• 23 Sep 2026
  • Canada
  • Communiqué de presse

Des plaintes répétées contre des professionnels : l’analyse d’Amnistie internationale conclut à un schéma de harcèlement

Montréal, 23 septembre 2026-  Au cours de la dernière année, Amnistie internationale Canada francophone a été contactée par plusieurs personnes affirmant subir du harcèlement et des menaces visant à les faire taire sur la place publique, particulièrement lorsqu’elles s’exprimaient en ligne. Dans plusieurs cas, les plaintes ont été adressées directement aux ordres professionnels ou aux employeurs. 

En juillet dernier, l’une de ces personnes nous a transmis l’ensemble des plaintes qui ont été portées à son encontre, auxquelles elle a eu accès et dont elle avait connaissance, et qui ont toutes été adressées au Collège des médecins. Il s’agit de la Docteure Marie-Ève Cotton. 

Après analyse, Amnistie international Canada francophone conclut que les droits à la liberté d’expression, à la liberté académique et de défendre les droits humains de la Dre Marie-Ève Cotton ont été bafoués. Les plaintes répétées déposées auprès du Collège des médecins, démontrent un schéma de harcèlement orchestré par le Parti québécois, dans le but de faire taire Dre Cotton et de lui nuire.  

Au moins cinq personnes associées de près ou de loin au Parti québécois ont déposé des plaintes sur une période de 2 ans après que Dre Cotton eut exprimé une opinion sur le chef du parti, sur certaines positions sur le genre ou de l’orientation du parti.  

« Il est dans la mission d’Amnistie internationale de soulever toute brèche ou apparence de brèche dans le respect du droit international et des droits humains. En ce qui concerne le cas de la Dre Cotton, nous trouvons préoccupant de constater qu'une tactique d’intimidation semble avoir été mise en place par un parti aux portes du pouvoir. Les critiques envers les membres de la classe politique doivent pouvoir être formulées sans crainte de représailles », a déclaré France-Isabelle Langlois, directrice générale d’AICF. 

AICF a accepté de procéder à l’analyse de la série de plaintes déposées contre le Dre Cotton, car elle a été en mesure de nous les transmettre. L’analyse, réalisée par des experts, se penche sur des aspects importants du droit international et des droits humains, comme la liberté d’expression, la liberté académique et le droit à la défense des droits humains. Elle conclut à un schéma de harcèlement, dans le but de faire taire et de nuire à la personne visée, en l’occurrence Dre Marie-Ève Cotton : 

« Les plaintes déposées contre la Dre Cotton révèlent une tendance à la cibler en raison des propos qu'elle a tenus sur sa page Facebook... Les plaintes ont un effet de harcèlement sur la Dre Cotton et constituent une restriction de sa capacité à exercer ses droits à l'expression politique, à la liberté académique et à la défense des droits humains, tels que garantis par le droit international. Les allégations contenues dans les plaintes se concentrent sur des définitions vagues de l'intégrité professionnelle et sur des définitions trop larges des erreurs de diagnostic, ce qui les place en dehors des limites des restrictions légitimes à l'expression, telles que définies par les principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité, et les amène à porter inutilement atteinte aux droits à l'expression, à la liberté académique et à la défense des droits humains. » 

L’analyse a été communiquée aux trois parties concernées, soit le Parti québécois, le Collège des médecins et le ministre de la Justice. Des recommandations pertinentes ont également été communiquées aux parties qui n’avaient pas offert de réponse au moment d'écrire ces lignes.  

Ces recommandations sont : 

  1. Mettre fin immédiatement aux pratiques de harcèlement et de ciblage envers Dre Cotton ou toute autre personne, en raison des opinions et critiques qu’elle exprime publiquement, en ligne ou ailleurs.  

  2. Reconnaître que Dre Cotton n’a fait qu’exercer ses droits à la liberté d’expression, à la liberté académique et à la défense des droits humains. 

  3. Exiger formellement des membres actuels ou passés et du personnel du Parti québécois de cesser toute forme de harcèlement et de ciblage par le biais de plaintes arbitraires envers Dre Cotton ou toute autre personne au motif de manque d’intégrité ou d’honneur, maintenant et dans l’avenir. 

  4. Formuler des excuses publiques à la Dre Cotton ainsi qu’à toutes les personnes ayant subi du harcèlement et des plaintes répétées non fondées.  

  5. Prendre des mesures claires et immédiates assurant que le Parti québécois et toute personne se réclamant du parti ou étant associé au parti d’une façon ou d’une autre, respecte le droit à la liberté d’expression, à la liberté académique et le droit de défendre les droits humains publiquement et sur toutes les plateformes de communication.  

  6. Reconnaître que le Parti québécois ou toute personne, ci-haut citée, se réclamant du parti ou étant associé au parti d’une façon ou d’une autre a agi de façon contraire au respect des droits humains, dans l’intention de nuire et de faire taire Dre Cotton et d’autres personnes.  

  7. Faire preuve de transparence et informer toutes les instances, les membres et candidat·e·s du Parti québécois, ainsi que le public, des atteintes aux droits humains commises par le Parti québécois.  

D’autres témoignages reçus très récemment par AICF portent à croire qu’au moins un autre parti provincial et un autre parti fédéral s’adonneraient ou se seraient adonner à de mêmes tactiques d’intimidation. 

Il s’agit d’une tendance qu’Amnistie internationale observe partout à travers le monde, et de plus en plus au sein des États dits démocratiques, en Europe comme ailleurs dans les Amériques, dont les États-Unis. 

Cela fait partie des dérives autoritaires qui attentent de plus en plus à l’état de droit, aux institutions, et sapent les bases de la démocratie, au même titre que des lois et des règlements dont le but est de limiter la liberté d’expression, le droit de manifester et le droit de contester devant les tribunaux, de la société civile, des syndicats, des médias, entre autres.