Monde. Les organes de l’ONU chargés de la lutte contre la drogue doivent prendre des mesures contre le recours illégal à la peine de mort pour les infractions à la législation sur les stupéfiants
L'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et la Commission des stupéfiants (CND) doivent prendre des mesures d'urgence, condamner le recours illégal à la peine de mort pour les infractions liées à la législation sur les stupéfiants et collaborer avec les États membres de l'ONU en vue d'abolir définitivement ce châtiment cruel, ont déclaré Amnistie internationale et Harm Reduction International à la veille de la Journée internationale contre l'abus et le trafic de drogues, le 26 juin.
Les exécutions liées à la législation sur les stupéfiants ont connu une forte augmentation ces dernières années, représentant plus de 40 % du nombre total d’exécutions comptabilisées dans le monde. Rien qu’en 2025, près de la moitié (1 257, soit 46 %) de toutes les exécutions recensées de manière indépendante par Amnistie internationale et Harm Reduction International concernaient ce type d’infractions, dans cinq pays : la Chine, l’Iran, le Koweït, l’Arabie saoudite et Singapour. Quant à l’Algérie, au Koweït et aux Maldives, ils ont pris des mesures législatives visant à élargir le champ d’application de la peine de mort afin d’y inclure les infractions liées à la drogue.
En outre, la Jordanie a repris les exécutions cette semaine, pour la première fois depuis neuf ans, et a ôté la vie à six personnes, tandis que le Premier ministre annonçait son intention d'étendre le champ d'application de la peine de mort à certaines infractions liées au trafic de drogue.
« La peine de mort est une pratique atroce qui n’a pas sa place dans le monde d’aujourd’hui. Alors que le nombre d’exécutions pour des infractions liées à la drogue atteint des niveaux choquants, nous déplorons le silence et l’inaction de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et de la Commission des stupéfiants (CND), qui vident de tout sens leur engagement affiché en faveur des droits humains, a déclaré Chiara Sangiorgio, experte d’Amnistie internationale sur la peine de mort.
« Tout recours à la peine de mort constitue une violation des droits humains. Mais il est interdit en vertu du droit international et des normes internationales de l’appliquer pour des infractions liées à la drogue. Il est grand temps que les organes des Nations unies chargés de superviser la politique internationale en matière de drogue s’attaquent aux préjudices causés par les pratiques punitives et érigent l’abolition de la peine de mort en priorité à l’échelle mondiale », a déclaré Catherine Cook, directrice exécutive de Harm Reduction International.
Chaque année, la publication du Rapport mondial sur les drogues, le 26 juin, offre à L'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) une tribune pour condamner le recours à la peine de mort en tant que moyen de lutter contre le trafic de stupéfiants, et pour recommander des mesures concrètes que les pays qui maintiennent ce châtiment pourraient adopter afin, dans un premier temps, de mettre leurs politiques nationales en conformité avec le droit international et les normes connexes. Jusqu’à présent, cela n’a pas suffi.
Dans une déclaration publique, Amnistie internationale, Harm Reduction International et 61 organisations appellent l’ONUDC à prendre plusieurs mesures concrètes et immédiates : inclure dans le Rapport mondial sur les drogues un chapitre spécifique consacré aux droits humains, des informations actualisées sur le recours à la peine de mort pour les infractions liées à la drogue, ainsi qu’un engagement explicite à promouvoir l’abolition de la peine de mort dans sa nouvelle stratégie.
« Appliquer la peine de mort pour les infractions liées à la drogue est illégal, arbitraire et discriminatoire, et il faut s’y attaquer de front. En tant que principal organe des Nations unies chargé de la lutte contre la drogue, l’ONUDC peut et doit jouer un rôle essentiel afin de changer de cap en matière d’exécutions, a déclaré Chiara Sangiorgio. Notre message aujourd’hui est clair : le monde entier observe, et nous continuerons de réclamer des mesures tant que l’ombre de la potence planera sur notre planète. »