• 14 sep 2021
  • Viêt-Nam
  • Communiqué de presse

Viêt-Nam | Alors qu’Ho Chi Minh-Ville prolonge les restrictions liées à la Covid-19, l’armée doit respecter les droits humains

Les autorités vietnamiennes doivent prendre des mesures de toute urgence afin d’éviter la crise humanitaire et des droits humains se profilant à l’horizon, parallèlement à la lutte menée par le pays contre la pandémie, car les mesures de confinement strictes en vigueur causent de plus en plus de tort aux membres les plus vulnérables de la société, a déclaré Emerlynne Gil, directrice régionale adjointe à Amnistie internationale : 

« Les confinements que l’armée est chargée de faire respecter empêchent de nombreuses personnes vulnérables, en particulier à Ho Chi Minh-Ville, de se procurer de la nourriture en quantité suffisante pour survivre durant cette crise de santé publique dévastatrice. »  

« Le gouvernement ne doit pas laisser la double tragédie des décès causés par la COVID-19 et de la faim intolérable qui se répand envelopper la population, alors que de nombreuses personnes connaissaient déjà de grandes difficultés financières avant le début des confinements. »   

« Les informations crédibles selon lesquelles de très nombreuses personnes ne reçoivent quasiment pas de nourriture sont alarmantes. Si le pays entend poursuivre des confinements que les autorités militaires sont chargées de faire respecter, il faut que la nourriture fournie par l’armée parvienne aux personnes dans le besoin et réponde à leurs besoins nutritionnels. » 

« En cette période très difficile, la police a également donné des amendes et procédé à des arrestations lorsque des personnes ont critiqué la gestion de la crise par l’État sur les réseaux sociaux, et a mené des opérations de répression d’une sévérité disproportionnée contre des personnes ayant propagé la COVID-19. » 
 
« Les mesures brutales visant à faire respecter des restrictions en relation avec la santé publique risquent de compromettre l’efficacité de la réaction du Viêt-Nam face à la pandémie de Covid-19. Au lieu de recourir à des sanctions et d’autres démarches coercitives, les autorités vietnamiennes devraient adopter une réponse respectueuse des droits humains. »  

« Les autorités vietnamiennes doivent veiller à ce que les restrictions liées à la COVID-19 soient les moins étendues possible et soient proportionnées aux objectifs de protection de la santé publique, conformément au droit international relatif aux droits humains. Il est évident que les lourdes peines d’emprisonnement prononcées contre les personnes ayant propagé la COVID-19 et les confinements empêchant les citoyen·ne·s de se procurer de la nourriture ne remplissent pas ces critères. » 

Complément d’information 

Le Viêt-Nam est confronté à la flambée la plus meurtrière depuis le début de la pandémie de Covid-19. Si la réaction du gouvernement face au virus a initialement été couronnée de succès, puisque moins de 1 500 cas et seulement 35 décès ont été enregistrés durant l’année 2020, le nombre de cas a depuis lors grimpé jusqu’à plus de 570 000, et un peu plus de 15 000 morts ont été recensées. La majorité des nouveaux cas et décès ont été signalés à Ho Chi Minh-Ville.    

En réaction, les autorités vietnamiennes ont pris des mesures strictes de confinement dans les régions les plus touchées du pays. Le 23 août 2021, les autorités d’Ho Chi Minh-Ville, la zone urbaine la plus densément peuplée du pays, ont imposé un confinement sévère que l’armée a été chargée de faire respecter, et qui empêche les habitant·e·s de sortir de chez eux même pour se procurer de la nourriture. Ils sont censés attendre que l’armée leur livre des denrées à domicile, un système n’ayant pas toujours permis de respecter le droit à l'alimentation des personnes les plus vulnérables de la ville, et exposant un grand nombre d’entre elles à de graves pénuries alimentaires et à la faim. Les restrictions devraient rester en vigueur jusqu’à la fin septembre.  

Des images et vidéos montrant les épreuves et souffrances traversées par la population - et les appels à l’aide - ont été largement partagées sur les réseaux sociaux, et pourtant des personnes ayant critiqué la gestion de la pandémie par le gouvernement encourent des amendes et des arrestations. 

Le 2 septembre 2021, des policiers d’Ho Chi Minh-Ville ont donné à Nguyen Thuy Duong, une utilisatrice de Facebook, une amende d’un montant de 5 millions de dongs vietnamiens (environ 210 dollars américains) après qu’elle a partagé une publication en ligne déclarant que les autorités avaient négligé les résident·e·s de la ville et que ceux-ci avaient par conséquent connu la faim durant le confinement. Début août, Tran Hoang Huan, 33 ans, a été arrêté par la police pour avoir partagé sur Facebook des propos critiques au sujet de la réaction du gouvernement face à la pandémie de Covid-19.    

Le 6 septembre 2021, le Viêt-Nam a condamné Le Van Tri, 28 ans, à cinq ans de prison pour avoir enfreint les restrictions en vigueur et avoir propagé le virus. Le 30 mars 2021, un tribunal a prononcé deux ans de prison avec sursis contre un steward accusé de faits similaires.   
 
Le Viêt-Nam est partie au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies, qui garantit entre autres les droits à la santé et à l’alimentation. Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies, qui effectue un suivi de la mise en œuvre du Pacte, a indiqué dans son Observation générale n° 14 que les restrictions et limitations imposées pour des motifs de santé publique devaient « être conformes à la loi, y compris aux normes internationales relatives aux droits de l'homme, compatibles avec la nature des droits protégés par le Pacte et imposées dans l'intérêt de buts légitimes, exclusivement en vue de favoriser le bien-être général dans une société démocratique ». Elles doivent être provisoires, sujettes à un examen, et l'option la moins restrictive doit être retenue lorsque plusieurs types de limitations peuvent être imposés. Le Comité a également souligné dans le contexte de la pandémie que les autorités doivent garantir que les personnes dans le besoin reçoivent toutes des quantités suffisantes de nourriture.