• 26 jan 2026
  • International
  • Communiqué de presse

Monde. L’utilisation abusive des « notices rouges » d’Interpol pour cibler des dissident·e·s est une grave faute institutionnelle

En réaction aux informations relayées par les médias selon lesquelles des États comme la Russie, la Turquie et le Tadjikistan instrumentalisent les « notices rouges » d'Interpol pour cibler des dissident·e·s politiques et réprimer des défenseur·e·s des droits humains, Erika Guevara-Rosas, directrice générale de la recherche, du plaidoyer, des politiques et des campagnes à Amnistie internationale, a déclaré : 

« Les informations parues dans les médias pointant le détournement des notices rouges d'Interpol, sans contrôle interne, pour cibler des dissident·e·s, des détracteurs et des militant·e·s, sont très préoccupantes. Amnistie internationale, des experts des Nations unies et d'autres organisations ont fait part de leurs inquiétudes face aux États qui se servent des mécanismes de police internationale à des fins politiques, et ont recensé des cas où des gouvernements se livrent à une répression transnationale vis-à-vis de défenseur·e·s des droits humains. 

« Les notices rouges ne doivent jamais être utilisées à des fins politiques et Interpol doit être disposé à suspendre les États qui détournent ses procédures. Ces révélations doivent faire l'objet d'une enquête urgente et indépendante. 

« Interpol n'a pas sanctionné ni même demandé des comptes aux États qui se livrent régulièrement à ces pratiques, ce qui fait planer le doute sur sa crédibilité en tant qu'institution. Interpol doit s'atteler à renforcer considérablement sa transparence. Le fait que ces manquements aient été révélés au grand jour grâce à un lanceur d'alerte est une condamnation sans appel de sa culture organisationnelle. Il est temps qu'Interpol assainisse ses activités et cesse de servir les intérêts politiques des États. » 

Le 26 janvier 2026, BBC World Service et Disclose ont révélé l'ampleur de l'utilisation abusive manifeste par certains États des listes de personnes recherchées par Interpol dans le but de cibler des dissident·e·s, des détracteurs et des militant·e·s à l'étranger. D’après leur analyse de milliers de dossiers fournis par un lanceur d'alerte, le service indépendant d'Interpol chargé des plaintes a reçu plus de plaintes concernant la Russie que tout autre État. Elles émanent généralement des personnes ciblées et ont conduit à l'annulation d'un plus grand nombre de notices pour la Russie que pour tout autre pays. 

Les notices rouges d'Interpol sont des requêtes adressées aux organes d’application des lois du monde entier afin de localiser et de placer en détention provisoire une personne dans l’attente de son extradition, de sa remise ou de toute action judiciaire similaire. Aux termes des statuts d'Interpol, « toute activité ou intervention dans des questions ou affaires présentant un caractère politique, militaire, religieux ou racial est rigoureusement interdite ». 

Ayant constaté l'utilisation abusive de ces notices à des fins politiques, Amnistie internationale invite les États et Interpol à examiner de plus près les demandes motivées par des considérations politiques. Elle continuera de mener campagne contre le détournement des mécanismes de police internationale et pour la protection des personnes exposées à des risques de violations des droits humains.