• 29 jan 2026
  • Canada
  • Lettre ouverte

Mot de la directrice générale. Attentat de la Mosquée de Québec, ce triste anniversaire

Ce 29 janvier marque le 9e anniversaire de l’attentat de la Mosquée de Québec où six Québécois de confession musulmane ont été assassinés et cinq autres blessés à vie. Un attentat ciblé, un crime haineux islamophobe. Qu’avons-nous fait depuis pour endiguer le racisme, la haine et la violence contre nos concitoyens Arabes et musulmans ?

Je me rappelle que quelques semaines après ce terrible attentat, j’étais avec un petit groupe de personnes en partance pour le Burkina Faso, qui venait d’être frappé par des attaques jihadistes. Jusque-là, ce pays d’Afrique de l’Ouest était plutôt reconnu pour son calme. Mais cet attentat avait fait une trentaine de victimes, dont un collègue et quelques autres Québécois. Tout cela nous préoccupait, et nous y allions de divers pronostics tant au Burkina Faso qu’au Québec. L’attentat de Québec aurait-il l’effet d’un coup de semonce ? Nous souhaitions que le discours ambiant, qui commençait alors à drôlement se décomplexer vis-à-vis des Arabes et des musulmans, se calme. Mes collègues croyaient fermement que les élus de l’Assemblée nationale agiraient, comprendraient qu’il n’y avait pas grand-chose à retirer de projets de lois ou chartes qui ne faisaient que stigmatiser les membres de ces communautés, augmenter les propos xénophobes et racistes et couper toute communication.

J’espérais que mes collègues auraient raison. Mais quelque chose me disait que ce ne serait pas si simple.

Le maire de Québec a montré l’exemple. On l’a senti ébranlé et choqué par ce qui venait de se passer. On a senti sa sincérité, et on a assisté rapidement à un changement de discours. L’alarme avait été entendue à la mairie de Québec.

Mais ce ne fut pas le cas à l’Assemblée nationale.

Nous nous attendions à ce que des mesures soient prises afin de protéger cette communauté. Que des ponts soient créés, que le ton change... que des initiatives soient rapidement mises en place pour combattre les préjugés, la xénophobie, le racisme, l’islamophobie. Que le droit à la liberté religieuse et de conscience, que les droits à la sécurité, à la paix et à la dignité des personnes de confession musulmane ou arabes soient protégés.

En 2015, Jacques Frémont, alors président de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ), déclarait : « Le stigmate du musulman “imaginaire” dans les représentations collectives ne semble pas avoir décru depuis [les conclusions de la Commission Bouchard-Taylor]. Divers acteurs et leaders d’opinion se chargent d’ailleurs de nous le ramener régulièrement. [Des] initiatives gouvernementales (dont la promotion des valeurs québécoises, le projet de Charte de la laïcité) peuvent également avoir nourri

la méfiance à l’égard de l’expression de la diversité religieuse, voire plus spécifiquement à l’égard des musulmans. [..] L’État doit [..] s’assurer de ne pas institutionnaliser la discrimination. [La] Commission a mis en garde le législateur contre une “approche selon laquelle les signes religieux devraient être exclus en raison du caractère neutre d’une institution”. »

En 2019, la CDPDJ publie un rapport accablant sur les actes haineux à caractère xénophobe. Il y est démontré que ces actes sont en croissance et que ce sont les membres des communautés arabe et musulmane qui sont les plus visées, devant les personnes juives et noires. 53 % des crimes haineux contre des personnes musulmanes visaient des femmes.

Or, qu’a fait le gouvernement du Québec ? Une loi interdisant le port de signes religieux (Loi 21), qui sans le dire ciblait surtout le voile islamique. Conséquence : les femmes ont davantage été stigmatisées. Le tout s’est accompagné d’un discours de plus en plus discriminatoire à l’égard des personnes migrantes, et particulièrement des personnes arabes ou musulmanes. Un discours porté par au moins un autre parti de l’opposition.

En 2025, le gouvernement caquiste en a remis une couche, en adoptant la Loi visant notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l’éducation, le 30 octobre, puis en présentant le projet de loi 9, Loi sur le renforcement de la laïcité, le 27 novembre. L’une et l’autre ont pour intention de restreindre encore davantage le port de signes religieux, ou l’expression de la religion, pour un plus grand nombre de personnes, dans un plus grand nombre d’endroits publics. Le voile comme d’autres attributs féminins de la foi musulmane sont nommément ciblés.

Or, les mesures d’interdiction de ports de signes religieux sont discriminatoires, tant dans leurs intentions, étant donné les discours de haine qui les accompagnent, que dans leurs effets, puisque ce sont principalement les femmes et filles musulmanes qui les subissent.

L’interdiction de l’expression religieuse dans l’espace public au Québec, que ce soit le port de signes religieux ou les prières dans les rues ou des espaces réservés à cet effet dans des bâtiments publics, s’inscrit dans un discours antidroits, haineux, stigmatisant particulièrement à l’égard des personnes musulmanes, des femmes musulmanes.

La discrimination contre les personnes musulmanes, ou perçues comme telle, peut être considérée comme une forme de discrimination raciale.