• 22 juin 2026
  • Afghanistan
  • Communiqué de presse

L’UE doit renoncer à tout projet d’expulsion vers l’Afghanistan et mettre fin aux discussions sur les renvois avec les talibans

Amnistie internationale engage les institutions et les États membres de l'Union européenne (UE) à renoncer à tout projet d'expulsion vers l'Afghanistan et à mettre fin à toute coopération en matière de réadmission avec les autorités talibanes de facto.

L'Afghanistan ne peut en aucun cas être considéré comme un pays sûr pour les retours, et cette approche mettra en péril la vie de ceux qui sont renvoyés - ce que  plusieurs organes des Nations unies ont maintes fois souligné. 

La Commission européenne a récemment invité les autorités talibanes à Bruxelles pour discuter de l'expulsion de ressortissants afghans. Cette réunion devrait avoir lieu très prochainement selon les médias. Elle a été initiée par plusieurs États membres désireux d’accélérer les expulsions vers l’Afghanistan, malgré la situation désastreuse des droits humains et l’aggravation de la crise humanitaire dans le pays : l’insécurité alimentaire est très forte et près de 22 millions de personnes ont besoin d’aide. L'UE en est consciente : elle a dénoncé à maintes reprises les atrocités commises par les talibans et a joué un rôle clé dans les démarches visant à amener les responsables à rendre des comptes, notamment la mise en place, en octobre dernier, d'un mécanisme d'enquête indépendant pour l'Afghanistan au Conseil des droits de l'homme des Nations unies.

Cette initiative qui vise à expulser des ressortissants afghans va à l’encontre des critères de l’UE en matière de droits humains qui régissent ses relations avec les talibans. Elle ne prend pas en compte les risques bien réels et vérifiés auxquels toute personne renvoyée dans ce pays serait exposée, pas plus que les raisons qui les ont poussées à fuir au départ, notamment le risque de persécution, de disparition forcée, de détention arbitraire, de torture et de mauvais traitements, et de représailles sous le régime des talibans.

« Chacun a encore en tête les scènes poignantes de toutes ces personnes qui ont dû fuir l’Afghanistan - dont des membres du personnel de l’UE. Il est inadmissible que l’UE tente aujourd’hui de procéder à des expulsions, alors que les dangers n’ont fait que s’aggraver dans le pays, a déclaré Eve Geddie, directrice du Bureau des institutions européennes d’Amnistie internationale.

« Le système de répression institutionnalisé des talibans touche tous les aspects de la vie quotidienne et s’appuie sur des restrictions sévères imposées aux droits des femmes et des filles, le recours à la torture et aux mauvais traitements, les disparitions forcées, les arrestations arbitraires et les exécutions extrajudiciaires. Toute implication de l’UE dans des expulsions vers l’Afghanistan est irréfléchie et dangereuse, et fait fi de ses propres obligations juridiques, notamment l’obligation de ne pas renvoyer une personne vers une situation où sa vie pourrait être en danger. »