États-Unis. Quatre mois après la terrible frappe aérienne sur l’école de Minab, l’établissement des responsabilités se fait attendre
Près de quatre mois après la frappe aérienne menée par les États-Unis contre l’école élémentaire Shajareh Tayyebeh à Minab, en Iran, qui a tué plus de 150 personnes, dont 120 enfants, Amanda Klasing, directrice nationale des relations avec le gouvernement et du plaidoyer à Amnistie internationale États-Unis, a déclaré :
« Quatre mois se sont écoulés depuis la frappe aérienne la plus meurtrière menée par les États-Unis contre des civil·e·s dans l’histoire récente . Nous ne sommes pourtant pas plus près d’obtenir de la part des autorités étasuniennes de réponses permettant d’expliquer pourquoi cela est arrivé et qui était responsable. Pourquoi cela prend-il si longtemps ? Le public et les familles des victimes méritent des réponses transparentes et l’établissement des responsabilités, et les familles doivent obtenir vérité, justice et réparations.
« Le président Trump a fait des déclarations contradictoires, le Pentagone ne coopère pas avec le Congrès, et les législateurs et le public sont de plus en plus excédés par les réponses répétitives du secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, et d’autres, selon lesquelles cet événement continue à faire l’objet d’une enquête.
« Nous savons la chose suivante : l’armée des États-Unis est responsable de la mort de plus de 150 personnes dans une attaque menée avec des missiles Tomahawk à guidage de précision contre une école où se trouvaient de nombreux enfants. Que le Pentagone ait utilisé l’intelligence artificielle ou non lorsque cette école a été prise pour cible, il n’a très clairement pas appliqué toutes les précautions possibles afin de prévenir ou de limiter les dommages causés aux civil·e·s lors de cette attaque.
« Il ne fait aucun doute que les États-Unis auraient dû savoir que ce bâtiment était une école, et non pas une cible militaire. Après la frappe, Amnistie internationale, les médias et d’autres organisations ont rapidement pu confirmer que ce bâtiment était une école et ce, depuis des années. Le Pentagone, qui dispose de capacités et de technologies de collecte de renseignements largement plus avancées, était indéniablement capable de recueillir et de vérifier ces mêmes informations, ce qui aurait dû conduire à la décision de ne pas frapper l’école.
« Nous ne disposons par ailleurs toujours d’aucune information complémentaire sur la possibilité que l’intelligence artificielle ait été utilisée dans le cadre de la décision concernant la cible. Le PDG d’Anthropic a reconnu dans un entretien accordé à l’agence de presse Bloomberg qu’il ne sait pas si, ni comment le logiciel d’intelligence artificielle de son entreprise a pu être utilisé afin de sélectionner des cibles dans le cadre d’attaques menées par les États-Unis contre l’Iran, mais il s’est hâté d’attribuer la responsabilité à l’armée, en particulier à un « humain » qu’il n’a pas nommé, chargé de prendre la décision finale en ce qui concerne les cibles.
« Malheureusement, l’horreur qui s’est abattue sur Minab n’est que le dernier exemple en date des homicides de civil·e·s perpétrés par l’armée des États-Unis depuis que Donald Trump et Pete Hegseth sont arrivés au pouvoir et ont fortement réduit, au cours de l’année écoulée, les budgets des programmes du Pentagone visant à limiter les atteintes aux civil·e·s dans le cadre d’opérations militaires.
« Il nous faut des réponses maintenant. L’armée a déjà eu quatre mois pour expliquer ce qui s’est passé. Le Pentagone doit terminer son enquête en urgence, et rendre ses conclusions publiques. L’enquête doit prendre en considération la collecte et l’analyse de renseignements par l’armée, ainsi que que les décisions relatives aux cibles, les précautions prises et l’utilisation de l’intelligence artificielle. Lorsque des éléments de preuve suffisants existent, les autorités compétentes doivent traduire en justice toute personne soupçonnée d’être pénalement responsable. Le Pentagone doit aussi rétablir les mesures d’atténuation et de prise en charge des préjudices causés aux civil·e·s, et garantir le respect du droit international humanitaire dans le cadre des opérations militaires, notamment lorsque l’IA est employée, dans le but de prévenir de futures violations.
« S’en abstenir reviendrait à essayer d’étouffer une violation grave du droit international humanitaire et constituerait une trahison des victimes et des rescapé·e·s de cette terrible attaque. »
Complément d’information
Des civil·e·s iraniens ont subi de graves préjudices lors de salves de frappes aériennes menées par les États-Unis et Israël entre le 28 février et le 7 avril 2026. Selon les chiffres officiels, ces frappes ont fait au moins 2 362 morts, dont 383 enfants, et plus de 32 314 blessés, tout en causant des destructions et des dégâts considérables aux infrastructures civiles.
Dès le jour de la frappe à Minab, dans la province du Hormozgan, le 28 février 2026, le public et les législateurs des États-Unis ont réclamé une enquête.
Le 10 mars, une porte-parole de la Maison-Blanche a confirmé que des enquêtes sur l’attaque contre l’école étaient en cours et que le ministère de la Défense diffuserait un rapport complet. La semaine dernière, Donald Trump a déclaré que l’enquête se poursuivait et que la frappe n’était « pas intentionnelle », et a invité Pete Hegseth a répondre aux questions sur le sujet.
Tandis que l’on reste sans réponse de la part du Pentagone, la commission sénatoriale sur les services armés a adopté sa version de la Loi de prérogatives de la défense nationale, qui limite les fonds alloués au secrétaire Hegseth pour ses déplacements jusqu’à ce qu’il diffuse les conclusions de l’enquête sur la frappe contre l’école de Minab, ainsi que celles de deux enquêtes sur deux cas distincts de dommages civils au Yémen, et la version intégrale et sans montage de vidéos de frappes contre des bateaux dans les Caraïbes et dans le Pacifique Est.
Parallèlement, Dario Amodei, PDG d’Anthropic, a déclaré que si Claude, le logiciel d’IA de son entreprise, a été employé dans cette frappe, il ne s’agit pas d’une violation des « lignes rouges » établies pour son utilisation, parce que c’est « un humain qui a pris l’ultime décision, pas Claude ».