• 17 Mar 2026
  • Algérie
  • Communiqué de presse

Algérie. Les autorités doivent immédiatement annuler la fermeture de SOS Disparus et respecter les demandes de la société civile en faveur de la vérité et la justice

En réaction à la mise sous scellés par la police algérienne, le 16 mars 2026 à Alger, du bureau de SOS Disparus, une organisation de défense des droits humains demandant des comptes pour les milliers de disparitions forcées perpétrées dans le contexte du conflit interne des années 90, Diana Eltahawy, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnistie international, a déclaré :  

« La fermeture forcée de SOS Disparus porte un coup dévastateur au combat pour la liberté, la justice et des réparations en Algérie. En scellant les locaux de la principale organisation réclamant des comptes en relation avec des disparitions forcées – qui constituent toujours un crime au regard du droit international –, les autorités algériennes recourent une fois de plus à la Loi 12-06 pour étouffer le travail en faveur des droits humains. Si les autorités algériennes ont toléré la présence de SOS Disparus à Alger pendant plus de 20 ans, elles ont commencé à intensifier leur répression contre cette organisation en 2024. 

« Aux termes du droit international, le droit à la liberté d’association protège les groupes enregistrés ou non, et aucune association ne devrait être sanctionnée ou fermée parce qu’elle fonctionne sans reconnaissance officielle, à plus forte raison une organisation fournissant la seule lueur d’espoir à des familles souhaitant obtenir des réponses et l’établissement des responsabilités pour les milliers de personnes victimes d’une disparition forcée aux mains des forces de sécurité ou des milices durant le conflit armé interne des années 1990. Les autorités doivent immédiatement revenir sur cette décision, et mettre fin au climat d’impunité généralisée condamnant les familles à l’angoisse et au désarroi. »  

Complément d’information  

Créée en 2001, SOS Disparus est une entité du Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie (CFDA), association fondée en France en 1999 par des mères cherchant à obtenir justice pour leurs proches soumis à une disparition forcée durant le conflit armé interne que l’Algérie a connu pendant les années 90. Le manquement à l’obligation de rendre des comptes pour les disparitions forcées de milliers de personnes durant cette période est une séquelle persistante et douloureuse de ce conflit.  

SOS Disparus, l’une des principales organisations se prononçant en faveur de la vérité et la justice en relation avec le conflit armé interne, a été confrontée à des obstacles juridiques incessants, les autorités algériennes refusant de l’enregistrer depuis le début de ses opérations. La fermeture actuelle a été ordonnée par le gouvernorat d’Alger le 12 mars 2026, au motif que l’organisation n’était pas enregistrée. Cela fait suite à deux épisodes remontant à 2024, lors desquels des policiers ont empêché SOS Disparus d’organiser des événements dans ses locaux. En mai 2025, le site Internet de l’organisation est devenu inaccessible depuis l’Algérie. En juillet 2025, la police a arbitrairement refusé de laisser Nassera Dutour, fondatrice et présidente de l’organisation, entrer sur le territoire algérien.  

Le recours à la Loi 12-06 pour fermer les locaux de l’association bafoue le droit international relatif aux droits humains et les normes associées, qui prévoient qu’il n’est pas obligatoire qu’une association soit enregistrée pour être protégée. Au lieu de fermer de force le bureau de SOS Disparus, les autorités algériennes doivent faire respecter la liberté d’association, et créer un environnement sûr et favorable pour les organisations non gouvernementales.