• 22 nov 2021
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Écrire, ça libère : 20 ans de changement, ça se fête !

Un poète slameur emprisonné au Myanmar, un travailleur d’une ONG arrêté au Burundi, des manifestant·e·s d’une marche des fiertés détenus en Turquie, un jeune de 16 ans condamné à mort au Nigeria. Toutes ces personnes ont subi de terribles injustices, et toutes sont désormais libres : elles représentent quelques-unes des centaines de vies que la campagne Écrire, ça libère a changées. 

En octobre 2001, un petit groupe de membres d’Amnistie internationale s’est réuni à Varsovie (Pologne) pour organiser des activités à l’occasion de la Journée des droits de l’homme, le 10 décembre. Ce groupe était loin de se douter que 20 ans plus tard, son « plan tout simple » aurait changé la vie d’innombrables personnes dans le monde entier. 

En 2001, des militant·e·s de Pologne ont écrit des lettres aux autorités pendant 24 heures d’affilée. Chaque lettre avait pour but de faire cesser une injustice au regard des droits humains. Avec ces 2 326 lettres, Écrire, ça libère était né ! 

En 2002, la campagne est devenue mondiale et les militant·e·s de Pologne ont été rejoints par d’autres de 18 pays différents. En 2005, la campagne a pris plus d’envergure encore, avec 37 pays participants : elle a commencé le 10 décembre à midi au Japon et en Malaisie, s’est poursuivie en Mongolie et au Népal, puis dans les pays d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient avant de s’achever dans les Amériques. À l’issue de ces 24 heures, plus de 80 000 lettres avaient été écrites. 

Les petits ruisseaux font les grandes rivières : ce qui a commencé comme un « marathon de lettres » de 24 heures entrepris par un groupe d’ami·e·s est devenu la plus grande campagne de défense des droits humains au monde. En 2019, les 24 heures s’étaient converties en deux semaines d’activités, avec la participation de plus de 100 pays et le recueil de 6,6 millions de lettres, courriels, SMS et tweets. Associée à des concerts au Burkina Faso, des représentations théâtrales au Maroc, des tournées d’orateurs/oratrices en Norvège, des expositions artistiques au Brésil et dans plus de 700 établissements scolaires de Pologne, la campagne Écrire, ça libère a évolué jusqu’à devenir un événement vraiment impressionnant. 

Si la campagne s’est élargie, ses réussites aussi se sont multipliées. Les répercussions d’Écrire, ça libère ont changé la vie des personnes défendues dans la campagne. En 2019, le poète et militant étudiant Paing Phyo Min, 24 ans, a été arrêté après avoir récité de la poésie satirique critique envers l’armée du Myanmar. Il a été inculpé pour « provocation », car les autorités déclaraient que sa performance de poésie encouragerait les militaires à abandonner leurs fonctions. Paing Phyo Min a été condamné à six mois d’emprisonnement. Plus de 300 000 lettres, cartes, signatures et tweets ont été recueillis en faveur de Paing Phyo Min. Quelques mois après la campagne, en avril 2021, il a été libéré. 

Le 30 juin 2021, le défenseur des droits humains burundais Germain Rukuki a été libéré après avoir passé plus de quatre ans en prison. Il n’aurait jamais dû être emprisonné, car il a été arrêté, poursuivi et condamné uniquement en raison de son travail en faveur des droits humains. 

Pendant la campagne Écrire, ça libère, des sympathisant·e·s du monde entier ont entrepris plus de 436 000 actions pour réclamer la libération de Germain Rukuki. Son épouse, Emelyne Mupfasoni, a adressé ses remerciements à toutes les personnes qui ont agi : « du fond du cœur, je veux remercier toutes les personnes qui se sont mobilisées et qui ont permis à Germain de vite nous retrouver ». 

Dix-huit étudiant·e·s et un membre du corps enseignant ont passé plus de deux ans en procès pour avoir organisé une marche des fiertés à l’Université technique du Moyen-Orient (METU), à Ankara (Turquie), en 2019. Plus de 445 000 actions ont été entreprises en faveur des personnes jugées pour leur participation à la marche des fiertés de la METU, qui risquaient une peine de trois ans d’emprisonnement. Melike Balkan et Özgür Gür, deux des 19 accusé·e·s, se sont associés à la campagne sans hésiter et ont pris part à de nombreuses activités. Alors que la pandémie de COVID-19 empêchait tout déplacement, ils ont participé à plus de 20 réunions en ligne avec des étudiant·e·s et des membres d’Amnistie internationale du monde entier. Le 8 octobre 2021, ils ont été acquittés de presque toutes les charges retenues contre eux. Melike Balkan et Özgür Gür ont entrepris de créer leur propre ONG pour exercer un travail de plaidoyer, de campagne et de défense en faveur des droits des étudiant·e·s et des jeunes LGBTI+ en Turquie. 

Melike Balkan et Özgür Gür ne sont pas les seules personnes défendues dans le cadre de la campagne Écrire, ça libère à avoir joué un rôle actif dans le travail de campagne. 

Pendant l’édition 2014 d’Écrire, ça libère, des centaines de milliers de personnes du monde entier ont appelé à la libération de Moses Akatugba. En 2005, alors âgé de 16 ans, il avait été accusé d’avoir volé trois téléphones portables. La police lui avait extorqué des « aveux » sous la torture et il avait été condamné à mort. 

En juin 2015, après avoir reçu plus de 800 000 messages, le gouverneur de l’État du Delta du Nigeria a accordé une grâce à Moses Akatugba. Lorsqu’il est enfin sorti de prison, il a exprimé son immense gratitude envers toutes les personnes qui avaient écrit en sa faveur. « Je veux leur dire que tous les efforts qu’ils ont faits pour moi n’ont pas été vains, par la grâce spéciale de Dieu, je serai à la hauteur de leurs attentes, a-t-il déclaré. Je promets d’être un militant des droits humains, de me battre pour d’autres. » 

Et il s’est battu, en effet. 

En décembre 2019, Moses Akatugba s’est rendu au Parlement européen, à Bruxelles, pour participer aux actions de la campagne Écrire, ça libère en faveur de Magai Matiop Ngong, un jeune Sud-Soudanais de 15 ans mis en avant dans la campagne de cette année-là. Comme Moses Akatugba, Magai Matiop Ngong avait été condamné à mort alors qu’il n’était qu’un enfant. Moses a tiré parti de son expérience unique pour faire campagne en faveur de Magai. Après avoir reçu plus de 700 000 lettres, tweets, cartes postales et messages, la Cour d’appel du Soudan du Sud a annulé la condamnation à mort de Magai Matiop Ngong, au motif qu’il était mineur au moment des faits. 

Moses, Melike et Özgür ne sont que quelques-uns des exemples inspirants de personnes libérées ces vingt dernières années grâce à votre travail incroyable. Le pouvoir des personnes est inégalable et la campagne d’Amnistie internationale montre qu’écrire une lettre, envoyer un tweet ou signer une pétition peut réellement changer la vie de quelqu’un.