Italie. Le procès du naufrage de Cutro débute après une nouvelle semaine meurtrière en Méditerranée
* Une délégation d’Amnistie internationale sera présente au procès et des porte-parole sont disponibles sur demande.
Le 30 janvier, six membres des garde-côtes et agents des douanes italiens vont être jugés pour ne pas avoir lancé les opérations de sauvetage qui auraient pu éviter un naufrage au cours duquel plus de 90 personnes ont trouvé la mort près de la ville de Cutro, dans le Sud de l’Italie, en février 2023.
Au moins 94 personnes, dont 34 enfants, se sont noyées dans les eaux territoriales italiennes près de Steccato di Cutro, en Calabre, lorsque le navire Summer Love a coulé à quelques mètres de la côte. Un nombre indéterminé de personnes qui étaient à bord ont également été portées disparues.
Plus de 50 survivant·e·s et proches de victimes, ainsi que de nombreuses ONG, se sont constituées parties civiles au procès. Amnistie internationale suivra les débats. Serena Chiodo, spécialiste des campagnes sur les migrations au sein d’Amnistie internationale Italie, sera présente au tribunal de Crotone.
« Ce procès tentera d’établir d’éventuelles responsabilités pénales individuelles pour la mort de dizaines de personnes, dont de nombreux enfants, ce qui est fondamental pour respecter le droit des survivant·e·s et des proches de victimes à la vérité, à la justice et à des réparations. Mais surtout, il permettra également de faire la lumière sur les défaillances systémiques et les décisions imprudentes des autorités italiennes qui pourraient avoir contribué à ces énormes pertes humaines », a déclaré Serena Chiodo.
D’après des documents officiels qui ont été divulgués à la suite du naufrage de Cutro, il est apparu au cours des dernières années que le gouvernement avait restreint abusivement la réponse aux appels de détresse concernant des navires transportant des personnes réfugiées et migrantes, ce qui pourrait avoir contribué à la catastrophe.
Le procès s’ouvre dans le contexte d’une série de naufrages meurtriers la semaine dernière, lors desquels des organes de l’ONU estiment que plusieurs centaines de personnes pourraient être mortes noyées en tentant de traverser la Méditerranée.
« Comme l’ont encore montré ces derniers jours, les naufrages meurtriers en Méditerranée sont une réalité brutale et persistante. La Méditerranée centrale continue d’être l’une des routes migratoires les plus dangereuses du monde, une situation exacerbée par l’incapacité des États européens à assurer des opérations de recherche et de sauvetage et par le maintien de la répression à l’encontre des navires de sauvetage des ONG par les autorités italiennes.
« Les personnes qui se sont noyées à Cutro pourraient être encore en vie si les autorités avaient agi conformément à leurs obligations en matière de recherche et de sauvetage. Moins de personnes seraient contraintes d’entreprendre un périple mettant leur vie en danger si les gouvernements d’Europe augmentaient nettement l’accès à des voies sûres et régulières pour les personnes qui fuient des situations désespérées. »
Complément d’information
Dans la nuit du 25 au 26 février 2023, un navire en bois transportant environ 200 passagers a coulé à quelques mètres de la côte dans la région italienne de la Calabre. Des pêcheurs locaux, comme Vincenzo, ont participé aux opérations de secours, mais pour de nombreuses personnes qui étaient à bord, il était déjà trop tard.
Le droit international impose aux États des obligations en matière de recherche et de sauvetage, notamment en prenant des dispositions pour coordonner rapidement les opérations de sauvetage et secourir les personnes en détresse en mer dans leur zone de responsabilité.
Une enquête de Lighthouse Reports a révélé que, quelques heures avant le naufrage, Frontex et les autorités italiennes disposaient d’informations qui auraient pu empêcher des noyades, notamment au sujet des mauvaises conditions météorologiques et de la présence probable de réfugié·e·s et de migrant·e·s dans la soute.
Amnistie internationale a pointé des manquements concernant la réaction des autorités italiennes après le naufrage et formulé des recommandations à leur intention dans son appel à revoir d’urgence les procédures de recherche et de sauvetage et les politiques en matière de visas.
Le 24 janvier, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a noté que la Méditerranée centrale restait « le couloir migratoire le plus meurtrier au monde », en dénombrant au moins 1 340 personnes ayant perdu la vie dans cette zone en 2025.