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2019 : Malgré les nombreux dangers du monde, des militant·e·s des droits humains ont remporté des victoires toute l’année

 

Alors que les inégalités, l’injustice et les discours haineux semblent plus généralisés que jamais dans le monde, il serait pardonnable de penser que l’année 2019 a été une mauvaise année pour les droits humains. Pourtant, nous avons aussi remporté des victoires considérables. Des militant·e·s du monde entier se sont mobilisé·e·s pour se battre pour nos droits humains, et, grâce à leur travail de campagne acharné, nous avons obtenu plusieurs avancées remarquables. Voici certains des moments forts.

 

Janvier

Des services d’avortement légal ont enfin été mis à la disposition des femmes en Irlande, après le référendum historique de mai 2018, qui avait été une grande victoire pour les droits des femmes. Cela a été le résultat de nombreuses années de travail dévoué de militant·e·s, notamment d’Amnistie internationale, en vue d’encourager un dialogue fort, qui a joué un rôle de catalyseur pour le débat sur l’avortement en Irlande. Cela a permis une meilleure protection des personnes qui ont besoin d’un avortement dans le pays et a ouvert la voie à la même avancée en Irlande du Nord plus tard la même année.

Julián Carrillo, défenseur des droits humains de Coloradas de la Virgen, Chihuahua, Mexique, tué le 24 octobre 2018.

En hommage à Julián Carrillo, un militant en faveur de l’environnement assassiné en octobre 2018, nous avons lancé la synthèse Caught between bullets and neglect sur l’inaction du Mexique en ce qui concerne la protection des défenseur·e·s des droits humains liés à l’environnement. Quelques heures à peine après le lancement, les responsables présumés de l’assassinat de Julián Carrillo ont été arrêtés, ce qui démontre l’impact immédiat que le travail d’Amnesty peut avoir sur la justice.

Le Parlement d’Angola a approuvé une révision du Code pénal prévoyant l’abrogation d’une disposition largement interprétée comme érigeant en infraction les relations sexuelles entre personnes de même sexe. Le Parlement est même allé plus loin, en érigeant en infraction la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Le pays a été le premier à prendre de telles mesures en 2019, et il s’agit d’une avancée considérable et encourageante pour une nation africaine.

Février

Après avoir passé 76 jours en détention en Thaïlande, le footballeur réfugié Hakeem el Araibi a pu rentrer chez lui à Melbourne le 12 février. Le footballeur originaire de Bahreïn avait été arrêté à son arrivée à Bangkok le 27 novembre 2018, en raison d’une notice rouge détournée d’Interpol, et risquait d’être extradé vers Bahreïn. Une campagne menée par Amnesty et d’autres groupes appelant à la libération du footballeur, qui est un détracteur pacifique notoire des autorités bahreïnites, a donné naissance au mouvement #SaveHakeem. La campagne, menée sur trois continents, s’adressait aux footballeurs, aux athlètes olympiques et aux célébrités et a obtenu le soutien de plus de 165 000 personnes.

Grâce à l’attention de la communauté internationale et au travail de campagne d’Amnesty, les autorités saoudiennes ont annulé l’exécution de la militante saoudienne Israa al Ghomgham requise par le ministère public pour des accusations liées à sa participation pacifique à des manifestations. Israa al Ghomgham encourt toujours une peine de prison et Amnesty continue de faire campagne en faveur de sa libération immédiate et inconditionnelle.

Mars

Vitalina Koval

En Ukraine, un rassemblement organisé par la défenseure des droits humains Vitalina Koval à Oujgorod, dans l’ouest de l’Ukraine, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes s’est déroulé pacifiquement et les manifestant·e·s ont été protégé·e·s par la police. L’événement a marqué un changement majeur dans la région, car les précédents rassemblements de ce type organisés par Vitalina Koval les années précédentes avaient été la cible de groupes d’extrême droite, et les participant·e·s n’avaient pas été protégé·e·s par la police.

