• 20 Mar 2026
  • Russie
  • Communiqué de presse

Russie. Trois poètes incarcérés pour avoir lu leurs œuvres en public sont des prisonniers d'opinion

Commentant la désignation par Amnistie internationale en tant que prisonniers d’opinion d’Artiom Kamardine, Egor Chtovba et Nikolaï Daïneko, trois poètes emprisonnés en 2022 pour avoir lu en public leurs poèmes anti-guerre, Marie Struthers, directrice pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale à Amnistie internationale, a déclaré :  

« Quel crime ces hommes ont-ils commis ? Lire de la poésie en public ne saurait en aucun cas menacer la sécurité nationale, d’autant que leurs poèmes n'exprimaient pas de formes interdites de haine ni d'appels à la violence. Bien au contraire : leur message dénonçait la violence et la guerre d'agression menée par la Russie. Leur incarcération n'est rien d'autre qu'une mesure de représailles pour avoir osé exprimer leurs opinions. 

« Ce qui est encore plus scandaleux, ce sont les actes de torture, notamment les violences sexuelles dont Artiom Kamardine a été victime, et leur maintien en détention dans des conditions inhumaines ou dégradantes. 

« Artiom Kamardine, Egor Chtovba et Nikolaï Daïneko sont des prisonniers d’opinion, incarcérés uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression. Les autorités russes doivent les libérer immédiatement et sans condition et annuler leurs condamnations. Les allégations de torture et de mauvais traitements doivent faire l’objet d’enquêtes rapides, indépendantes et efficaces, en vue de traduire en justice les responsables présumés dans le cadre de procès équitables. » 

Complément d’information 

Cette affaire a débuté avec les lectures de poésie anti-guerre organisées le 25 septembre 2022 devant le monument en hommage au poète Vladimir Maïakovski, sur la place Maïakovskaïa à Moscou. 

Le 28 septembre 2022, Artiom Kamardine, Egor Chtovba et Nikolaï Daïneko ont été placés en détention provisoire en tant que suspects dans une affaire pénale pour « incitation à la haine ou à l'inimitié avec menace de violence » (article 282.2-a du Code pénal russe). Artiom Kamardine aurait été soumis à des actes de torture, y compris des violences à caractère sexuel, lors de son arrestation et de la perquisition de son appartement. Malgré des blessures avérées, il s'est vu refuser des soins médicaux adéquats. Tous trois ont été inculpés en octobre 2022. L'accusation a ensuite été modifiée en « incitation à la haine en tant que groupe organisé » (article 282.2-v). En mars 2023, ils ont également été inculpés d’« incitation à agir en vue de porter atteinte à la sécurité de l’État » (article 280.4-3). 

En décembre 2023, Artiom Kamardine et Egor Chtovba ont été condamnés respectivement à sept ans et cinq ans et demi d'emprisonnement. En mai 2023, Nikolaï Daïneko, qui avait plaidé coupable, a été condamné à quatre ans d’incarcération dans une colonie pénitentiaire. Leurs sentences ont par la suite été confirmées en appel.