• 6 fév 2026
  • Cuba
  • Communiqué de presse

Cuba. Des personnes en détention pour des raisons d’opinion et leurs proches font l’objet d’un harcèlement croissant

Le harcèlement croissant et la détérioration de la santé de personnes détenues pour avoir exercé leurs droits fondamentaux mettent en évidence des schémas persistants prenant la forme de mesures de répression et de pratiques autoritaires. 

Amnistie internationale exprime sa profonde préoccupation face à la récente augmentation des détentions arbitraires, de la surveillance illégale et des manœuvres de harcèlement visant des proches de personnes prisonnières d’opinion et de personnes liées à des cas emblématiques de répression étatique à Cuba. Ces faits récents surviennent dans un contexte marqué par la détérioration de la santé et des conditions de détention de diverses personnes emprisonnées uniquement pour avoir exercé leurs droits fondamentaux.  

« La surveillance constante de logements, les détentions arbitraires de courte durée et la restriction injustifiée de tout déplacement s’inscrivent parmi les pratiques autoritaires systématiques que l’État cubain emploie afin de punir et décourager la moindre forme d’opposition », a déclaré Johanna Cilano, spécialiste des Caraïbes à Amnistie internationale.  

 

Harcèlement contre les proches  

L’organisation a reçu et confirmé des informations relatives à des opérations de sécurité incluant des dispositifs de police autour de logements, une surveillance permanente, des restrictions indues à la liberté de mouvement, ainsi que des menaces, dont ont fait l’objet des familles de prisonniers et prisonnières d’opinion, ainsi que des militant·e·s et des opposant·e·s. Ces pratiques autoritaires cherchent à intimider, isoler et réduire au silence celles et ceux qui réclament le respect des droits humains, des soins médicaux ou la libération de leurs proches. 

Amnistie internationale considère qu’il est particulièrement grave que ces mesures visent des mères, des pères et d’autres proches dont la seule « infraction » a été de dénoncer publiquement des violations des droits humains ou de réclamer des soins médicaux et des solutions humanitaires pour des êtres chers se trouvant en détention. 

Ces actes sont commis en l’absence de la moindre décision de justice, sans aucune information concernant leur fondement juridique, ni mécanisme permettant de les contester, en violation claire des garanties minimales d’une procédure régulière.   

Risques pour la santé de prisonniers et prisonnières d’opinion  

L’organisation réitère son inquiétude face à l’état de santé alarmant de diverses personnes placées en détention pour des raisons d’opinion. Loreto Hernández García et Roberto Pérez Fonseca souffrent de maladies chroniques graves et leur santé s’est progressivement détériorée en prison. Malgré le fait que des médecins du système carcéral aient eux-mêmes confirmé la gravité de leur état, les autorités tardent à leur accorder des remises de peine pour raisons de santé, pourtant prévues par le droit cubain.  

« L’État est tenu de s’assurer que toutes les personnes en détention aient accès, sans discrimination, à des soins de santé adéquats et respectant les mêmes normes que dans le reste de la société. Tout déni ou retard dans les soins médicaux dont ont besoin des personnes privées de liberté est susceptible de constituer une violation de l’interdiction absolue de la torture et d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. Bloquer de manière arbitraire les procédures juridiques en vue de l’obtention d’une libération, pour raisons de santé, de personnes présentant des problèmes graves menace la vie et l’intégrité de ces personnes », a déclaré Johanna Cilano.   

Amnistie internationale reste vivement préoccupée par la situation de Donaida Pérez Paseiro, qui est atteinte de douleurs osseuses chroniques, et qui continue à souffrir faute de soins médicaux adéquats, et en raison du fait que ses contacts avec ses enfants soient limités de manière indue.  

La situation de Félix Navarro Rodríguez continue à être particulièrement alarmante. Il est maintenu à l’isolement de manière prolongée, avec un accès limité à l’air libre, tandis que son état de santé est entouré d’un secret absolu. Après qu’il a subi des examens médicaux le 12 janvier dernier, ni lui ni sa famille n’ont reçu d’information sur les résultats, alors qu’il présentait des symptômes correspondant à la tuberculose.  

Transfert de Maykel Castillo Pérez (Maykel « Osorbo »)  

Amnistie internationale a été informée du transfert récent de Maykel Castillo Pérez à la prison connue sous le nom de Kilo 8, dans la province de Pinar del Río, sans qu’aucune raison ni information pertinente n’aient été fournies à ses proches, ce qui a suscité incertitudes et craintes au sein de sa famille. Durant la visite de sa famille ayant précédé ce transfert, la conversation s’est déroulée sous surveillance stricte, avec la présence constante d’un garde ayant observé et écouté tous les échanges, ce qui suscite des inquiétudes quant au droit au respect de la vie privée et au droit d’être en contact avec sa famille sans faire l’objet d’actes d’intimidation. 

Autres situations particulièrement préoccupantes  

Sayli Navarro Álvarez reste pour sa part confinée dans des conditions menaçant son intégrité physique, car elle est maintenue en détention aux côtés de prisonnières de droit commun considérées comme très dangereuses, dans une prison ne fournissant en outre pas d’accès régulier à l’eau potable. Les autorités ont refusé à plusieurs reprises de lui accorder des remises de peine pour des motifs idéologiques de « rééducation ».  

Amnistie internationale suit de près le cas de Luis Manuel Otero Alcántara, et espère sa libération immédiate. Luis Manuel Otero Alcántara purge actuellement une peine de cinq ans d’emprisonnement à la prison de haute sécurité de Guanajay, et devrait être remis en liberté en juillet 2026.  

Amnistie internationale exhorte les autorités cubaines à libérer immédiatement et sans condition tous les prisonniers et prisonnières d’opinion, et à mettre fin aux détentions arbitraires, à la surveillance illégale, au harcèlement et à d’autres pratiques autoritaires, tout en garantissant des soins médicaux adéquats dans les meilleurs délais, conformément aux normes internationales.