• 27 oct 2026
  • Égypte
  • Communiqué de presse

Égypte. La décision de justice ordonnant la fermeture de Mada Masr et lui infligeant une amende est une atteinte dévastatrice à la liberté de la presse

En réaction à l’information selon laquelle le tribunal correctionnel du Nouveau-Caire a condamné mardi 27 octobre la rédactrice en chef Lina Attalah, pour exploitation d’un site web sans autorisation, et a ordonné la fermeture du média indépendant de renom Mada Masr et le placement de Lina Attalah en garde à vue, dans l’attente du paiement d’une amende de trois millions de livres égyptiennes (54 467 dollars étasuniens), le montant maximum, Yasmine Ahmed, directrice générale chargée de l’impact régional à Amnistie internationale, a déclaré : 

« Cette décision porte un coup terrible à la liberté de la presse en Égypte et marque un jour sombre pour le journalisme indépendant dans le pays. En imposant une amende de 3 millions de livres égyptiennes, en ordonnant la fermeture de Mada Masr et la saisie de ses biens, et en plaçant Lina Attalah en détention jusqu’au paiement de cette amende, les autorités égyptiennes envoient un message clair et impitoyable : les reportages critiques et indépendants ne seront pas tolérés.  

« Cette décision draconienne est l’aboutissement d’années de harcèlement incessant et de procédures injustes visant à faire taire l’une des dernières voix médiatiques indépendantes du pays. Lina Atallah n’aurait jamais dû être poursuivie pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression et accompli son travail de journaliste. Les autorités égyptiennes doivent immédiatement annuler cette décision scandaleuse, mettre fin à la fermeture forcée de Mada Masr et cesser la persécution systématique des journalistes. 

« Mada est l’un des médias les plus courageux et résolument indépendants du pays, et ses journalistes ont continué à relayer l’information de manière professionnelle et à fonctionner en toute transparence. Ce média a essayé plusieurs fois d’obtenir une licence depuis l’adoption de la nouvelle loi sur les médias en 2018, mais les autorités ont systématiquement rejeté ou ignoré ses demandes. 

« La rapidité avec laquelle l’enquête et le procès ont été programmés, et le refus du juge d’ajourner l’audience du 27 octobre afin d’accorder suffisamment de temps aux avocats pour se préparer, ainsi que son rejet de toutes les autres requêtes de la défense, notamment concernant la possibilité de soumettre de nouveaux documents ou de convoquer des témoins, suscite de sérieux doutes quant au respect d’une procédure régulière.   

« La fermeture d’un média ne constitue en aucun cas une réaction proportionnée à une activité n’ayant pas obtenu l’autorisation du gouvernement. Les normes internationales relatives aux droits humains indiquent clairement que les systèmes d’enregistrement ne doivent pas être utilisés comme un mécanisme de restriction préalable, ou pour sélectionner les médias que les gouvernements apprécient et ceux qu’ils souhaitent réduire au silence. 

 « La décision de ce 27 octobre survient à un moment où le journalisme indépendant est attaqué en Égypte, et quelques semaines à peine après l’arrestation arbitraire de six journalistes de Matsadaash, plateforme de vérification des faits, sur fond de blocage continu de centaines de sites d’information et d’organisations de la société civile à travers le pays. » 

Complément d’information  

Mada a fonctionné pendant des années en toute transparence en tant qu’entreprise à but non lucratif, tout en essayant depuis 2018 de se faire enregistrer en vertu de la loi de 2018 sur la réglementation de la presse, des médias et du Conseil supérieur de régulation des médias. Mada a effectué une demande de licence à deux reprises, en 2018 et 2020, mais n’a reçu aucune réponse du Conseil supérieur de régulation des médias (SCMR), l’organe gouvernemental de surveillance des médias. 

En 2022, Mada a appris que le SCMR a rejeté sa demande sans fournir d’explication. Cette même année, Mada a formé un recours contre ce refus devant la justice, mais a plus tard perdu le procès. Lors d’une audience en 2023, le SCMR a exposé ses raisons pour la première fois. Mada a effectué une nouvelle demande cette année et a soumis tous les documents qui manquaient au dossier selon le SCMR, mais n’a jamais reçu de réponse.  

Cette décision fait suite à des années de harcèlement et d’actes d’intimidation visant Lina Atallah, en sa qualité de rédactrice en chef de Mada Masr, qui a fait l’objet de six enquêtes ces six dernières années pour sa couverture de l’actualité. Le plus récemment, le 4 août 2025, les autorités ont convoqué Lina Atallah pour l’interroger au sujet d’accusations infondées, notamment « diffusion de fausses nouvelles » et « gestion d’un site Internet sans licence », au sujet d’un article publié le 31 juillet 2025 sur la détérioration des conditions à la prison Badr 3. Elle a été libérée sous caution en attendant les conclusions de l’enquête.  

 D'après le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), au moins 18 journalistes sont actuellement incarcérés en Égypte. Des centaines de sites Internet sont toujours bloqués dans le pays, dont celui de Mada Masr, d’autres médias et d’ONG indépendantes.