• 10 juin 2026
  • International
  • Communiqué de presse

« Cette Coupe du monde a privé les supporters LGBT+ de leurs droits comme aucune autre »

Un membre de Three Lions Pride explique pourquoi son organisation n'assistera pas à la Coupe du monde cette année 

Robert*, 33 ans, fait partie de Three Lions Pride, l’association officielle de supporters LGBT+ de l’équipe nationale de football d’Angleterre. Cette organisation a pour objectif de fournir un espace sûr, inclusif et très visible pour les supporters de football queer et leurs allié·e·s. Cependant, cette année, elle a décidé de ne pas assister à la Coupe du monde de la FIFA 2026 par crainte pour la sécurité de ses membres. 

Mon premier souvenir de football est la défaite d’Arsenal contre Liverpool en finale de la Coupe d’Angleterre en 2001. J’étais désespéré. L’année suivante, l’Angleterre a perdu contre le Brésil lors de la Coupe du monde, et je me souviens encore de Ronaldinho faisant un lob au-dessus de David Seaman. Pour moi, le football était passionnant, les matchs étaient des montagnes russes émotionnelles.  

Aller à des matchs avec mon père est devenu un rituel hebdomadaire. Il était un grand fan d’Arsenal, donc si je devais aimer le football, c’était Arsenal ou rien. L’ambiance était merveilleuse, électrique. J’étais prêt à aller voir n’importe quel match ; je voulais juste regarder du football, quel que soit le titre joué. 

À l’adolescence, je savais que j’étais différent, mais je n’avais pas les outils pour le comprendre. Cependant, je commençais à saisir que tous les chants homophobes lors des matchs étaient dirigés contre des gens comme moi. Ils me donnaient l’impression que le football ne m’aimait pas. Et même si j’adorais le football, ce n’était pas un espace où je pouvais être moi-même – mes deux identités, grand fan de foot et personne queer, ne pourraient jamais fusionner. 

  

J’ai dû choisir entre moi-même et le football 

Après cette prise de conscience, j’ai arrêté d’aller aux matchs et je les ai juste regardés à distance. Je pense que tous les supporters LGBT+ ont traversé une période où ils ont eu l’impression de devoir choisir entre être eux-mêmes et aller voir du football. 

Avant la Coupe du monde en Russie, j’ai décidé de créer Three Lions Pride avec des amis. Il y avait des groupes LGBTQI+ pour certains clubs, mais pas pour nos équipes nationales. 

Nous avons commencé à aller en groupe aux matchs de l’équipe d’Angleterre et c’est ainsi que Three Lions Pride est née. Sa création nous a permis de parler des problèmes auxquels nous serions confrontés lors des coupes du monde en Russie et au Qatar. Nous avons également pu assister à des matchs en groupe, pour veiller les uns sur les autres et assurer notre sécurité grâce au nombre. 

En 2016, les supporters anglais n’avaient pas la meilleure des réputations, donc les gens étaient de toute façon prudents lorsqu’ils allaient voir des matchs, mais la présence de ce groupe a vraiment apporté quelque chose de puissant et a permis à des personnes qui pensaient qu’il n’y aurait jamais d’espace pour elles de comprendre que finalement, il y en avait un. 

  

On n’entend plus autant de slogans homophobes aujourd’hui 

La situation s’est nettement améliorée dans le football européen, en particulier au Royaume-Uni. On n’entend plus autant de slogans homophobes et, s’il y en a, d’autres supporters qui ne sont peut-être pas eux-mêmes LGBTQI+ interpellent leurs auteurs. Par exemple, je peux aller voir un match maquillé, en jupe, etc. Je suis allé en Allemagne pour l’Euro et c’était génial. 

Les supporters anglais forment eux-mêmes un groupe qui se soutient mutuellement et veulent juste que tout le monde puisse encourager l’équipe d’Angleterre. Voir cela a vraiment redonné de la force à beaucoup de nos membres. Sans eux, les personnes LGBT+ n’auraient pas obtenu de telles améliorations sur le plan des droits humains. 

  

Nous ne nous rendrons pas à la Coupe du monde cette année 

Pourtant, malgré tout notre travail, nous ne nous rendrons pas à la Coupe du monde cette année. Je suis allé en Russie, j’ai œuvré en faveur des droits humains au Qatar, mais c’est la première coupe du monde masculine à laquelle je ne prête pas vraiment attention. 

