356e session du Conseil d’administration de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui examinera une plainte officielle déposée par des syndicats africains contre le gouvernement saoudien concernant des violations et des atteintes persistantes et généralisées aux droits des travailleuses et travailleurs migrants, allant à l’encontre des obligations qui lui incombent en vertu de plusieurs traités de l’OIT, Steve Cockburn, responsable du programme Justice économique et sociale à Amnistie internationale, a déclaré :
« Le gouvernement saoudien s’évertue à balayer cette plainte sous le tapis. Cependant, malgré des réformes juridiques récentes, le système de parrainage (kafala) en Arabie saoudite n’est pas réellement démantelé et continue d’exposer des millions de travailleurs·euses migrants à un risque important de violations de leurs droits, notamment au travail forcé. L’OIT doit suivre cette affaire de près jusqu’à ce que des preuves solides attestent que, grâce à ces réformes, leur vie dans le pays s’est grandement améliorée.
« La tentative de l’Arabie saoudite de se retrancher derrière des réformes récentes et des arguments de procédure, sans produire la moindre donnée crédible démontrant une application de ces changements, ne doit duper personne. Les membres du Conseil d’administration ne doivent pas se laisser distraire par de beaux discours, alors que des preuves accablantes pointent la persistance des violations.
« Aujourd’hui encore, comme le montrent nos recherches, de nombreux travailleurs et travailleuses doivent s’acquitter de frais de recrutement illégaux, sont dupés lors de leur embauche et subissent vols de salaires, horaires excessivement longs, conditions de vie et de travail dangereuses ou dégradantes, ainsi que des restrictions sévères de leur liberté de déplacement. Tout particulièrement les employées domestiques, beaucoup se retrouvant enfermées, soumises à une surcharge de travail extrême et à des violences physiques ou sexuelles, tout en demeurant exclues des protections fondamentales du travail.
« Amnistie internationale appelle les membres du Conseil d'administration de l'OIT à prendre conscience de l'urgence et de la gravité des violations dénoncées dans la plainte déposée par des syndicats africains et à rejeter les arguments des autorités saoudiennes qui affirment qu’il n'est pas nécessaire que l'OIT poursuive son examen. »
Amnistie internationale est signataire, avec des organisations de défense des droits humains partenaires, d’une déclaration conjointe qui appelle collectivement les membres du Conseil d'administration de l'OIT à rejeter les initiatives du gouvernement saoudien visant à balayer sous le tapis la plainte déposée par des syndicats africains en vertu de l’article 26.
Contexte
La plainte, déposée en vertu de l'article 26 de la Constitution de l'Organisation internationale du travail (OIT), appelle à une action internationale urgente et à la mise en œuvre de l’obligation de rendre des comptes.
Cette plainte fait état de pratiques généralisées de travail forcé, de vols des salaires, de violences physiques et sexuelles, ainsi que de racisme systémique, visant en particulier – mais pas exclusivement – les travailleuses et travailleurs migrants africains, qui sont par exemple enfermés dans les habitations, contraints de travailler 18 à 20 heures par jour, privés de salaire, de soins de santé et de repos, et soumis à des coups et à des actes de harcèlement.
Les atteintes aux droits humains recensées dans cette plainte concordent avec les recherches et les rapports d'autres organisations, dont Amnistie internationale.
En janvier 2026, le gouvernement saoudien a répondu et demandé que la plainte soit rejetée.
L'Arabie saoudite a ratifié plusieurs conventions fondamentales de l'OIT relatives aux droits humains, qui lui imposent de garantir une protection contre le travail forcé, la discrimination et d'autres violations, d’assurer des conditions de travail justes et décentes à tous les travailleurs sans distinction, et de respecter leurs droits fondamentaux à la justice, à des voies de recours et à une protection effective en vertu de la loi.