• 23 juin 2021
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Samir Shaheen-Hussain | « Pour en finir avec le colonialisme médical canadien »

Article
Par Samir Shaheen-Hussain
Pédiatre-urgentiste

La Coalition Avenir Québec (CAQ) a depuis longtemps refusé de reconnaître la réalité du racisme systémique au Québec. À ce jour, le gouvernement n’a pas adopté le Principe de Joyce, même si c’est précisément le racisme systémique anti- autochtone qui a tué Joyce Echaquan en septembre 2020. 

Le premier ministre François Legault a maintes fois répété qu’il ne veut pas faire le procès du peuple québécois en parlant du racisme systémique. Or, l’ancien sénateur et juge Murray Sinclair, qui a présidé la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, rejette une telle affirmation et offre une perspective éclairante à ce sujet. Selon lui : le racisme systémique est le racisme qui reste après qu’on se soit débarrassé des racistes. 

Les préjudices systémiques subis par les communautés autochtones, notamment les enfants, sont facilement démontrables. Au Canada, la mortalité infantile des Inuits est près de trois fois plus élevée que celle des nourrissons non autochtones. Le taux de mortalité des jeunes de 10 à 19 ans ayant le statut de Première Nation est au moins deux fois plus élevé que la moyenne canadienne. Chez les filles autochtones âgées de 15 à 19 ans vivant dans les réserves, ce taux est presque cinq fois plus élevé. Au Québec, le taux de mortalité infantile dans le territoire Eeyou Istchee est environ quatre fois plus élevé que celui du Québec en général et celui du Nunavik est jusqu’à six fois plus élevé. Ces disparités découlent des injustices ancrées dans les pratiques, les politiques et les lois canadiennes et québécoises.

Dans mon livre, Plus aucun enfant autochtone arraché. Pour en finir avec le colonialisme médical canadien, je désigne le concept de colonialisme médical comme « une culture ou une idéologie enracinée dans un racisme anti-autochtone systémique et faisant appel à des pratiques et à des politiques médicales pour établir, maintenir ou faire avancer un projet colonial génocidaire ». 

Cette définition se base sur des publications des domaines des sciences sociales et de la médecine, notamment rédigées par des personnes de diverses communautés autochtones.

Depuis le 19e siècle, les systèmes de santé au Canada ont perpétré des crimes génocidaires contre les enfants autochtones, avec des médecins menant souvent la charge : les épidémies de variole fomentées et les morts évitables causées par la tuberculose ; les expérimentations médicales et les mauvais traitements infligés dans les pensionnats, les « hôpitaux indiens », les réserves et les communautés ; les stérilisations forcées et coercitives ; les enlèvements et les disparitions dans le système de soins, etc. Cette violence médicale ciblant les enfants autochtones correspond à chacun des cinq actes énumérés dans l’article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de l’Organisation des Nations Unies.

Un exemple d’une forme institutionnalisée de racisme a été récemment révélé : la pratique de non-accompagnement d’évacuations aéromédicales du Québec (ÉVAQ), qui séparait systématiquement des enfants de leurs familles lors de transfert médical d’urgence par avion-hôpital des régions rurales et éloignées pour des soins tertiaires à Montréal ou à Québec. Les collectivités autochtones, notamment les enfants Eeyous et Inuits du nord du Québec, étaient touchées de façon disproportionnée. La campagne « Tiens ma main », lancée en 2018, a pu mettre fin à cette pratique draconienne qui existait depuis les années 1980, permettant ainsi à des centaines d’enfants annuellement à travers la province d’être dorénavant accompagné·e·s d’un·e proche.

Les communautés autochtones paieront le prix du positionnement idéologique et préjudiciable de la CAQ tant que le gouvernement continuera de nier le racisme systémique dans le milieu sanitaire et ailleurs. Les enfants autochtones ne seront pas épargné·e·s. 

« Une société ne peut s'attaquer à des régimes de discrimination sans d'abord reconnaître leur existence.  »

— Samir Shaheen-Hussain

Cet article est extrait du Magazine AGIR spécial 60 ans d'Amnistie internationale. Pour en consulter l'intégralité, rendez-vous sur notre boutique !

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