Lorsque j’ai appris qu’elle se déroulerait au Canada, aux États-Unis et au Mexique, je me suis dit que ce serait la première fois que je pourrais vraiment en profiter et être moi-même. 

Cette édition promettait d’être divertissante et agréable, mais maintenant je m’inquiète sur le plan humain. En tant que supporters LGBT+, nous ne pouvons pas nous concentrer uniquement sur le football, nous devons être constamment sur nos gardes : « Suis-je en sécurité ici ? Dois-je faire personnellement attention à ma sécurité ? » 

En tant que personne queer, je ne serais pas en mesure d’être moi-même de manière visible dans un certain nombre de lieux de la Coupe du monde et cela dépend directement des décideurs politiques, des mesures d’application de la loi et de l’orientation prise aux États-Unis en particulier.  On a le sentiment d’être trahis, car ce n’est pas cela qui a été vendu aux gens. Si vous regardez le processus d’appel d’offres et les discussions en amont, la réalité est totalement différente. Le manque d’engagement de la FIFA et des organisateurs est stupéfiant. 

Cette Coupe du monde a privé les fans LGBT+ de leurs droits comme aucune autre parce qu’elle était porteuse d’énormément d’espoir. Nous savions que celle en Russie allait être difficile. Nous savions que celle au Qatar allait être quasiment impossible pour nous. Mais celle-ci était tellement prometteuse. 

  

Nous regarderons depuis l’extérieur 

L’équipe d’Angleterre a été excellente ces dernières années et nous pourrions aller en finale, mais une fois de plus, les supporters LGTBQI+ la regarderont jouer depuis l’extérieur. 

Bien que l’objectif de Three Lions Pride soit la visibilité, notre travail consiste également à soutenir nos supporters queer en leur apportant des conseils et de l’aide pour voyager. Et nous ne pouvons pas dire en conscience que les gens pourront assister à la Coupe du monde de cette année en toute sécurité s’ils se présentent comme des supporters ouvertement LGBT+, donc nous n’aurons aucune visibilité sur place et c’est un choix que nous avons fait en connaissance de cause. 

Aux États-Unis en particulier, où les lois varient d’un État à l’autre, nous constatons un recul dangereux des droits humains, notamment pour les personnes transgenres. Si des personnes transgenres participaient, elles seraient confrontées à un risque énorme de violence et de discrimination. Nous devrions recommander à nos membres d’essayer de paraître cisgenres et hétérosexuels. 

Si nous participions, nous exposerions les personnes LGBT+ à des risques de violences, d’altercations physiques et de problèmes avec la police. Et en cas de problèmes avec la police, vous risquez également d’être expulsé et confronté à l’ICE. Il est arrivé que des personnes LGBT+ soient détenues par l’ICE pendant une certaine durée dans des conditions horribles. 

  

L’irresponsabilité préjudiciable de la FIFA 

Le football, c’est une communauté mondiale qui se rassemble pour profiter de ce magnifique sport, mais la FIFA le ternit à la fois par ses actions et par son inaction. 

Elle doit dialoguer réellement et efficacement avec les supporters afin de ne pas décevoir l’espoir et l’optimisme que le football peut susciter. À l’heure actuelle, elle semble plus soucieuse de se plier à des régimes qui ne respectent pas les normes auxquelles ils devraient se conformer. Ce n’est pas ça, le football. 

Nous ne pouvons pas dire que ce sera une coupe du monde d’espoir, de tolérance et d’acceptation de la diversité. Néanmoins, nous continuerons à travailler avec des organisations telles qu’Amnistie internationale pour transmettre un message unifié, extrêmement fort et puissant de respect de toutes le personnes en tant qu’êtres humains égaux et pour demander à terme des comptes à la FIFA.  

Il est temps que la FIFA change de cap. Et si elle ne le fait pas, elle court le risque de détruire un sport merveilleux. 

*Le nom a été changé à des fins de protection. 

APPEL À L’ACTION : Interpellez la FIFA et les pays hôtes : pour une Coupe du monde sans peur, sans répression, sans excuses. Signez notre pétition : https://www.amnesty.org/fr/petition/tell-fifa-world-cup-hosts-no-fear-no-crackdowns-no-excuses/