AFRICOM a admis pour la première fois que les frappes aériennes avaient fait des blessés et des morts parmi les civils en Somalie, après la publication du rapport d’Amnesty intitulé The Hidden US War in Somalia: Civilian casualties of US air strikes in Lower Shabelle. Après la publication de ce rapport, des documents militaires américains ont été dévoilés, confirmant que les autorités américaines avaient été informées d’autres allégations de victimes parmi les civils liées à leurs frappes aériennes en Somalie.

Goulzar Douichenova et ses fils dans la cour de sa maison

Goulzar Douichenova défend depuis des années les droits des personnes en situation de handicap au Kirghizistan. En mars 2019, sa persévérance a fini par payer quand le Kirghizistan a enfin signé la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Des militants et militantes d’Amnesty avaient envoyé près de 250 000 messages pour soutenir Goulzar.

En Irak, quelques jours après qu’Amnesty et d’autres ONG eurent tiré la sonnette d’alarme quant à une loi relative à la cybercriminalité qui aurait gravement entravé la liberté d’expression, le Parlement irakien a retiré le projet de loi, informant Amnesty que « ses inquiétudes avaient été entendues ».

Avril

En avril, l’amour a triomphé, lorsqu’une interdiction de tous les événements LGBTI à Ankara, en Turquie, a été levée par une cour d’appel administrative. « C’est un tournant pour les droits des personnes LGBTI en Turquie et une grande victoire pour les militant·e·s en faveur des droits des personnes LGBTI : l’amour a une fois de plus triomphé », a déclaré Fotis Filippou, directeur des campagnes pour l’Europe à Amnistie internationale.

Le tribunal de district de La Haye a rendu un jugement provisoire en faveur d’Esther Kiobel et de trois autres femmes qui s’opposent à Shell, l’une des plus grandes entreprises pétrolières du monde, et se battent pour obtenir justice. Esther poursuit l’entreprise en justice depuis plus de 20 ans en raison du rôle qu’elle affirme que Shell a joué dans l’exécution de son mari au Nigeria. Amnesty a partagé plus de 30 000 messages de solidarité avec Esther Kiobel et soutient son affaire Esther Kiobel c. Shell à La Haye. Après cette audience, le tribunal a entendu, pour la première fois en octobre 2019, les témoignages de personnes accusant Shell de leur avoir proposé des pots-de-vin, sur la base desquels les « neuf Ogonis » - dont le mari d’Esther Kiobel - ont été condamnés à mort et exécutés.

Le président de Guinée équatoriale Teodoro Obiang Nguema a annoncé que son gouvernement présenterait une loi en vue de l’abolition de la peine de mort.

Mai

Taiwan est devenu le premier pays en Asie à légaliser le mariage entre personnes de même sexe, lorsque le pays a adopté une loi historique le 17 mai. Les premiers mariages entre personnes de même sexe ont eu lieu le 24 mai. Amnesty faisait campagne depuis des années avec des groupes de défense des droits des personnes LGBTI de Taiwan dans le but d’obtenir ce résultat. Nous travaillons maintenant en vue de mettre fin à toute discrimination des personnes LGBTI à Taiwan.

Le Qatar s’est engagé à modifier davantage son droit du travail à l’approche de la Coupe du monde 2022. La pression des groupes de défense des droits humains a également joué un rôle dans la décision de la FIFA de renoncer à augmenter à 48 le nombre d’équipes participant à la Coupe du monde, ce qui aurait nécessité de nouveaux pays d’accueil dans la région. Amnesty a travaillé avec une coalition d’ONG, des syndicats, des fans et des groupes de joueurs pour attirer l’attention sur les risques que cette augmentation aurait entraînés en termes de droits humains, notamment en ce qui concerne le calvaire des travailleurs migrants construisant de nouvelles infrastructures.

Juin

Greta Thunberg mène des étudiants lors de la septième marche pour le climat à Bruxelles

La militante pour le changement climatique Greta Thunberg et le mouvement de collégiens, de lycéens et d’étudiants Fridays for Future ont été récompensés par le prix Ambassadeur de la conscience 2019 d’Amnistie internationale. Le mouvement Fridays for Future a été lancé par Greta Thunberg, une adolescente suédoise qui a décidé en août 2018 de sécher l’école chaque vendredi pour protester devant le Parlement suédois jusqu’à ce qu’il prenne des mesures fortes pour lutter contre le dérèglement climatique.

