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Afrique

Afrique australe. Bilan mitigé pour les droits humains en 2019

Deprose Muchena

L’année a débuté sur une note positive : en janvier, le Parlement angolais a adopté un code pénal décriminalisant les relations homosexuelles.

 

L’année 2019 a été marquée par plusieurs événements cruciaux ayant des répercussions sur les droits humains en Afrique australe. On a souvent le sentiment que le négatif éclipse le positif mais il serait plus juste de dire que la situation globale est mitigée.

L’année a débuté sur une note positive : en janvier, le Parlement angolais a adopté un code pénal décriminalisant les relations homosexuelles.

Cela a représenté une victoire pour les droits humains dans un pays où les lesbiennes, les gays et les personnes bisexuelles, transgenres et intersexes sont victimes d’agressions, de discrimination, de manœuvres d’intimidation et de harcèlement imputables à des acteurs tant étatiques que non étatiques.

Cette réforme juridique est la bienvenue mais il reste beaucoup à faire car les personnes ayant des relations homosexuelles continuent d’être la cible de violences homophobes.

Le début du mandat présidentiel de João Lourenço en 2017 a suscité espoir et optimisme quant à la perspective d’une protection accrue des droits humains en Angola. Cependant, les droits aux libertés d’expression et de réunion pacifique demeurent menacés. Les forces de sécurité ont été utilisées pour étouffer la dissidence, notamment la semaine dernière dans la province de Cabinda, où la police a eu recours à une force excessive pour disperser un défilé pacifique en faveur de l’indépendance. Il est important que João Lourenço maintienne l’optimisme des premiers jours, y compris en tolérant la dissidence et l’exercice des droits civils et politiques par tous et toutes.

Au Botswana, la Haute Cour a statué en faveur de la dépénalisation des relations consenties entre personnes du même sexe. Le pays a ainsi dit « non » à l’intolérance et à la haine et « oui » à l’espoir et à l’égalité entre toutes les personnes.

Néanmoins, le recours à la peine de mort va à l’encontre de la tendance régionale et mondiale à l’abolition. Le président nouvellement élu, Mokgweetsi Masisi, a signé l’ordre d’exécution de Mooketsi Kgosibodiba, qui a été pendu le 2 décembre. Cet homme, détenu à la prison de sécurité maximale de Gaborone, avait été déclaré coupable de meurtre en décembre 2017.

En mars, la région a subi l’une des pires catastrophes naturelles de son histoire : le cyclone Idai, qui a touché le Malawi, le Mozambique et le Zimbabwe. Des logements ont été démolis : les toitures ont été arrachées par la tempête et les murs se sont effondrés, alors même que des familles se trouvaient encore à l’intérieur. Plus de 1 000 personnes sont mortes et trois millions d’autres se sont retrouvées privées de nourriture, d’eau, d’abri et d’infrastructures. Il reste beaucoup en jeu pour les personnes concernées, dont les droits à un logement convenable, l’alimentation, l’eau, la santé et l’éducation demeurent restreints. Les États peinent à assumer le coût de la reconstruction et la communauté internationale n’a pas mobilisé l’appui nécessaire pour aider les victimes à se rétablir.

Au Malawi, les personnes albinos continuent de vivre dans la peur. Les parties de leur corps sont recherchées car elles apporteraient richesse et chance. Toutefois, le gouvernement est disposé à travailler avec des organisations de la société civile pour mettre fin à cette pratique, notamment en adoptant un plan d’action national pour combattre les crimes contre ce groupe vulnérable. Dans ce cadre, certaines affaires d’homicide non résolues ont donné lieu à des poursuites. En outre, un budget a été affecté à la mise en œuvre du plan.

Cependant, le ministre de la Sécurité intérieure, Nicholas Dausi, a déclaré que les agressions de personnes albinos n’avaient pas encore atteint un seuil critique. Pourtant, plus de 20 personnes ont été tuées et plus d’une centaine de crimes, dont des tentatives de meurtre et des enlèvements, ont été commis contre des personnes albinos depuis novembre 2014.

Les déclarations de Nicholas Dausi négligent la détresse de personnes comme Yasin Phiri, qui a été tué à Kande, dans le district de Nkhata Bay. Dans la nuit du 31 décembre 2018, huit personnes ont fait irruption dans sa maison et l’ont massacré sous le regard horrifié de son fils de neuf ans, George. Selon les témoins, les agresseurs ont tranché les bras de Yasin Phiri, arraché ses dents du bas, coupé ses parties intimes et prélevé un de ses poumons.

En Zambie, des personnes se sont unies pour s’opposer à l’érosion de leurs droits fondamentaux. La société civile est parvenue à contester les efforts déployés par le gouvernement pour modifier le projet de loi n° 10, texte controversé dont l’objectif était de conférer davantage de pouvoirs au président, notamment en affaiblissant le rôle du pouvoir judiciaire. Le projet de loi n’a pas été transmis à l’Assemblée nationale pour de nouvelles consultations.

Par ailleurs, la charge contre la liberté des médias en Zambie s’est poursuivie en 2019 : les autorités ont continué à surveiller de près les médias privés travaillant en toute indépendance. Le 4 mars, l’autorité nationale de régulation des médias a suspendu la chaîne indépendante payante Prime TV pour 30 jours, au motif que celle-ci n’avait pas respecté les termes de sa licence.

Au Zimbabwe, tout au long de l’année, les forces de sécurité se sont montrées impitoyables à l’égard de quiconque osait s’exprimer ouvertement ou manifester pour revendiquer ses droits socioéconomiques. En janvier, les autorités ont réprimé les manifestations contre la hausse du prix du carburant et commis à cette occasion de graves violations des droits humains, y compris des homicides et des actes de torture.

En août, la police a agressé des manifestant·e·s pacifiques qui s’étaient réunis à Harare pour dénoncer la faim et la baisse du niveau de vie. La réaction de la police illustre jusqu’où les autorités sont prêtes à aller pour réprimer la dissidence.

Tout au long de l’année 2019, plusieurs pays, de l’Angola au Zimbabwe, ont invoqué la sécurité nationale pour justifier des violations des droits humains. En réalité, il n’existe pas de sécurité ou de souveraineté nationale sans les personnes dont les droits humains sont en jeu.

De toute évidence, certaines personnes n’étaient pas prêtes à assister sans réagir aux violations de leurs droits humains.

Deprose Muchena est directeur régional pour l’Afrique australe à Amnistie internationale

 

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Mis à jour le mardi, 7 janvier 2020