• 14 Juil 2026
  • États-Unis
  • Article d'opinion

Monde. La communauté internationale doit faire front contre la campagne répréhensible des États-Unis visant à démanteler la CPI

En réaction à la campagne annoncée par le secrétaire d’État des États-Unis, Marco Rubio, pour « neutraliser systématiquement la capacité d’action » de la Cour pénale internationale (CPI), la secrétaire générale d’Amnistie internationale, Agnès Callamard, a déclaré :  

« L’attaque répréhensible du secrétaire d’État contre la CPI s’inscrit dans une longue série d’agressions existentielles et de plus en plus violentes du gouvernement de Donald Trump portant atteinte à l’idée même de justice internationale et d’ordre fondé sur des règles, ainsi qu’aux institutions internationales laborieusement mises en place au cours des 80 dernières années pour garantir la paix et la stabilité mondiales. Cette attaque coïncide avec le jour où la procureure adjointe de la CPI était en déplacement au Tchad pour rencontrer des personnes originaires du Darfour ayant survécu à des crimes de guerre et des atrocités au Soudan. Le contraste ne pourrait pas être plus frappant : tandis que des victimes tentent d’obtenir justice, le gouvernement des États-Unis tente de mettre à mal l’un des mécanismes les plus importants du monde pour la rendre.  

« En cherchant à jeter le discrédit sur la CPI, Marco Rubio met en évidence la raison d’être de cet organe : garantir l’obligation de rendre des comptes lorsque ceux qui ont le pouvoir d’agir choisissent de ne pas le faire. Ses arguments ont tout l’air d’une reconnaissance tacite de fautes commises, car ils laissent paraître la crainte que des responsables américains ne soient un jour amenés à rendre des comptes pour des actions pouvant constituer des crimes de droit international, notamment l’envoi de personnes dans des prisons où elles risquent d’être torturées au Salvador, ainsi que la campagne d’exécutions extrajudiciaires dans les Caraïbes et le Pacifique Est. La seule raison pour laquelle il devrait craindre la CPI serait que des responsables américains aient commis de tels crimes en dehors des États-Unis et que le gouvernement de ce pays soit réticent à les amener réellement à rendre des comptes. 

« La CPI existe pour rendre justice aux victimes d’atrocités à travers le monde et pour amener les responsables les plus puissants à rendre des comptes pour leurs crimes. En menaçant de durcir les sanctions visant la CPI et les organisations affiliées à celle-ci, d’annuler des visas et de prononcer des interdictions de séjour pour le personnel de la CPI, et d’accroître la pression diplomatique sur les autres États pour qu’ils se retirent de la CPI et s’opposent à elle, le gouvernement des États-Unis accélère sa campagne en faveur d’un monde sans règles et sans justice. 

« Si les autres États cèdent à cette pression, ils consentiront à une nouvelle ère de non-droit, d’impunité et d’injustice généralisée. L’heure n’est pas à la conciliation. L’heure est à la résistance. 

« La conciliation ne fera qu’enhardir encore les responsables de crimes et ouvrir la porte à de nouveaux conflits armés et de nouveaux crimes commis par des dirigeants puissants contre leurs populations et celles d’autres États. Amnistie internationale appelle tous les États à résister avec fermeté, à la fois collectivement et unilatéralement, contre la campagne du gouvernement de Donald Trump visant la CPI et toutes les institutions internationales qui protègent les droits humains. Ils doivent également renouveler leur soutien à la CPI et adopter des mesures pratiques et législatives, notamment des “lois de blocage”, afin d’atténuer l’effet des sanctions américaines sur les personnes concernées. 

« L’inaction et la lâcheté des États face aux sanctions et aux attaques passées ont encouragé les États-Unis à annoncer cette stratégie. Pour le bien de l’humanité, les espoirs de justice des victimes et la perspective d’une sécurité mondiale durable, la communauté internationale doit se rassembler pour résister aux brutes de la Maison-Blanche et du Département d’État et protéger l’état de droit international. Nous ne devons pas accepter une réalité dans laquelle les plus puissants auraient le moins de responsabilité juridique. »