La Grèce a enfin adopté une législation reconnaissant qu’un rapport sexuel non consenti est un viol et le gouvernement danois s’est engagé à faire de même. Ces mesures témoignent de la persévérance et du courage de victimes et de militant·e·s depuis plusieurs années et créent un véritable élan en Europe, qui fait suite à l’analyse publiée en 2018 par Amnesty sur les législations archaïques qui étaient toujours en place dans 31 pays européens et sur d’autres obstacles à l’accès à la justice pour les victimes de viol.

Le 1er juin 2019, les contraceptifs et les consultations de planning familial sont devenus gratuits au Burkina Faso. Cette évolution est considérée comme une conséquence de notre pétition Mon corps, mes droits de 2015 et du Manifeste d’Amnistie internationale pour les droits humains qui appelait à la mise en place de ces mesures. Une fois les obstacles financiers éliminés, les femmes du Burkina Faso auront plus facilement accès au contrôle des naissances et davantage de prise sur ce qui concerne leur corps.

Juillet

Manifestation pour l'ouverture du mariage aux couples de même sexe en Irlande du Nord

Le 22 juillet a marqué un jour inspirant et un tournant pour les militant·e·s en faveur des droits humains : le Parlement britannique a adopté un projet de loi historique légalisant le mariage entre personnes de même sexe en Irlande du Nord. Le projet imposait également au gouvernement britannique de légiférer sur une réforme sur l’avortement en Irlande du Nord, notamment sur sa dépénalisation, car l’Exécutif nord-irlandais (le gouvernement d’Irlande du Nord) ne s’était pas réuni depuis trois mois.

En juillet également, lors d’une audience devant le Congrès des États-Unis, un haut dirigeant de Google a donné la première confirmation aussi claire que l’entreprise avait « mis fin » au projet Dragonfly, son programme secret de développement d’un moteur de recherche qui faciliterait la surveillance et la censure répressives d’Internet par le gouvernement chinois. Cette décision résulte en partie de la campagne #DropDragonfly d’Amnesty et de la mobilisation de centaines de membres du personnel de Google.

Le 22 juillet, le défenseur des droits humains et dirigeant bédouin de premier plan de 70 ans Sayyah Abu Mdeighim al Turi a été libéré de prison en Israël, après avoir passé sept mois en détention en raison de son militantisme en faveur de la protection des droits humains et fonciers des Bédouins. Sayyah Abu Mdeighim al Turi a remercié Amnistie internationale et toutes les personnes qui se sont mobilisées en sa faveur : « Je vous remercie tous beaucoup pour avoir défendu les droits de mon peuple et être intervenus pour la protection de nos terres. Pendant mon emprisonnement, j’ai ressenti et entendu votre soutien haut et fort, et cela a énormément compté pour moi. »

Août

Le blogueur mauritanien Mohamed Mkhaïtir, qui avait été condamné à mort et maintenu en détention arbitraire pendant plus de cinq ans pour avoir publié un billet de blog sur la discrimination liée aux castes, a été libéré.

Mohamed Mkhaitir

En août, l’Arabie saoudite a annoncé d’importantes réformes pour alléger certaines des sévères restrictions imposées aux femmes au titre du système de tutelle masculine, notamment en leur accordant le droit d’obtenir un passeport, ce qui devrait leur donner la possibilité de voyager sans la permission d’un tuteur de sexe masculin. Les modifications accordent également aux femmes le droit de déclarer des mariages, des divorces, des naissances et des décès et d’obtenir des livrets de famille. Bien que nous nous réjouissions de ces évolutions, des personnes faisant campagne pour les droits des femmes sont toujours emprisonnées et nous devons faire tout ce que nous pouvons pour lutter pour leur libération.

