• 3 fév 2026
  • Algérie
  • Communiqué de presse

Algérie. Le syndicaliste Ali Mammeri risque de passer 10 ans en prison après qu’un tribunal a confirmé sa condamnation injuste

En réaction à la décision de la Cour d’appel d’Oum El Bouaghi, dimanche 1er février, de confirmer la condamnation d’Ali Mammeri, syndicaliste et défenseur des droits humains, et de ramener sa peine de 15 à 10 ans de prison, Diana Eltahawy, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnistie internationale, a déclaré :  

« La décision profondément injuste de la Cour de maintenir la déclaration de culpabilité d’Ali Mammeri sur la base de charges infondées est une nouvelle attaque claire contre les activités syndicales indépendantes en Algérie. La condamnation d’Ali Mammeri à 10 ans de prison est profondément arbitraire et envoie un signal alarmant aux autres syndicalistes dans le pays. 

« Les charges retenues contre lui, à savoir “apologie du terrorisme” et “partage d’informations classifiées”, découlent uniquement de son activité syndicale, notamment du fait que son organisation ait partagé des informations relatives aux droits des travailleurs et travailleuses avec l’Organisation internationale du travail. Les autorités algériennes doivent relâcher Ali Mammeri immédiatement et sans condition, et annuler sa condamnation. 

« Utiliser des déclarations arrachées sous la torture afin d’étayer une déclaration de culpabilité est une grave violation de son droit à un procès équitable. Il est par ailleurs impératif que les autorités ouvrent sans délai une enquête indépendante, impartiale et efficace sur les allégations d’Ali Mammeri selon lesquelles il a été roué de coups, complètement déshabillé et forcé à faire des “aveux” lorsque des policiers l’ont questionné. » 

 

Ali Mammeri est un fonctionnaire, défenseur des droits humains, et le président et fondateur du Syndicat national des fonctionnaires du secteur de la culture et des arts (SNFC), affilié à la Confédération syndicale des forces productives (COSYFOP). 

En mars 2025, il a été arrêté sans mandat et placé en détention au secret pendant quatre jours, tandis que les autorités ont refusé de révéler à sa famille et ses avocats quel sort lui avait été réservé et le lieu où il se trouvait, le soumettant ainsi à une disparition forcée. Durant son interrogatoire, il a signalé avoir été frappé à plusieurs reprises et déshabillé de force, le but étant de lui arracher des « aveux ». Les tentatives de sa famille de déposer une plainte officielle pour torture ont jusqu’à présent été ignorées par les autorités. Le 29 octobre 2025, la chambre criminelle du tribunal d’Oum El Bouaghi a condamné Ali Mammeri à 15 ans de prison.  

Les charges retenues contre lui résultent de l’utilisation abusive de la législation relative à la lutte contre le terrorisme et de la législation portant sur la « protection des documents administratifs ». Il a été déclaré coupable sur la base de ses communications privées et professionnelles, et de publications sur Facebook consacrées à d’autres militants placés en détention, activités protégées en vertu du droit international relatif aux droits humains. Les autorités algériennes invoquent des lois relatives à la lutte contre le terrorisme d’une portée très large afin de restreindre de manière indue l’espace civique et de criminaliser les activités syndicales.