• 9 avr 2026
  • Liban
  • Communiqué de presse

Liban. Il faut exiger en urgence la protection des civil·e·s, alors que le nombre de morts augmente à la suite de l’intensification des attaques israéliennes

En réaction à l’intensification sans précédent des attaques de l’armée israélienne, qui a déclaré avoir mené la « plus vaste campagne coordonnée de frappes » mercredi 8 avril, bombardant 100 sites à travers le Liban en 10 minutes, et tuant et blessant des centaines de personnes, Heba Morayef, directrice régionale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnistie internationale, a déclaré :

« Quelques heures à peine après que le monde a accueilli avec prudence la nouvelle d’un cessez-le-feu conclu par les États-Unis et Israël avec l’Iran, le cauchemar que traversent les civil·e·s au Liban a basculé dans l’horreur. Mercredi 8 avril a été le jour le plus meurtrier depuis le début de la reprise des combats le 2 mars, avec des bombardements aériens intenses à travers le sud du Liban, la vallée de la Békaa et dans des zones civiles densément peuplées du centre de Beyrouth - souvent sans avertissement. Submergés par le nombre de blessé·e·s qui leur parviennent, des hôpitaux ont lancé des appels pour des dons de sang.

« Même avant l’attaque du 8 avril, que l’armée israélienne a nommée opération "Ténèbres éternelles", plus de 1 500 personnes avaient été tuées et plus d’un million d’autres déplacées à travers le pays. Les civil·e·s du Liban paient déjà un prix intolérable, des enfants, des professionnel·le·s de santé et des journalistes figurant parmi les morts. Les attaques les plus récentes ne feront qu’alourdir ce coût humain dévastateur.

« Nous rappelons la nécessité urgente qu’Israël respecte les obligations qui sont les siennes en vertu du droit international humanitaire et veille à ce que les civil·e·s soient protégés. Le bilan d’Israël en la matière est affligeant puisqu’il mène régulièrement des attaques illégales contre le Liban et fait preuve d’un mépris flagrant pour les vies civiles, alimenté par l’impunité dont les responsables israéliens pensent qu’ils bénéficient.

« La récente mise en garde émanant du porte-parole de l’armée israélienne, selon laquelle le Hezbollah a quitté la banlieue sud de Beyrouth pour le nord de la ville et des zones mixtes de celle-ci font craindre de nouvelles attaques dans des zones civiles. Les forces israéliennes sont tenues de respecter leurs obligations découlant du droit international humanitaire et d’opérer une distinction entre les civil·e·s et objectifs militaires, et de s’abstenir catégoriquement de lancer des attaques directes contre des civil·e·s et des biens de caractère civil, ainsi que des attaques disproportionnée et menées sans discernement. Elles doivent prendre toutes les mesures possibles afin de limiter les dommages aux civil·e·s et aux infrastructures civiles, notamment en évitant l’utilisation d’armes explosives à large rayon d’impact dans des zones résidentielles densément peuplées. Tout manquement à ces obligations constitue une grave violation du droit international et expose les vies civiles à un danger imminent.

« Ces attaques nous rappellent que les États doivent immédiatement cesser de transférer des armes à Israël, compte tenu du risque prépondérant qu’elles soient employées pour commettre de graves violations du droit international humanitaire. »

Fatima, qui a été témoin d’une des attaques, a décrit les scènes dévastatrices qu’elle a observées après qu’une frappe s’est abattue sur le bâtiment situé en face de sa maison, dans le quartier de Salim Salam à Beyrouth :

« J’ai attrapé mon ordinateur portable et je me suis précipitée dans la rue. C’était apocalyptique. Des corps à terre. Du sang partout. J’ai vu d’innombrables adultes et enfants blessés. J’ai continué à marcher mais c’était la même scène dans les autres quartiers aussi. Je ne savais pas où aller. J’ai marché sans but en essayant de me rendre le plus loin possible. C’était un cauchemar. »

Complément d’information

Le 8 avril, l’armée israélienne a émis des avertissements pour la banlieue sud de Beyrouth, la ville de Tyr, et a réitéré des ordres d’évacuation de masse en direction du nord du fleuve Zahrani.

Vers 14 h 30, en à peine 10 minutes, l’armée israélienne a lancé une série d’attaques contre au moins 48 zones, notamment des quartiers résidentiels très peuplés et des infrastructures civiles, dans le sud et le nord du Liban, dans le Mont-Liban, dans la Békaa, ainsi que dans la banlieue et le centre de Beyrouth.  

L’armée israélienne a déclaré avoir effectué des frappes coordonnées visant « 100 centres de commandement et sites militaires du Hezbollah » situés « parmi la population civile ». Israel Katz, ministre israélien de la Défense, a décrit ces attaques comme « la frappe coordonnée la plus vaste que le Hezbollah ait subie depuis l’opération des bipeurs ».

Depuis 2024, Amnistie internationale a recueilli des informations sur l’utilisation par l’armée israélienne de phosphore blanc, et sur des explosions de masse sans discrimination par l’intermédiaire d’appareils électroniques. Les offensives israéliennes contre le Liban ont fait de très nombreuses victimes civiles et ont inclus des frappes aériennes illégales sur des quartiers résidentiels, ainsi que contre des journalistes, des établissements de santé, des ambulances et des secouristes.

L’organisation a également souligné que l’armée israélienne a causé des destructions et des dégâts de grande ampleur à des structures civiles et des terres agricoles dans le sud du Liban entre le 1er octobre 2024 et le 26 janvier 2025, qui ont continué bien après le cessez-le-feu de novembre 2024. Amnistie internationale a également recueilli des informations sur le lancement illégal par le Hezbollah de roquettes non guidées contre des zones civiles peuplées en Israël, causant la mort de civil·e·s et la destruction de logements civils.