Septembre

Un événement en faveur d'Ahmed H à Budapest

Le ressortissant syrien Ahmed H. a enfin été autorisé à rentrer chez lui, après avoir passé plus de quatre ans en détention en Hongrie, d’abord en prison, puis dans un centre de détention pour migrants. Il avait été arrêté pour des accusations liées au terrorisme, après avoir été pris dans des affrontements à la frontière hongroise. À ce moment-là, il aidait ses parents âgés, qui fuyaient la Syrie et passaient la frontière hongroise en tant que réfugiés. La campagne #BringAhmedHome avait mobilisé 24 000 personnes appelant Chypre à autoriser Ahmed à retrouver sa famille.

Un tribunal de Tunis a mis la militante Maissa al Oueslati, 18 ans, hors de cause pour toutes les charges qui avaient été retenues contre elle. La jeune fille avait fait l’objet d’accusations forgées de toutes pièces qui auraient pu lui valoir jusqu’à quatre ans d’emprisonnement. Maissa al Oueslati et son frère, âgé de 16 ans, avaient été arrêtés de façon arbitraire par la police au mois de septembre pour avoir filmé un manifestant qui menaçait de s’immoler par le feu devant un poste de police.

Octobre

À minuit le mardi 22 octobre, après une tentative de dernière minute du Parti unioniste démocrate (DUP) de renverser le projet de loi, le mariage entre personnes de même sexe a été légalisé en Irlande du Nord et l’avortement a été dépénalisé. Toutes les poursuites engagées ont été abandonnées, y compris celles contre une mère qui était poursuivie pour avoir acheté sur Internet des pilules abortives pour sa fille alors âgée de 15 ans.

Grainne Teggart, chargée de campagne sur l’Irlande du Nord à Amnistie internationale, a déclaré qu’il s’agissait du début d’une nouvelle ère pour l’Irlande du Nord, dans une nation libérée des lois répressives qui régissent les décisions sur le corps et la santé des personnes. « Enfin, nos droits humains entrent dans le 21e siècle. Cela mettra fin aux souffrances de nombreuses personnes. Nous pouvons maintenant espérer un avenir plus égal et compatissant dans lequel nos choix sont respectés. »

Novembre

Le journaliste kurde iranien primé Behrouz Boochani est arrivé en Nouvelle-Zélande avec un visa de visiteur obtenu grâce au parrainage d’Amnistie internationale, pour participer à un événement organisé par WORD Christchurch. C’est la première fois que Behrouz Boochani, connu pour avoir dénoncé les violations des droits humains depuis l’intérieur des centres de détention pour réfugiés du gouvernement australien, est sorti de Papouasie-Nouvelle-Guinée depuis son placement en détention sur l’île de Manus en 2014.

Dr Scott Warren

Un tribunal d’Arizona a déclaré le bénévole humanitaire Scott Warren non coupable des charges liées à l’aide qu’il a apportée à des migrants à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Pierre Mumber, un guide de haute montagne français ayant offert du thé et des vêtements chauds à quatre demandeurs d’asile originaires d’Afrique de l’Ouest dans les Alpes, a été acquitté des accusations d’« aide à l’entrée irrégulière d’un étranger ».

Décembre

Alberto Fernández a pris ses fonctions de président de l’Argentine le 10 décembre. Après son élection, il avait annoncé qu’il s’engagerait en faveur de la légalisation de l’avortement dès qu’il prendrait ses fonctions, déclarant : « Il s’agit d’un problème de santé publique que nous devons régler. »

La Commission philippine des droits humains a annoncé que 47 entreprises du secteur des énergies fossiles et grandes émettrices de carbone pourraient être amenées à répondre de violations des droits des habitant·e·s du pays pour les dégâts provoqués par le changement climatique. Cette décision historique ouvre la porte à d’autres actions en justice, et même à des enquêtes judiciaires, au terme desquelles les entreprises exploitant les énergies fossiles et d’autres grands pollueurs pourraient soit être obligés à payer des dommages et intérêts, soit voir leurs responsables condamnés à des peines d’emprisonnement pour les préjudices liés au changement climatique.

La Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’est prononcée contre l’interdiction faite par le gouvernement de Sierra Leone aux jeunes filles enceintes de passer des examens et de suivre des cours dans un établissement ordinaire et a ordonné sa révocation immédiate.

 

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Mis à jour le mercredi, 8 janvier 2020