France. La solution pour protéger les enfants en ligne n’est pas d’interdire, mais de modifier la conception des plateformes
En réaction à l’adoption par le Parlement français d’une loi interdisant aux enfants de moins de 15 ans d’accéder aux réseaux sociaux et restreignant l’utilisation des téléphones à l’école, Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnistie internationale, a déclaré :
« Il ne fait aucun doute que la régulation des plateformes est indispensable de nos jours pour protéger les enfants. Nous nous félicitons que les États prennent au sérieux les dégâts causés par les réseaux sociaux mais, plutôt que d’imposer des interdictions généralisées, il serait préférable de contraindre les plateformes à renoncer à leur recherche irresponsable du profit au détriment des droits humains.
« Une réponse ferme est nécessaire pour obtenir la construction de plateformes sûres. Pour que les plateformes deviennent des espaces où les enfants puissent accéder à des communautés, créer des liens et acquérir des savoirs de façon saine et sûre, les gouvernements doivent en premier lieu s’attacher à interdire les fonctionnalités préjudiciables, notamment les algorithmes fondés sur l’engagement, dont les recherches d’Amnistie internationale ont montré qu’ils pouvaient attirer les mineur·e·s dans des spirales de contenus dépressifs et suicidaires. Toute solution proposée doit aussi s’attaquer en amont à la menace croissante que constituent les robots conversationnels fonctionnant avec l’intelligence artificielle pour les droits et la sécurité des enfants.
« Si l’on se contente d’interdire, sans obliger les plateformes à modifier leurs algorithmes et leurs fonctionnalités addictives, les enfants qui parviendront à contourner les limites d’âge, les adolescent·e·s plus âgés et les adultes resteront exposés aux mêmes risques.
« Nous encourageons les législateurs et législatrices français, ainsi que les autres qui envisagent des interdictions de réseaux sociaux, à s’inspirer des récentes recommandations du Groupe spécial sur la sécurité des enfants en ligne de l’Union européenne (UE), qui conseille aux régulateurs·trices de prendre des mesures constructives pour combattre la conception préjudiciable des réseaux sociaux plutôt que d’adopter par défaut des interdictions généralisées.
« Ce groupe de travail a affirmé avec raison que le droit des enfants de participer à un environnement en ligne sûr était la base sur laquelle les gouvernements devaient s’appuyer dans ce débat. Les éventuelles interdictions de réseaux sociaux ne doivent être que des mesures temporaires mises en œuvre dans le cadre d’un programme visant à bâtir des réseaux sociaux différents, avec des principes de conception mettant l’accent sur la sécurité des mineur·e·s. »
Complément d’information
Le Parlement français a adopté mardi 21 juillet 2026 une loi interdisant aux enfants de moins de 15 ans d’accéder aux réseaux sociaux, ce qui fait de la France le premier pays de l’UE à prendre une telle mesure. Cette interdiction entrera en vigueur en septembre, date à partir de laquelle les moins de 15 ans ne pourront plus créer de comptes sur les réseaux sociaux. Elle s’appliquera ensuite aux comptes existants à partir de janvier 2027.
Les recommandations détaillées d’Amnistie internationale pour la protection des enfants en ligne sont disponibles dans ses deux rapports complémentaires sur ce sujet : Poussé·e·s vers les ténèbres. Comment le fil « Pour toi » de TikTok encourage l’automutilation et les idées suicidaires et « Je me sens vulnérable ». Pris·e·s au piège de la surveillance intrinsèque à TikTok.