• 13 fév 2026
  • International
  • Communiqué de presse

Monde. Les États européens doivent rétracter leurs attaques scandaleuses contre la rapporteuse spéciale de l’ONU Francesca Albanese

Réagissant aux appels lancés par des ministres et des responsables français et tchèques demandant la démission de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, la secrétaire générale d’Amnistie internationale, Agnès Callamard, a déclaré : 

« Il est inacceptable que des ministres en Allemagne, en Autriche, en France, en Italie et en Tchéquie aient attaqué la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, en se basant sur une vidéo délibérément tronquée afin de déformer et de mal interpréter gravement ses propos, comme le montre clairement le visionnage dans son intégralité du discours original de la rapporteuse spéciale. 

Les ministres qui ont diffusé cette désinformation doivent faire plus que simplement supprimer leurs commentaires sur les réseaux sociaux, comme certains l’ont fait. Ils doivent présenter des excuses publiquement et rétracter toute demande de démission de Francesca Albanese. Leurs gouvernements doivent également enquêter sur la manière dont cette désinformation s’est produite afin d’éviter que de telles situations ne se reproduisent. 

« Il est regrettable que ces ministres n’aient pas été aussi virulents et fermes face à un État qui se livre à un génocide, à une occupation illégale et à l’apartheid, qu’ils le sont dans leurs attaques contre une experte des Nations unies. Leur lâcheté et leur refus de demander des comptes à Israël contrastent fortement avec l’engagement sans faille de la rapporteuse spéciale à dire la vérité aux tenants du pouvoir. 

« L’engagement de la rapporteuse spéciale à enquêter de manière objective sur les faits en se basant sur des preuves concrètes et à appliquer le droit international a été essentiel pour dénoncer les violations persistantes des droits des Palestinien·ne·s par Israël et la complicité de tierces parties. Les appels qui ont été lancés pour obtenir sa démission doivent être catégoriquement rejetés : ils représentent les dernières offensives en date parmi une série d’attaques personnelles et de tentatives alarmantes visant à la réduire au silence. Cette campagne visant à la discréditer est un écran de fumée qui sert à détourner l’attention du génocide perpétré par Israël à Gaza, de son système d’apartheid et de son occupation illégale du territoire palestinien occupé. 

« Malgré une diminution des attaques aériennes israéliennes et quelques améliorations limitées dans la circulation transfrontalière des biens et des personnes depuis la trêve d’octobre 2025, aucun changement significatif n’a été observé dans les conditions infligées par Israël aux Palestinien·ne·s à Gaza, et rien n’indique que les intentions d’Israël aient changé. Le génocide se poursuit. 

« Les opérations militaires israéliennes dans la bande de Gaza occupée se sont poursuivies, tuant plus de 590 Palestinien·ne·s depuis octobre 2025. Le nombre estimé de Palestinien·ne·s tués depuis octobre 2023 s’élève actuellement à plus de 72 000. 

« Israël a également considérablement intensifié les bouclages cruels et illégaux qu’il impose à Gaza depuis plus de 18 ans. Les opérations militaires israéliennes visant à créer concrètement une zone interdite sur près de 60 % de la bande de Gaza ont encore aggravé la situation. En Cisjordanie occupée, notamment à Jérusalem-Est annexée illégalement, les attaques menées par les forces israéliennes et les colons soutenus par l’État israélien ont tué plus de 1 100 Palestinien·ne·s et en ont déplacé des dizaines de milliers depuis octobre 2023. 

« Cette injustice scandaleuse persiste alors que la Cour internationale de justice a, à plusieurs reprises, ordonné à Israël de faire tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher les actes génocidaires, et malgré son avis consultatif indiquant que l’occupation israélienne est illégale et doit prendre fin dès que possible. Rappelons également que la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre et l’ancien ministre de la Défense israéliens pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. 

« Au lieu de respecter leur obligation au titre du droit international de protéger les Palestinien·ne·s, des États tiers ont décidé au mieux de détourner le regard et au pire d’armer les individus qui commettent des actes de génocide et des crimes de guerre, tout en attaquant celles et ceux qui condamnent sans relâche l’impunité d’Israël et les gains matériels que les acteurs étatiques et non étatiques tirent de leur soutien aux violations des droits des Palestinien·ne·s commises par Israël. 

« Cela permet à Israël de violer impunément le droit international, et cela sape également l’intégrité des mécanismes internationaux essentiels de protection des droits humains qui ont été adoptés pour nous protéger tous et toutes. 

« Nous traversons une période critique pour l’humanité, le droit international et les institutions internationales de protection des droits humains étant attaqués comme jamais auparavant. L’utilisation qui est faite de la désinformation pour les délégitimer davantage encore représente une grave menace pour les droits humains et l’état de droit lui-même. 

« C’est en ce moment précisément que des pays comme l’Allemagne, l’Autriche, la France, l’Italie et la Tchéquie devraient prendre position. Ils doivent faire la preuve de leur détermination à respecter leur obligation juridique de mettre fin au génocide perpétré par Israël et de faire cesser les crimes de droit international qu’Israël commet depuis plusieurs décennies. Cela implique de soutenir activement les mécanismes des Nations unies et de respecter l’autonomie des expert·e·s indépendants des droits humains nommés par l’ONU. Ils devraient faire le nécessaire afin qu’Israël rende des comptes pour le génocide qu’il commet actuellement, pour sa politique d’apartheid et pour son occupation illégale, au lieu de se joindre au mouvement honteux qui consiste à utiliser la désinformation contre la rapporteuse spéciale. » 

Complément d’information 

Le 7 février, Francesca Albanese, rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, s’est exprimée lors d’un forum organisé à Doha par Al Jazira. Elle a déclaré : 

« Au lieu d’arrêter Israël, la majeure partie du monde l’a armé, a fourni à Israël des excuses politiques, un refuge politique, un soutien économique et financier [...] Nous qui ne contrôlons pas d’importantes quantités de capitaux financiers, d’algorithmes et d’armes, nous voyons aujourd’hui que nous, l’humanité, nous avons un ennemi commun, et que les libertés, le respect des libertés fondamentales, constituent la dernière voie pacifique, le dernier outil pacifique dont nous disposons pour retrouver notre liberté. » 

Ces commentaires ont été interprétés à tort comme indiquant qu’Israël est cet « ennemi commun ». Francesca Albanese a rejeté ces accusations et a clarifié ses propos sur les réseaux sociaux en expliquant que « l’ennemi commun de l’humanité est le système qui a permis le génocide en Palestine, notamment les capitaux financiers qui le financent, les algorithmes qui le masquent et les armes qui le rendent possible ». 

Le 11 février, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a fait une déclaration appelant la rapporteuse spéciale à démissionner. Cette annonce a été suivie d’autres déclarations tout aussi dommageables venant des ministères allemand, autrichien, italien et tchèque.